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Perchloroéthylène (ou tétrachloroéthylène)

 

 

Messages clés

  • Le perchloroéthylène est un solvant très utilisé, notamment comme solvant de nettoyage à sec dans les pressings. Il est aussi utilisé comme agent dégraissant pour pièces métalliques, dans le traitement des textiles, ou en imprimerie.
     
  • Le perchloroéthylène est classé cancérogène probable pour l’homme par le CIRC (groupe 2A).
     
  • La voie principale d’exposition au perchloroéthylène est l’inhalation en milieu professionnel. Les postes les plus à risque sont le nettoyage des tissus dans les machines de nettoyage à sec et l’entretien et la maintenance des équipements. La valeur limite d’exposition professionnelle au perchloroéthylène pour une moyenne d’exposition de 8 heures est de 335 mg/m3.
     
  • On peut trouver du perchloroéthylène en milieu général, sa concentration dans l’air pouvant varier de manière importante selon la force de la source d’émission, la vitesse et la direction du vent. En 2009, l’Anses a proposé une valeur guide de l’air intérieur pour le perchloroéthylène de 1 380 µg/m3 pour une exposition de 1 à 14 jours, et de 250 µg/m3 pour une exposition à long terme supérieure à un an.
      

 

 

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Qu’est-ce que le perchloroéthylène ?

Le perchloroéthylène (aussi appelé tétrachloroéthylène) est un solvant d’usage très répandu. Il s’agit d’un liquide ayant une odeur d’ether et qui est incolore, volatil et pratiquement ininflammable. Il est presque insoluble dans l’eau, mais peut se mélanger dans la plupart des solvants organiques ainsi que dans les graisses, huiles, résines, etc.

 

Perchloroéthylène et cancers

Depuis 1995, le perchloroéthylène est classé cancérogène probable pour l’homme par le CIRC (groupe 2A). Des risques augmentés de cancers du foie et de leucémies ont été constatés dans des études animales. Plusieurs études épidémiologiques ont observé des risques augmentés de cancer de l’œsophage, du cancer du col de l’utérus, et de lymphomes non hodgkiniens en lien avec des expositions professionnelles au perchloroéthylène, bien que d’autres facteurs de risque tels que le tabac, l’alcool ou l’exposition à d’autres solvants n’aient pas été pris en compte dans ces études (monographie du CIRC, volume 63, 1995).
En 2001, la mise à jour d’une de ces études a mis en évidence chez 1 708 employés de pressings une association statistiquement significative entre leur exposition professionnelle au perchloroéthylène et une augmentation du risque de certains cancers (langue, œsophage, vessie, intestin, poumons) (Ruder, 2001). Une revue de la littérature a en revanche montré en 2003 que les résultats des différentes études sur l’exposition professionnelle au perchloroéthylène et le risque de cancers étaient incohérents et ne permettaient donc pas de conforter l’hypothèse selon laquelle l’exposition professionnelle au perchloroéthylène serait un facteur de risque de cancer (Mundt, 2003).

Au niveau européen, le perchloroéthylène est classé nocif et cancérogène possible de catégorie 3 (directive 1999/45/CE), c’est-à-dire comme « substance préoccupante pour l’homme en raison d’effets cancérogènes possibles », et toxique pour l’environnement.
Des effets sur la reproduction ont été rapportés chez des travailleurs de pressings exposés au perchloroéthylène, tels que des troubles du cycle menstruel, des effets sur la fertilité, des malformations congénitales et un risque plus élevé d’avortement spontané.


Voie d’exposition

La plupart du perchloroéthylène utilisé (75 à 85%) est émis dans l’atmosphère (Ineris, 2005). Il se volatilise également rapidement dans l’air à partir des eaux de surface. La principale voie d’exposition au perchloroéthylène est l’inhalation de vapeurs. L’exposition est principalement d’origine professionnelle.

 

Exposition professionnelle au perchloroéthylène

Le perchloroéthylène n’existe pas à l’état naturel. Il est largement utilisé comme solvant industriel (nettoyage à sec, agent dégraissant pour les pièces métalliques, etc.). C’est le principal solvant utilisé dans les installations de nettoyage à sec traditionnel depuis plus de 50 ans. D'autres applications incluent le finissage des textiles (blanchiment, teinture, imperméabilisation, etc.), la production des décapants, d'encre d'imprimerie, et il entre dans la composition d’adhésifs et de liquides de nettoyage spécialisés. D’après l’enquête SUMER, en 2003, 0,3% des salariés étaient exposés au perchloroéthylène. Parmi les postes les plus exposés, on retrouve le nettoyage des tissus dans les machines de nettoyage à sec, et l’entretien et la maintenance des équipements (INRS, 2009).

