Handbooks Prévention des cancers - La perspective du Groupe de travail du CIRC sur la prévention du cancer de la cavité buccale

Présentation

Auteurs : Véronique Bouvard, Ph.D., Suzanne T. Nethan, M.D.S., Deependra Singh, Ph.D., Saman Warnakulasuriya, Ph.D., Ravi Mehrotra, M.D., Ph.D., Anil K. Chaturvedi, M.P.H., Ph.D., Tony Hsiu‑Hsi Chen, Ph.D., Olalekan A. Ayo‑Yusuf, M.P.H., Ph.D., Prakash C. Gupta, Ph.D., Alexander R. Kerr, D.D.S., Wanninayake M. Tilakaratne, Ph.D., Devasena Anantharaman, Ph.D., David I. Conway, D.P.H., Ph.D., Ann Gillenwater, M.D., Newell W. Johnson, F.Med.Sci., Luiz P. Kowalski, M.D., Ph.D., Maria E. Leon, Ph.D., Olena Mandrik, Ph.D., Toru Nagao, D.D.S., Ph.D., D.M.Sc., Vinayak M. Prasad, M.B., B.S., Ph.D., Kunnambath Ramadas, M.D., Ph.D., Felipe Roitberg, M.D., Pierre Saintigny, M.D., Rengaswamy Sankaranarayanan, M.D., Alan R. Santos‑Silva, D.D.S., Ph.D., Dhirendra N. Sinha, Ph.D., Patravoot Vatanasapt, M.D., Rosnah B. Zain, M.D.C., et Béatrice Lauby‑Secretan, Ph.D

En 2020, on estimait que le cancer de la lèvre et de la cavité buccale se situaient au 16e rang mondial en termes d’incidence et de mortalité et était une cause fréquente de décès par cancer chez les hommes dans une grande partie de l’Asie du Sud et du Sud-Est et du Pacifique occidental1. (Fig. 1). Un large éventail de facteurs génétiques, environnementaux et comportementaux contribue au risque de cancer de la cavité buccale2. Les risques sont dominés par le tabac, qu’il soit fumé ou sans fumée, et la forte consommation d’alcool. En Asie du Sud-Est et dans les îles du Pacifique occidental, où l’incidence du cancer de la cavité buccale est élevée, les principaux facteurs de risque sont l’usage de tabac sans fumée et les produits à base de noix d’arec (y compris la chique de bétel)3 (Tableau 1).4 Un faible pourcentage des cancers de la cavité buccale dans le monde (environ 2 %) est causé par une infection aux papillomavirus humains, principalement le HPV16.5

Handbook Cancer cavité buccale_Figure 1_FR

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De septembre à décembre 2021, le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) a réuni un Groupe de travail composé de 25 chercheurs (tous sont co-auteurs de cet article) issus de 20 pays pour évaluer l’ensemble des données sur la prévention primaire et secondaire du cancer de la cavité buccale. Le Groupe de travail a examiné toutes les études pertinentes publiées et a évalué les indications selon les préambules mis à jour des Handbooks du CIRC sur la prévention du cancer.68 Les préambules décrivent les objectifs et le champ d’application du programme, les principes généraux et les procédures, ainsi que la revue scientifique et les évaluations. De plus, pour renforcer les données actuelles publiées relatives aux produits à base de noix d’arec, le Groupe de travail a effectué des analyses primaires de données non publiées de grandes études. Nous présentons ici un bref aperçu des études examinées et des résultats du processus d’évaluation (Tableau 2).

  • Prévention primaire : arrêt de l'exposition aux facteurs de risque

    Tabagisme

    En 2007, le CIRC a conclu que « le risque de cancer de la cavité buccale est plus faible chez les anciens fumeurs que chez les fumeurs actuels » et que « la réduction du risque […] augmente avec la durée de l’abstinence »9. Les résultats de plusieurs études additionnelles sur le sevrage tabagique et le risque de cancer de la cavité buccale ont été publiés depuis et renforcent cette conclusion. Il s’agit notamment de deux études de cohorte,10,11 deux études cas-témoins,12,13 et une méta-analyse de 17 études cas-témoins,14 qui ont toutes montré une réduction progressive du risque de cancer de la cavité buccale avec l’augmentation de la durée d’abstinence, ces résultats étant significatifs dans trois études. Dans la méta-analyse, une diminution de l’incidence du cancer de la cavité buccale chez les anciens fumeurs par rapport aux fumeurs actuels était détectée après 4 ans de sevrage tabagique (diminution de 35 %) ; les risques s’approchaient de ceux des non-fumeurs après 20 ans ou plus d’abstinence (odds ratio, 0,19 ; IC 95% : 0,15-0,24).14

