Un site du centreleonberard.fr

Exposition professionnelle à la silice et risques de cancer

Messages clés

  • La silice existe à l’état libre sous 2 formes : cristalline et amorphe. Seule la forme cristalline présente des dangers avérés pour la santé à ce jour.
     
  •   La silice cristalline est une substance cancérogène avérée pour l’homme (groupe 1 du CIRC) pour les cancers broncho-pulmonaires, mais elle n’a pas été classée au niveau européen.
     
  •  Les secteurs professionnels qui exposent à l’inhalation de poussières de silice cristalline, autres que les mines, sont certaines industries de manufacture et de construction ainsi que quelques activités agricoles. L'exposition à la silice cristalline concerne en France environ 294 900 salariés.
     
  •    Les tableaux des maladies professionnelles n° 25 du régime général et n°22 et 22bis du régime agricole prévoient une indemnisation des patients atteints de silicose et de cancers broncho-pulmonaires ayant été exposés à la silice cristalline durant leur activité professionnelle.
     
  •  Des valeurs limites d’exposition professionnelle réglementaires sur 8h (VLEP 8h) sont fixées par le Code du travail (article R. 4412-149) : pour le quartz à 0,1 mg/m3, pour la cristobalite et la tridymite à 0,05 mg/m3.
 

Réduire

 

 

 Présentation générale 

La silice (SiO2) existe à l’état libre ou à l’état combiné sous forme de silicates ; elle peut exister sous forme cristalline ou amorphe.

Les principales variétés cristallines de la silice sont le quartz, la cristobalite et la tridymite.
- Le quartz est la forme cristalline la plus abondante à l’état naturel. Il est utilisé comme matière première dans plusieurs procédés industriels (bétons, céramiques) et dans différents secteurs d'activités.
La cristobalite et la tridymite ne sont pas abondantes dans la nature.
- La cristobalite est obtenue dans certains procédés industriels lorsque le quartz est chauffé à des températures supérieures à 1400° C, par exemple, lors de la production et l’utilisation de produits réfractaires (fibres céramiques). Les teneurs en silice cristalline formées lors de ces traitements dépendent des conditions de fonctionnement des installations de type fours industriels.
-La tridymite est pratiquement inexistante à l'état naturel et très peu documentée dans la littérature.

La silice amorphe peut être d'origine naturelle ou synthétique. La silice amorphe d'origine naturelle correspond à la terre de diatomée, utilisée comme insecticide ménager, dans la fabrication des peintures et les travaux ménagers, et comme produit réfractaire ou abrasifs dans certaines industries. Les fibres de silice amorphe sont aussi produites par certaines plantes, comme la canne à sucre et le riz, et peuvent être inhalées lors de ces travaux agricoles.
Les silices amorphes d’origine synthétique sont retrouvées dans l’industrie comme agents épaississants (élastomères, résines, peintures et encres) ou dans la clarification de la bière et du vin. Utilisées comme agent fluidifiant, les silices amorphes entrent dans la composition de produits de consommation comme les produits cosmétiques, pharmaceutiques, les dentifrices et comme additifs alimentaires.
Les poussières dangereuses pour la santé sont celles de la silice cristalline. Les silices amorphes classées dans le groupe 3 par le CIRC (comme ne pouvant pas être classées quant à leur cancérogénicité pour l’homme) présente par ailleurs une toxicité faible.

Exposition et pathologies professionnelles

 La dangerosité de la silice cristalline pour la santé humaine est connue depuis longtemps dans les régions d’exploitations minières.

D’autres secteurs industriels sont concernés par l’exposition professionnelle aux poussières de silice cristalline : l’exploitation des carrières (sable), le traitement des minéraux, le travail de l’ardoise, le travail de la pierre, la fonderie, la fabrication des briques et des carreaux, la construction les industries de la poterie, de la céramique, la fabrication de prothèses dentaires et la fabrication de cristaux de quartz (optique et électronique) et le secteur d’activités des peintres sur carrosserie. L’InVS a publié un tableau référençant les principaux secteurs d’activité concernés par l’exposition à la silice cristalline (Delabre, 2010).

