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Cancer de la prostate


Messages clés

  • Le cancer de la prostate est le cancer le plus fréquent chez les hommes. Son incidence a fortement augmenté lors de ces dernières décennies (vieillissement de la population, amélioration des moyens diagnostics et utilisation de la technique de dépistage par PSA).
     
  • L’âge avancé, l’origine ethnique, et les antécédents familiaux de cancer de la prostate sont des facteurs de risque individuels de cancer de la prostate. Ce sont les seuls facteurs de risques avérés.
     
  • Dans l’alimentation, les graisses, l’obésité, la supplémentation en vitamine E, et la faible consommation de fruits et légumes sont suspectés d’être des facteurs de risque de cancer de la prostate.

  • La consommation de viande rouge a été classée en octobre 2015 par le CIRC comme probablement cancérogène pour l’homme (Groupe 2A). Les données les plus solides, quoique demeurant limitées, indiquant une association avec la consommation de viande rouge, concernent le cancer colorectal. Il existe également des données indiquant des liens avec le cancer du pancréas et le cancer de la prostate.
     
  • Parmi les facteurs environnementaux, l’association entre les expositions à l’arsenic et au cadmium (tous deux cancérogènes avérés) et le risque de cancer de la prostate n’a pas été démontrée, bien que ces deux composés soient suspectés d’être des facteurs de risque. 
     
  • Les expositions professionnelles aux pesticides suggèrent leur implication en tant que perturbateurs endocriniens dans certains cancers, dont celui de la prostate. L’exposition au chlordécone (classé « cancérogène possible » par le CIRC) est associée à un risque augmenté de cancer de la prostate.
     
  • Pour tenter d’établir des liens entre ces facteurs suspectés et le risque de cancer de la prostate, les recherches sur les facteurs génétiques de sensibilité aux expositions environnementales et sur les interactions gène/environnement sont préconisées. La voie des perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A constitue également une voie de recherche privilégiée.



 

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Le cancer de la prostate est le plus fréquent chez les hommes, en particulier dans les pays développés. Il se place en France au 1er rang des cancers en terme d’incidence, tous cancers confondus (71 000 nouveaux cas en 2011, soit 34% des nouveaux cas de cancers masculins).

L’âge avancé, l’origine ethnique, les antécédents familiaux de cancer de la prostate, et la survenue d'autres cancers sont des facteurs de risque individuels reconnus du cancer de la prostate.
Outre ces facteurs, des facteurs génétiques, environnementaux ou alimentaires sont suspectés de jouer un rôle dans l’apparition du cancer de la prostate, mais les résultats doivent encore être consolidés. 

 

 

Epidémiologie du cancer de la prostate

Le cancer de la prostate est le plus fréquent chez les hommes, en particulier dans les pays développés. Il se place en France au 1er rang des cancers en terme d’incidence, tous cancers confondus (71 000 nouveaux cas en 2011, soit 34% des nouveaux cas de cancers masculins). En France, son incidence a fortement augmenté lors de ces dernières décennies : le taux d’incidence standardisé est passé de 26 cas pour 100 000 en 1980 à 121,2 pour 100 000 en 2005 (InVS, 2008). Cette augmentation importante s’explique par plusieurs facteurs : vieillissement de la population, amélioration des moyens diagnostics et utilisation de la technique de dépistage par PSA. En termes de mortalité, il se situe au 4e rang, tous cancers confondus, et au 3e rang des cancers masculins (8700 décès en 2011) (INCa, 2013). Le cancer de la prostate est en effet un cancer de bon pronostic dont la mortalité diminue : son taux de survie à 5 ans est de 80%.
Le cancer de la prostate est un cancer du sujet âgé : il apparaît rarement avant 50 ans, et l’incidence augmente très rapidement avec l’âge. Dans la plupart des cas, il s’agit d’un carcinome, c’est-à-dire qu’il se développe à partir des cellules de la glande. Les autres formes sont rares (de l’ordre de 3%). 
 

Facteurs individuels et cancer de la prostate

L’âge avancé est le principal facteur de risque identifié pour le cancer de la prostate : l’âge moyen de diagnostic est de 74 ans.
L’origine ethnique est également un facteur de risque reconnu de cancer de la prostate : l’Afrique subsaharienne et les Antilles ont des incidences supérieures à la moyenne mondiale (Crawford, 2003).
Les antécédents familiaux de cancer de la prostate sont également un facteur de risque reconnu de ce cancer (Johns, 2003) : les hommes ayant des parents du premier ou deuxième degré atteints de cancer de la prostate ont plus de risque d’en développer un. Plus le nombre de parents est important, et plus l’âge de leur diagnostic est précoce, plus le risque de cancer de la prostate augmente (Cussenot, 2004).
La survenue d’autres cancers (cancers du sein, tumeurs cérébrales, lymphomes, cancers digestifs, etc) au sein de certaines familles est également suspectée d’augmenter le risque de cancer de la prostate. Par exemple, un homme apparenté au premier ou deuxième degré à une femme présentant un cancer du sein a 1,4 fois plus de risque de développer un cancer de la prostate. Cependant, ces associations nécessitent encore d’être confirmées par les études de liaison qui identifieraient un gène de prédisposition commun (Cussenot, 2004).