    Des études ont également suggéré que le risque d’affections buccales potentiellement malignes, en particulier de leucoplasie, diminue après le sevrage tabagique (Tableau 3).15 Dans une grande étude de cohorte, l’incidence de leucoplasie a diminué de 85% après l’arrêt de la consommation de bidis (cigarettes fines roulées à la main).16 Dans une autre grande étude menée en Inde, les anciens fumeurs avaient un risque de leucoplasie inférieur à celui des fumeurs actuels (risque relatif, 1,7% contre 3,4%).17 Les indications que l’arrêt du tabagisme diminue le risque de cancer de la cavité buccale étaient suffisantes ; ce risque diminue avec l’augmentation de la durée d’abstinence.

    Consommation de tabac sans fumée

    Le Groupe de travail n’a trouvé aucune étude rapportant le risque de cancer de la cavité buccale en fonction du temps écoulé depuis l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée. Six études ont examiné le risque de cancer de la cavité buccale chez les consommateurs actuels et anciens par rapport aux personnes n’en ayant jamais consommé : deux grandes études de cohorte en Suède18 et en Norvège19 et quatre études cas-témoins, trois en Suède2022 et une au Yémen.23 Ces études présentaient des limites importantes et une diversité géographique minimale, aucune étude ne provenant d’Asie du Sud. Huit études ont examiné les associations entre la consommation actuelle et passée de tabac sans fumée et le risque d’affections buccales potentiellement malignes, avec des personnes n’ayant jamais consommé de tabac comme groupe de référence. Bien que les résultats soient incohérents, une méta-analyse menée par le Groupe de travail a montré que les anciens consommateurs de tabac sans fumée présentaient un risque global d’affections buccales potentiellement malignes (en particulier de leucoplasie) inférieur à celui des consommateurs actuels. Cependant, les indications que l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée diminue le risque de cancer de la cavité buccale étaient insuffisantes.

    Consommation de produits à base de noix d’arec avec ou sans tabac

    Le Groupe de travail a basé ses évaluations des produits à base de noix d’arec sur des données provenant d’études publiées et d’analyses primaires, dans lesquelles il a utilisé des données concernant le temps écoulé depuis l’arrêt de la consommation et des données complémentaires concernant l’âge au moment de l’arrêt de la consommation pour les anciens consommateurs. Une attention particulière a été accordée à l’ajustement des facteurs de confusion et à la précision des estimations du risque.

    Une étude cas-témoins24, combinée à des analyses de données primaires de trois grandes études de cohorte et une étude cas-témoins (toutes menées à Taïwan), a montré que le risque de cancer de la cavité buccale diminuait significativement avec l’augmentation du temps écoulé depuis l’arrêt de la consommation de produits à base de noix d’arec sans tabac. Les réductions du risque étaient de 2,3 à 6,7% par an après l’arrêt et de 17 à 51% pour un arrêt à long terme (≥ 10 ans). Pour l’arrêt de la consommation de produits à base de noix d’arec contenant du tabac, les études publiées présentaient des résultats incohérents. Cependant, les analyses primaires d’une étude de cohorte et d’une étude cas-témoins, toutes deux réalisées en Inde, ont montré une réduction du risque de cancer de la cavité buccale de 2 à 3% (IC 95% : 1-5) par année. Une méta-analyse publiée récemment a confirmé l’inversion du risque de cancer de la cavité buccale avec un sevrage de longue durée25.