L’exposition professionnelle à la silice cristalline libre concerne essentiellement le quartz et la cristobalite. En France, le nombre de salariés exposés à la silice cristalline, en milieu professionnel, est estimé à environ 294 900 (Enquête SUMER, 2010). Par ailleurs, la prévalence d’exposition professionnelle à la silice cristalline libre dans la population des travailleurs en France tous statuts confondus (salariés, indépendant…) a été estimée en 2007 à 3,10% pour l’ensemble de la population (5,60% chez les hommes et 0,33% chez les femmes) (InVS, 2010).
 

Silice cristalline et risques de cancer

Inhalée sous forme de quartz ou de cristobalite, la silice cristalline est classée comme cancérogène avéré (groupe 1) par le CIRC depuis 1997 (CIRC, 1997). L’Union Européenne n’a pas classée la silice comme cancérogène mais comme agent chimique dangereux (ACD) (Direction Du Travail, 2006).
La silice amorphe est classée dans le groupe 3 (inclassable) par le CIRC.

En 2001, une étude multicentrique du CIRC sur 10 cohortes de travailleurs exposés à la silice a mis en évidence que l’augmentation du nombre de cancer du poumon est corrélée à la durée d’exposition des travailleurs. Des ouvriers exposés pendant une période de 45 ans à des concentrations de 0,1 mg/m3 de silice cristalline ont un excès de risque de cancer bronchopulmonaire de 1,1 à 1,7% de plus par rapport au risque estimé (3% à 6%) chez des travailleurs non mineurs (Steenland, 2001).
Cet excès de risque de cancer broncho-pulmonaire dans les groupes de travailleurs est associé à la présence de la silicose. En revanche, les données scientifiques publiées restent contradictoires en ce qui concerne la survenue de cancers bronchiques isolés en l'absence de silicose. Des raisons de biais méthodologiques (ajustement par exclusion des fumeurs) expliquent les différences trouvées dans la littérature (IRSST, 2005).
Parmi les nombreuses expositions professionnelles répertoriées dans le tableau publié par InVS en 2010, un excès de risque de cancers broncho-pulmonaires est identifié dans le secteur d’activités professionnelles liées aux peintres (peinture sur carrosserie de véhicules légers), imposant un décapage des surfaces exposant à la silice cristalline (Massardier-Pilonchery, 2011).

A propos de l’exposition de la population générale vivant autour d’exploitations industrielles, les études sont peu nombreuses. Une récente revue de la littérature (27 études) réalisée aux Etats-Unis sur des sites d’extraction de charbon, contenant une faible proportion de silice, montre des données contradictoires qui ne permettent pas de conclure sur une éventuelle association entre les cas de cancers et l’exposition des riverains (Jenkins, 2013).

Silice cristalline et pathologies non cancéreuses

La voie d’exposition principale des travailleurs est l'inhalation de poussières renfermant de la silice cristalline. Les particules se déposent dans la trachée, les bronches et les poumons en fonction de leur taille. Les particules, dont la taille est comprise entre 5 et 30 m, vont migrer au-delà du larynx et constituer la fraction thoracique. Les particules dites alvéolaires, de diamètre 4,25 m, atteignent les bronchioles et les zones alvéolaires des poumons.
L’exposition professionnelle provoque différentes lésions et pathologies, certaines sont reconnues comme maladies professionnelles. La plus connue est la silicose.

La silicose

Le dépôt de ces poussières de silice cristalline entraîne des troubles respiratoires progressifs, devenant irréversibles. L’inhalation prolongée peut provoquer une affection pulmonaire grave appelée silicose. La silicose est une maladie pulmonaire causée par l’inhalation de silice cristalline libre (quartz, cristobalite, tridymite). Il s’agit d’une pneumoconiose fibrosante du poumon qui peut continuer d’évoluer lors de l’arrêt de l’exposiition.

Pour la silicose, trois types d’évolution peuvent être distingués (INRS 1997) :
- la silicose aiguë résultant de l’exposition massive à la silice cristalline sur une courte période (5 ans). L’insuffisance respiratoire survient dès les premiers mois entrainant un décès rapide ;
- la silicose accélérée se développe après 5 à 10 ans d’une exposition à des niveaux élevés de silice cristalline;
- la silicose chronique est le résultat d’une exposition à des niveaux plus faibles de silice cristalline sur des périodes plus longues (supérieures à dix ans).La pathologie peut être longtemps asymptomatique.