Outre ces facteurs, des facteurs génétiques, environnementaux ou alimentaires sont suspectés de jouer un rôle dans l’apparition du cancer de la prostate, mais les résultats doivent encore être consolidés.
 

Alimentation et cancer de la prostate

Certaines substances contenues dans l’alimentation sont suspectées de jouer un rôle dans la survenue de cancer de la prostate.

Le sélénium : c’est un métalloïde naturellement présent dans les produits venus de la mer, dans le foie ou dans les rognons. Plusieurs études ont montré qu’il diminuait le risque de cancer de la prostate (Inserm, 2008), mais l’effet protecteur du sélénium vis-à-vis du cancer de la prostate n’a pas été confirmé par les études ultérieures (Dennert, 2011; Dennert, 2011; Lippman, 2009). Notamment, la récente étude SELECT a montré que le Sélenium ne permettait pas de prévenir le cancer de la prostate et que la supplémentation en vitamine E augmentait le risque de cancer de la prostate chez l’home sain (Klein, 2011; Lippman, 2009)

Graisses : des études écologiques qui comparent l’alimentation de différentes régions du monde (plus ou moins riche en graisse) ont montré la corrélation forte entre l’incidence du cancer de la prostate et l’absorption des graisses influençant le taux hormonal. La consommation de viande, en particulier de viande rouge, est associée à une augmentation du risque mais on ne sait pas si elle est due à l’excès de graisses, à la température de cuisson, aux protéines animales ou à d’autres facteurs.
Il existe ainsi en prévention des régimes alimentaires comprenant en particulier une baisse d’absorption des graisses et une prise plus importante de fibres.

Fruits et légumes : la consommation de fruits et légumes est un facteur protecteur vis-à-vis de certains cancers, mais il n’a pas été démontré pour celui de la prostate. Seul l’effet anti-oxydant du lycopène contenu dans les tomates semblerait jouer un rôle protecteur (Ellinger, 2006; Fraser, 2005; Giovannucci, 1999).

Obésité : à ce jour, il n’y a pas de preuve qui montre que l’obésité favoriserait le risque de cancer de la prostate. Certaines études tendent à montrer que l’activité physique diminuerait le risque de cancer de la prostate, mais ce de manière très faible (Liu, 2011). En revanche, chez les patients souffrant d’un cancer de la prostate, l’obésité est un facteur de mauvais pronostic. 
 

Facteurs de risques environnementaux et professionnels

Aucun facteur de risque d’origine environnementale ou professionnelle n’est avéré cancérogène pour le risque de cancer de la prostate (Multigner, 2008). Plusieurs facteurs sont cependant débattus : l’exposition à l’arsenic, au cadmium et aux pesticides. Des études complémentaires sont nécessaires pour pouvoir conclure à l’existence d’une association entre ces facteurs et le risque de cancer de la prostate.

Arsenic : L’arsenic est présent en France dans certains anciens sites miniers fermés, qui contaminent encore l’environnement (sols, rivières, etc). De nombreuses industries utilisent encore couramment l’arsenic (alliages de métaux, traitements médicaux, verreries, etc). L’exposition à l’arsenic peut donc être environnementale ou professionnelle. Elle peut se faire par inhalation de poussières venues des sols contaminés, ou par ingestion (enfants qui portent leurs mains à la bouche ou consommation de produits cultivés sur des sols pollués ou venant de la mer). L’arsenic est également un composant du tabac. Selon l’InVS, l’eau distribuée constituerait la principale source d’exposition à l’arsenic (InVS, 2008). Ce risque est toutefois local et en régression (Auvergne et Savoie).
L’arsenic et ses composés inorganiques sont classés cancérogènes avérés (groupe 1 du CIRC, 2004), mais ce cet effet n’a pas été spécifiquement démontré pour le cancer de la prostate car les données disponibles étaient insuffisantes. Bien que plusieurs études montrent une association positive entre exposition à l’arsenic et cancer de la prostate, des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer le rôle de cet élément dans la survenue de la maladie (Benbrahim-Tallaa, 2008).

