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Cancer de la thyroïde

 

Messages clés

  •  Le cancer de la thyroïde est un cancer rare et de bon pronostic. Il touche plus souvent les femmes que les hommes. Son incidence a beaucoup augmenté depuis 1975.
     
  • Il existe deux facteurs de risques environnementaux avérés du cancer de la thyroïde : les radiations ionisantes, et la carence en iode
     
  • Il semble peu plausible que l’accident de Tchernobyl ait provoqué un excès de cancers de la thyroïde dans la population française : l’augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde a débuté bien avant l’accident ; de plus, des pays beaucoup plus exposés aux retombées connaissent les mêmes taux de progression que la France. 
     
  • Le rôle de l’indice de masse corporelle (IMC), de la multiparité, de l’exposition à certains pesticides ou produits chimiques, de l’irradiation médicale dans l’augmentation du risque du cancer de la thyroïde sont en cours d’évaluation.
     
  • A ce jour, aucune situation professionnelle n’a été identifiée comme à risque de cancer de la thyroïde.

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Epidémiologie du cancer de la thyroïde

Il existe plusieurs types de cancers différenciés de la thyroïde (papillaires, vésiculaires, médullaires ou folliculaires), le plus fréquent étant le type papillaire. Il est de très bon pronostic : on guérit dans plus de 90% d’un cancer de la thyroïde. Environ trois quarts des cancers de la thyroïde touchent des femmes.
Le cancer de la thyroïde est rare, mais son incidence a beaucoup augmenté entre 1980 et 2005, passant de 2,9 à 12,7 cas pour 100 000 chez la femme, et de 1 à 4,2 cas pour 100 000 chez l’homme En termes d’incidence, il occupe le 7e rang chez la femme et le 18e chez l’homme (INCa, 2011). Cette augmentation s’explique en grande partie par l’évolution des pratiques de diagnostic de ce cancer avec désormais des examens plus complets et plus précoces. En termes de mortalité, le cancer de la thyroïde se place aux 18e et 16e rangs respectivement chez la femme et chez l’homme (InVS, 2010), et la mortalité due à ce cancer diminue régulièrement.
Le cancer de la thyroïde est très rare avant l’âge de 15 ans : il représente moins de 1% de l’ensemble des cancers de l’enfant (Lacour, 2010). Son incidence est de 2,03 par million de 0 à 14 ans, et présente une stabilité entre 2000 et 2008 (InVS, 2010).

Facteurs de risque environnementaux avérés du cancer de la thyroïde

Le cancer de la thyroïde, comme tous les cancers, est une pathologie multifactorielle. Il n’est donc pas possible de déterminer la cause exacte du cancer de la thyroïde chez un individu. Certains facteurs de risque environnementaux sont cependant avérés ou suspectés.
Il existe deux facteurs de risque avérés du cancer de la thyroïde : l’exposition (interne ou externe) aux rayonnements ionisants, et la carence en iode.

Les rayonnements ionisants

La thyroïde est connue pour être un organe particulièrement sensible aux rayonnements ionisants (on dit aussi que c’est un organe radio-sensible), surtout pendant l’enfance. L’exposition aux rayonnements ionisants peut être naturelle, médicale, ou accidentelle. Le risque de développer un cancer de la thyroïde suite à ce type d’exposition dépend de la dose reçue et de l’âge, une exposition dans l’enfance exposant à un risque plus important de développer un cancer lorsque celle-ci a lieu avant l’âge de 10 ans. A ce jour, aucune étude n’a jamais montré d’excès de cancer thyroïdien chez les sujets irradiés à l’âge de 40 ans ou après, ceci quelle que soit la dose de radiation reçue par la thyroïde.

L’exposition médicale

L’exposition aux rayonnements ionisants peut découler d’examens d’imagerie médicale (radiographie, etc), ou de traitement par radiothérapie de certains cancers (InVS, 2010). A ce jour, l’association entre la dose de rayons reçus par les examens médicaux et le risque de cancer de la thyroïde n’est pas précisément définie. Il est donc recommandé de ne pratiquer des examens d’imagerie que lorsque cela s’avère indispensable, en particulier chez les enfants (Schonfeld, 2011). La radiothérapie des cancers de l’enfant et de l’adolescent augmente le risque de cancer de la thyroïde (De Vathaire, 1999; Ron, 1995). Ces cancers, survenant après des doses modérées à fortes, commencent à apparaitre environ 10 ans après la radiothérapie, et l’augmentation se prolonge durant au moins 40 ans.