Autres pathologies (hors cancers)

Les autres pathologies pulmonaires décrites après expositions professionnelles à la silice cristalline sont les bronchites, la maladie pulmonaire obstructive chronique (COPD). Ces effets sont aggravés chez les sujets fumeurs. (Rushton L, 2012)
La littérature rapporte que la silice cristalline peut provoquer des irritations et des inflammations au niveau de la peau et des yeux chez les travailleurs.
D’autres études épidémiologiques décrivent des affections du système immunitaire, et des maladies auto-immunes (sclérodermie) chez les travailleurs exposés. D’autres pathologies non cancéreuses figurent dans les tableaux de maladies professionnels (kaolinose, talcose, pneumociose…)

Reconnaissance en maladies professionnelles

Les maladies professionnelles répertoriées dans le tableau n°25 (affections consécutives à l'inhalation de poussières minérales renfermant de la silice cristalline) reconnues par l'Assurance Maladie se classent à la 7ème place des pathologies professionnelles les plus fréquentes. En France, les maladies professionnelles en lien avec une exposition à la silice environ 200 à 300 cas par an. Ce chiffre n’a pas évolué depuis une vingtaine d’années.

La silicose est une des plus anciennes maladies professionnelles. Le cancer broncho-pulmonaire est l’une des affections que le tableau 25 du Régime général de Sécurité sociale permet de reconnaître comme maladie professionnelle : des critères de durée d’exposition à la silice cristalline (pendant une période d’au moins 5 ans), de délai de prise en charge, de travaux effectués doivent être remplis . Si ces critères administratifs ne sont pas remplis, il est toujours possible de faire appel au CRRMP. (Comité Régional de Reconnaissance en Maladie Professionnel).

Le tableau n°22 du Régime agricole concerne les affections consécutives à l’inhalation de poussières minérales renfermant de la silice cristalline ou des silicates cristallins chez les travailleurs d’exploitations ou d’entreprises relevant du régime agricole.

Réglementation et recommandations

 En France, le décret du 10 avril 1997 impose pour les établissements relevant de l'article L.231-1 du Code du travail, d'évaluer et de contrôler la concentration moyenne en silice cristalline des poussières alvéolaires inhalées par le salarié sur 8 heures. Ces taux ne doivent pas dépasser les valeurs suivantes :
- 0,1 mg/m3 pour le quartz ;
- 0,05 mg/m3 pour la cristobalite et la tridymite.

Ces valeurs limites constituent un objectif minimal de prévention. La réalisation d’un contrôle atmosphérique annuel, au minimum, est recommandée pour vérifier le respect de la valeur. En plus de la surveillance des atmosphères de travail, une surveillance biologique des expositions par le médecin du travail est nécessaire.
Un arrêté fixant de nouvelles recommandations aux médecins du travail en matière de surveillance des travailleurs exposés aux poussières des silices est en cours d’évaluation.
De plus le suivi post-professionnel au titre des possibles conséquences de l’exposition à la silice est une obligation. 

Evolutions récentes

Depuis quelques années les silices (SiO2) sont produites et utilisées dans l’industrie sous la forme de nanoparticules manufacturées. Différents types de silices nanostructurées sont fabriqués en France : silice précipitée, silice pyrogénée, fumées de silice et silice colloïdale.
Selon une étude en cours de l’INRS sur les effets génotoxiques in vitro de particules de silices nanostructurées, une population importante de salariés serait concernée par la production et l’utilisation des silices nanostructurées. Les données disponibles sur la toxicité de ces silices doivent faire l’objet d’études plus approfondies afin de mieux comprendre l’effet de ces particules sur la santé des professionnels mais aussi de la population générale exposée lors de la manipulation de ces objets.


Auteur : Unité cancer et environnement

Relecteurs : Laurène Delabre, hygiéniste industrielle, InVS ; Dr Massardier-Pilonchery, Médecin spécialiste de santé au travail, UMRESTTE

Pour aller plus loin

Mise à jour le 21 avr. 2016