Cadmium : Le cadmium est un métal lourd présent dans certains minerais (notamment de zinc) sous forme d’impuretés. Sa présence dans l’environnement provient essentiellement de l’érosion des roches ou des émissions volcaniques, mais aussi d’activités industrielles.
Dans l’environnement général, les principales sources d’exposition sont le tabagisme et l’alimentation (produits céréaliers, pommes de terre, fruits et légumes secs, etc). En milieu professionnel, l’exposition au cadmium existe dans les milieux de la métallurgie du zinc, du découpage de métaux au chalumeau, de la soudure de cadmium, etc. Les particules de cadmium peuvent alors être projetées dans l’air et inhalées ; elles peuvent aussi être ingérées.
Le cadmium et ses composés sont classés cancérogènes avérés (groupe 1 du CIRC) pour le cancer du poumon. Au moment de la monographie du CIRC (1993), les résultats des études n’étaient pas concordants quant à l’association entre l’exposition au cadmium chez les travailleurs et le risque de cancer de la prostate ; les études récentes ne permettent pas non plus de conclure sur cette association (Sahmoun, 2005).

Pesticides et perturbateurs endocriniens : Les sources d’exposition de la population générale aux pesticides sont multiples : les aliments (fruits et légumes), l’eau de boisson, l’air intérieur et extérieur, etc. L’exposition professionnelle concerne quant à elle une population très nombreuse en France : la population agricole (utilisateurs ou applicateurs de pesticides), à laquelle s’ajoutent ses saisonniers, les ouvriers de l’industrie des pesticides, les employés de chemin de fer au contact d’herbicides, etc. C’est surtout l’exposition professionnelle aux pesticides qui a été étudiée dans les différentes études qui ont recherché un lien avec l’apparition de cancers.
On retrouve régulièrement certaines localisations tumorales en excès dans les études épidémiologiques menées en milieu agricole. Plusieurs méta-analyses conduites chez les agriculteurs utilisateurs ou applicateurs de pesticides, et travailleurs dans les usines de pesticides montrent de manière cohérente une augmentation du risque de cancer de la prostate dans ces populations (Inserm, 2008). Les résultats sont néanmoins « limités » car les informations recueillies sur l’exposition manquent de précision pour confirmer cette relation.
Les expositions professionnelles aux pesticides suggèrent leur implication en tant que perturbateurs endocriniens dans les cancers hormonodépendants, dont celui de la prostate (voir fiche sur les perturbateurs endocriniens). Par exemple, l’exposition au chlordécone (insecticide longtemps utilisé aux Antilles dans les cultures de bananiers, et classé cancérogène possible par le CIRC) est associée à un risque augmenté de cancer de la prostate (Multigner, 2010). 
 

Evolutions récentes

Ces évolutions touchent essentiellement aux connaissances des perturbateurs endocriniens et à la prévention contre le chlordécone :

L’action contre la pollution par le chlordécone en Guadeloupe et en Martinique avait fait l’objet d’un 1er plan en 2008-2010, prolongé par un second pour la période 2011-2013, lancé le 9 mars 2011. Ses 36 actions visent plusieurs objectifs : améliorer les connaissances des milieux, des techniques pour remédier à la pollution et les effets sur la santé, mieux surveiller l’état de santé des populations et réduire leur exposition, gérer les milieux contaminés. Il comporte un important volet sur la pêche et les milieux aquatiques dont le plan 2008-2010 avait mis la contamination en évidence.

En 2011, l’Inserm a produit une expertise collective sur les liens entre reproduction et environnement, et plus particulièrement sur les effets de l’environnement sur l’augmentation des troubles de la reproduction et des cancers hormono-dépendants de la prostate et du sein. L’étude portait sur 5 familles de substances chimiques : bisphénol A, phtalates, composés polybromés (retardateurs de flamme), composés perfluorés et parabènes. Il en résulte que le bisphénol A (BPA) pourrait altérer le développement de la prostate, favorisant ainsi le risque de cancer. Cependant, selon le rapport de l’Anses d’octobre 2011 sur les effets sanitaires du BPA, aucune donnée n’est disponible chez l’homme pour étudier le lien entre exposition au BPA et le risque de cancer de la prostate, et les études chez l’animal ont donné des résultats contradictoires. A ce jour, on ne peut donc pas conclure sur cette association (Anses, 2011).

On préconise le développement des recherches sur les facteurs génétiques de sensibilité aux expositions environnementales et sur les interactions gène/environnement (Inserm, Afsset, 2008). Les récents résultats issus des études menées sur le risque du cancer de la prostate en Guadeloupe et en Martinique liés au chlordécone suggèrent l’implication de facteurs génétiques, environnementaux et des interactions gène-environnement.

Enfin, de nombreux protocoles de recherche clinique s’intéressent à la prévention (primaire, secondaire, ou tertiaire) du cancer de la prostate par médication. 
 

Sources rédactionnelles : InVS, Anses, Inserm, CIRC

Auteur : Unité cancer environnement
Relecteur: Pierre Richaud (Radiothérapeute, Institut Bergonié, Bordeaux)
 

Pour aller plus loin

Mise à jour le 26 févr. 2016

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