    Le Groupe de travail a également évalué l’effet du sevrage sur le risque d’affections buccales potentiellement malignes sur la base des études susmentionnées. Des réductions du risque ont été observées avec l’augmentation du temps écoulé depuis l’arrêt de consommation de produits à base de noix d’arec sans tabac. Une étude d’intervention primaire a montré de fortes réductions de l’incidence de leucoplasie 5 ans après l’arrêt de la consommation de produits à base de noix d’arec contenant du tabac : 49% (IC 95% : 7-72) chez les hommes et 81% (IC 95% : 70-89) chez les femmes.26

    Les indications que l’arrêt de la consommation de produits à base de noix d’arec avec ou sans tabac diminue le risque de cancer de la cavité buccale étaient suffisantes. L’arrêt de la consommation de produits à base de noix d’arec avec ou sans tabac diminue également le risque d’affections buccales potentiellement malignes.

    Consommation d’alcool

    Les données publiées selon lesquelles le sevrage alcoolique est associé à une réduction du risque de cancer de la cavité buccale consistaient en deux études de cohorte incluant des buveurs actuels et anciens comparés à des personnes n’ayant jamais bu, et une méta-analyse de 13 études cas-témoins, et de trois autres études cas-témoins qui présentaient des estimations du risque en fonction du temps écoulé depuis le sevrage. Dans la méta-analyse internationale14, le risque de cancer de la cavité buccale diminuait significativement avec l’augmentation du temps écoulé depuis le sevrage, avec un odds ratio de 0,43 (IC 95% : 0,28-0,67) pour les anciens gros buveurs (≥3 verres par jour) après plus de 20 ans d’abstinence par rapport aux buveurs actuels. Le Groupe de travail n’a identifié aucune étude évaluant le risque d’affections buccales potentiellement malignes en fonction de la durée du sevrage alcoolique. Dans sept études cas-témoins, le risque d’affections buccales potentiellement malignes (en particulier leucoplasie et érythroplasie) était généralement plus faible chez les anciens buveurs que chez les buveurs actuels.17,27 Les indications que l’arrêt de la consommation d’alcool diminue le risque de cancer de la cavité buccale étaient suffisantes ; ce risque diminue avec l’augmentation de la durée d’abstinence.

  • Prévention primaire : interventions de désaccoutumance

    Les interventions visant à arrêter la consommation de tabac sans fumée ou de noix d’arec comprennent des interventions comportementales, des interventions pharmacologiques et une combinaison des deux. Sur les 33 études examinées, 70% avaient été réalisées aux États-Unis, cinq en Inde, deux en Suède, une en Norvège et une à Taiwan.

    Neuf études – sept essais cliniques randomisés et deux études de cohorte28,29 – ont évalué les interventions comportementales pour induire l’arrêt du tabac sans fumée chez les adultes. Une seule étude, réalisée en Inde, incluait des consommateurs de noix d’arec contenant du tabac28 ; toutes les autres études concernaient des populations consommant uniquement du tabac sans fumée. Un ou plusieurs types d’interventions différentes ont été proposés. Toutes les études ont montré un effet positif sur l’arrêt du tabac, qui était significatif dans six études2833, avec des estimations du risque relatif dans le groupe témoin par rapport au groupe d’intervention allant de 1,28 après 6 mois de suivi à 25,70 après 60 mois. Il convient de noter que dans deux de ces études,29,32 le groupe témoin a également bénéficié d’une forme d’intervention. Les indications que les interventions comportementales chez les adultes sont efficaces pour induire l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée étaient suffisantes.

    Cinq études – quatre essais cliniques randomisés et une étude de cohorte – ont évalué les interventions comportementales pour induire l’arrêt du tabac chez les jeunes. Une seule étude, réalisée aux États-Unis, a montré un effet significatif sur l’arrêt du tabac après 12 mois de suivi, avec un risque relatif de 1,70 (IC 95% : 1,50-1,86) dans le groupe témoin par rapport au groupe d’intervention.34 Une autre étude américaine a montré un effet positif significatif de l’intervention sur la prévention de l’initiation à la consommation de tabac sans fumée (risque relatif, 0,58 ; IC 95% : 0,35-0,99).35 Les indications que les interventions comportementales chez les jeunes sont efficaces pour induire l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée étaient limitées.