Les accidents nucléaires

C’est suite à des expositions dues à des accidents ou essais nucléaires qu’une augmentation de cas de cancers de la thyroïde a été constatée chez les personnes vivant à proximité des sites accidentés (accident de Tchernobyl, par exemple), trois ou quatre ans après l’accident (UNSCEAR, 2000; Cardis, 2011). Le risque de développer un cancer de la thyroïde est alors d’autant plus élevé que l’exposition a eu lieu à un âge précoce et que la distance entre le lieu de l’accident et l’exposition est réduite (UNSCEAR, 2000). Dans le cas de ces expositions accidentelles, des particules radioactives sont rejetées dans l’atmosphère et émettent des rayonnements ionisants. Les populations avoisinantes et les personnes intervenant sur le lieu même de l’accident ont pu être exposées soit de manière externe (par dépôt de particules sur la peau), soit interne (par inhalation de particules, ou ingestion d’aliments ou boissons contaminés).
À ce jour, les seuls effets avérés concernent l’excès de cancer de la thyroïde chez les personnes vivant à proximité de la centrale de Tchernobyl au moment de l'accident, et exposées pendant l’enfance (Inserm, 2008). Des mesures préventives existent pour faire face aux conséquences de ces accidents : en absorbant des comprimés d’iode stable (iodure de potassium, non radioactif), celui-ci se fixe dans la thyroïde et empêche la fixation de l’iode radioactif libéré par l’accident. Cette mesure permet de diminuer le risque de développer un cancer de la thyroïde suite à une exposition aux rayonnements ionisants. Les essais nucléaires peuvent augmenter le risque de cancer de la thyroïde. En Polynésie Française, la seule étude réalisée à ce jour a conclu à attribuer environ 5 à 10% des cancers de la thyroïde aux essais atmosphériques réalisés par la France (De Vathaire 2010).
Il convient de rappeler que ce type d’exposition est uniquement accidentel et ne correspond en aucun cas à une exposition naturelle aux rayonnements ionisants.

Cancers thyroïdiens en France et accident de Tchernobyl

Voir aussi la rubrique « Vos Questions : Que sait-on des liens entre cancer de la thyroïde et Tchernobyl ».

Depuis 2000, l’Institut de veille sanitaire (InVS) pilote une démarche nationale pluridisciplinaire sur les éventuelles retombées sanitaires en France de l’accident de Tchernobyl, survenu en 1986. Les régions de l’Est de la France ont été en moyenne 8 à 10 fois plus exposées que celles de l’Ouest, mais 100 fois moins que la Biélorussie (InVS, 2010). L’InVS s’est intéressé aux cancers thyroïdiens, avec une épidémie d’abord chez l’enfant et actuellement chez les jeunes adultes.
L’augmentation de l’incidence des cancers de la thyroïde en France est ancienne et continue depuis 1975 (InVS, 2010). Elle a donc commencé avant 1986 et ne semble pas s’être accélérée après cette date. Cette augmentation est plus importante dans les registres français de certains départements de l’ouest, peu ou pas contaminés. De plus, l’augmentation de l’incidence du cancer de la thyroïde est constatée dans la plupart des pays d’Europe de l’Ouest, mais aussi aux Etats-Unis (augmentation très similaire à celle de la France), non touchés par cet accident ; à l’inverse, elle n’est pas plus importante dans les pays qui ont été plus fortement exposés aux retombées de l’accident (Autriche, Bulgarie, Grèce). Il semble donc peu plausible que l’accident de Tchernobyl ait provoqué un excès de cas de cancers de la thyroïde dans la population française. Pour s’en assurer, et étant données les incertitudes persistant sur l’effet des faibles doses, une étude cas-témoins a été réalisée par l’InVS et l’Inserm sur 1000 sujets jeunes atteints d’un cancer thyroïdien, vivant dans l’est de la France et ayant moins de 15 ans au moment de l’accident de Tchernobyl. Les résultats sont actuellement en cours d’analyse.