Il existe des procédés de substitution du perchloroéthylène : machines de nettoyage au gaz carbonique, à l’eau ou au siloxane. Ces procédés peuvent néanmoins engendrer d’autres risques. L’utilisation de machines certifiées (norme AFNOR NF 107) permet de maîtriser certains de ces risques (incendie, explosion, etc.) (INRS, 2011).
La valeur limite d’exposition professionnelle au perchloroéthylène pour une moyenne d’exposition de 8 heures est de 335 mg/m3.
L’Anses a cependant recommandé en 2010 d’abaisser cette valeur à 138 mg/m3 pour prévenir des effets neurotoxiques du perchloroéthylène .
Les maladies professionnelles associées à l’exposition professionnelle au perchloroéthylène sont répertoriées dans les tableaux n°12 du régime générale et 21 du régime agricole. Ces tableaux de maladie professionnelle ne concernent pas de localisations cancéreuses, mais d’autres pathologies (troubles cardiaques, neurologiques, hépatiques, rénaux et troubles sanguins).
 

Exposition environnementale au perchloroéthylène

Certains produits d’utilisation courante contiennent du perchloroéthylène : décapants de véhicule à moteur, détachants, adhésifs et décapants pour le bois (Ineris, 2005). Dans l’air ambiant, sa concentration peut varier de manière importante selon la force de la source d’émission, la vitesse et la direction du vent. Quelques études épidémiologiques se sont intéressées à l’exposition au perchloroéthylène dans l’environnement général (habitation à proximité d’un pressing ou consommation d’eau contaminée), mais celles-ci sont à ce jour rares et de faible qualité méthodologique, ce qui ne permet pas d’estimer d’éventuels risques sanitaires associés à ce type d’exposition (Bukowski, 2011).
En 2009, l’Anses a proposé une valeur guide de l’air intérieur (VGAI) pour le perchloréthylène de 1380 µg/m3 pour une exposition de 1 à 14 jours, et de 250 µg/m3 pour une exposition à long terme supérieure à un an. Cette valeur guide a cependant été élaborée pour les effets non cancérogènes de perchloréthylène : le mécanisme d’action des effets cancérogènes n’étant pas établi, il n’est pas possible de proposer une VGAI protégeant de ces effets (voir aussi la fiche d’information sur les valeurs de référence).
En 2010, le Haut Conseil de la Santé Publique (HCSP) a publié un avis préconisant « la cessation ou la limitation de l’exposition en supprimant ou réduisant les transferts de tétrachloroéthylène ou en éradiquant la source ». Le HCSP recommande dans son rapport de réaliser une campagne de mesure des concentrations de tétrachloroéthylène dans les pressings et dans tous les logements et locaux ouverts au public se trouvant au-dessus ou à proximité immédiate de ces installations (HCSP, 2010).
 

Réglementation en France et à l’étranger

Bien que le perchloroéthylène reste le solvant le plus utilisé pour le nettoyage à sec dans la plupart des pays, des actions de réduction et de contrôle sont engagées aux niveaux mondial et européen. En France, il s’agit de la directive 1999/13/CE relative à la réduction des émissions de composés organiques volatils dues à l’utilisation de solvants organiques dans certaines activités ou installations.
En Californie, un règlement interdit l’utilisation du perchloroéthylène d’ici 2020, les installations existantes devant s’équiper de matériel de contrôle des émissions. Au Danemark, les installations de nouveaux commerces de nettoyage à sec sont interdites dans les propriétés résidentielles et les concentrations en perchloroéthylène dans les habitations au-dessus d’installation ne doivent pas dépasser 0.1 mg/m3. Au Canada, l’utilisation des machines en libre service est interdite (Ineris, 2005).
  

Evolutions récentes

Suite au décès par accident cardiaque en 2009 d’une personne résidant au-dessus d’un pressing utilisant du perchloroéthylène, des associations réclament l’interdiction de l’utilisation du perchloroéthylène dans les pressings (actualité de février 2012).
Les discussions se poursuivent au niveau européen concernant le classement du perchloréthylène en tant que toxique pour la reproduction (reprotoxique) de catégorie 2 ou 3, ce qui n’est actuellement pas le cas (Anses, 2010). Le perchloréthylène est inclus dans la liste des substances prioritaires de l’union européenne nécessitant un contrôle en vue d’une réduction des risques.
Un groupe d'expert du CIRC s'est réuni en octobre 2012 pour mettre à jour la monographie concernant le perchloroéthylène. A l'issue de l'analyse des nouvelles données disponibles, le groupe de travail a décidé de ne pas modifier le classement perchloroéthylène, qui reste donc classé 2A (CIRC, monographie volume 106; Guha, 2012).

A partir du 1er mars 2013, l'installation de toute nouvelle machine de nettoyage à sec fonctionnant au perchloroéthylène sera interdite dans des locaux contigus à des locaux occupés par des tiers. Les machines existantes fonctionnant au perchloroéthylène dans ces mêmes locaux contigus seront interdites de manière progressive, en fonction de leur âge (arrêté du 6 décembre 2012).


Auteur : Unité cancer environnement

Relecteur : Dr Barbara Charbotel, médecin épidémiologiste en santé au travail, Lyon
 

Pour aller plus loin

Rapports et textes officiels

Mise à jour le 21 avr. 2016