La carence en iode

L’iode est un oligo-élément essentiel pour le corps humain. Sa principale source est l’alimentation (produits venant de la mer, produits laitiers et céréaliers, etc). Il intervient dans la production des hormones thyroïdiennes. La carence en iode a donc pour conséquence une diminution de la synthèse hormonale de la glande thyroïde. Il en découle une stimulation de cette synthèse qui se traduit par une prolifération compensatoire de la thyroïde.
La carence en iode est un facteur de risque avéré de goitre (augmentation de volume de la thyroïde), et peut conduire lorsqu’elle est sévère à une hypothyroïdie. Elle est indirectement associée au risque de survenue d’un cancer dans la mesure ou des antécédents personnels de goitre augmente le risque de survenue d’un cancer thyroïdien. La supplémentation iodée entraîne surtout une modification de la distribution des cancers sans modification réelle de l’incidence. Par contre, la thyroïde carencée présente une forte avidité pour l’iode, ce qui majore la dose absorbée et le risque de cancer induit par une exposition interne aux rayonnements ionisants (Cardis, 2005). L’OMS recommande l'iodation universelle du sel, c'est-à-dire l'utilisation de sel iodé pour l'alimentation humaine et animale afin de prévenir ou de combattre la carence en iode. C’est la stratégie utilisée par de nombreux pays. Les apports nutritionnels conseillés en iode sont de 150 µg par jour pour un adulte, et de 200 µg par jour pour une femme enceinte ou allaitant (Afssa, 2009).


Facteurs de risque environnementaux suspectés

En dehors des précédents facteurs de risque établis de cancers de la thyroïde, quelques autres facteurs de risques environnementaux sont suspectés :
Quelques études montrent que le poids et l’indice de masse corporelle (IMC) seraient des facteurs de risque de cancers de la thyroïde : plus le poids ou l’IMC est élevé, plus le risque de développer un cancer de la thyroïde augmente (Clavel-Chapelon, 2010; Dal Maso, 2009). D’autres études sont nécessaires pour confirmer cette hypothèse.
L’exposition aux pesticides est suspectée de jouer un rôle dans le développement du cancer de la thyroïde. Leur rôle en tant que perturbateur endocrinien et inducteur de cancers thyroïdiens est en effet bien démontré chez les rongeurs, mais les études chez l’homme sont trop parcellaires et moins convaincantes (Inserm, 2008).
Quelques études se sont également intéressées à l’exposition à d’autres types de produits chimiques, mais les résultats sont insuffisants pour discuter les liens de causalité entre des expositions à des substances chimiques et le risque de cancer de la thyroïde (Leux, 2010).
 

Expositions professionnelles et cancer de la thyroïde

A ce jour, aucune situation professionnelle n’a été identifiée comme à risque de cancers de la thyroïde (Inserm, 2008). Les résultats de grandes enquêtes de suivi de travailleurs (type étude AGRICAN) sont attendus pour améliorer les connaissances à ce sujet.
Des mesures de précaution existent pour protéger les travailleurs exposés aux rayonnements externes, notamment le port de « cache-thyroïde ».

Evolutions récentes

En ce qui concerne la gestion du risque de cancer de la thyroïde lié aux rayonnements ionisants, un débat anime la communauté scientifique : certains sont partisans de l’établissement d’un seuil en dessous duquel il n’y aurait pas de risque de développer un cancer de la thyroïde (seuil de 100 mSV), alors que d’autres pensent que le risque existe, même à faible dose (Inserm, 2008). Des travaux de recherche doivent donc se poursuivre dans différents domaines (épidémiologie, biologie moléculaire, génétique, etc) afin de trouver une réponse adaptée à cette question. Ce débat justifie une attitude prudente en ce qui concerne la prévention des cancers thyroïdiens radio-induits, notamment chez l’enfant.

Les résultats détaillés de l’étude de cohorte nationale d’agriculteurs (AGRICAN) sont attendus afin d’éclaircir les liens entre l’exposition à certains produits chimiques et le risque de cancer de la thyroïde. 
 

Sources rédactionnelles: InVS, Inserm, Afsset, CEA 

Auteur: Unité Cancer Environnement
Relecteurs: Françoise Borson-Chazot (Endocrinologue, Lyon Est), Florent De Vathaire (Epidémiologie des radiations, IGR, Inserm 1018), Thomas Mognetti (Radiothérapeute, CLB)

 

Pour aller plus loin

Mise à jour le 26 févr. 2016

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