    Dans trois essais cliniques randomisés, les investigateurs ont évalué l’efficacité de la gomme à la nicotine pour induire l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée et de la chique de bétel sans tabac en Inde,36 l’efficacité des pastilles à la nicotine pour induire l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée aux États-Unis,37 et l’efficacité des antidépresseurs pour induire l’arrêt de la consommation de la noix d’arec à Taïwan.38 Certaines associations positives ont été observées, mais les études étaient peu informatives. Les indications que les interventions pharmacologiques avec des substituts nicotiniques ou des antidépresseurs sont efficaces pour induire l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée ou de produits à base de noix d’arec étaient limitées.

    Sur 16 essais cliniques randomisés évaluant des interventions pharmacologiques et comportementales combinées, une seule étude a évalué la consommation de produits à base de noix d’arec contenant du tabac ; toutes les autres ont évalué l’arrêt de tabac sans fumée [seul]. Bien que des effets positifs de l’intervention sur les taux de sevrage aient été observés dans 13 des 16 études, la différence avec le contrôle n’était significative que dans deux études incluant des consommateurs de tabac sans fumée, l’une aux États-Unis37 et l’autre en Suède.39 Les indications que les interventions pharmacologiques et comportementales combinées sont efficaces pour induire l’arrêt de la consommation de tabac sans fumée étaient limitées.

  • Politiques de prévention primaire

    La Convention-Cadre pour la Lutte Anti-Tabac (CCLAT) de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a été établie en 2005 avec un ensemble de mesures de réduction de l’offre et la demande.40 Cependant, les mesures qui ont été prises ont été variables et peu de données sont disponibles sur les résultats concernant la consommation de tabac sans fumée. Dans une étude américaine, les investigateurs ont constaté que la taxation du tabac avait réduit la prévalence de consommation de tabac sans fumée chez les jeunes.41 Une étude au Bangladesh42 et trois en Inde4345 ont estimé que des prix plus élevés réduiraient la consommation de tabac sans fumée. L’approche la plus efficace semble être la combinaison de plusieurs politiques de la CCLAT éprouvées.

    Les politiques visant à contrôler la consommation de la noix d’arec sont encore relativement nouvelles, et le Groupe de travail n’a pu trouver aucune donnée publiée sur leurs effets. De telles politiques ont été mises en œuvre dans des régions – dont le Bhoutan, l’Inde, le Myanmar, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, Guangzhou (Chine) et Taïwan – où la prévalence de la fibrose buccale sous-muqueuse et du cancer de la cavité buccale sont élevées. La politique la plus courante, qui a été mise en œuvre dans cinq pays, est l’interdiction de cracher dans les lieux publics. Les autorités sont invitées à renforcer la surveillance de la consommation de tabac sans fumée et de noix d’arec dans le monde entier et à promouvoir des politiques d’arrêt de consommation de ces produits.

  • Prévention secondaire : dépistage du cancer de la cavité buccale

    L’examen clinique buccal est la seule méthode de dépistage utilisée régulièrement pour la détection du cancer de la cavité buccale et des affections buccales potentiellement malignes. L’examen clinique buccal consiste en un examen visuel à la lumière blanche et une palpation de la muqueuse de la cavité buccale et des régions externes du visage et du cou. La sensibilité de l’examen clinique buccal pour la détection du cancer de la cavité buccale et des affections buccales potentiellement malignes varie de 50 à 99%, avec une spécificité de 75 à 99%.46 On a noté l’importance du rôle des travailleurs de la santé bien formés dans la réalisation des examens cliniques buccaux.

    Dans un essai clinique randomisé mené en Inde avec un suivi de 15 ans, les investigateurs ont constaté que l’examen clinique buccal était associé à une réduction significative de l’incidence du cancer de la cavité buccale avancé (de 21% ; IC 95 % : 5-35) et du risque de décès par cancer de la cavité buccale (de 24% ; IC 95 % : 3-40) chez les personnes à haut risque (c’est-à-dire les consommateurs de tabac, d’alcool, de produits à base de noix d’arec ou d’une combinaison des trois).47 Deux études de cohorte impliquant la même cohorte dépistée à Taïwan, et une étude cas-témoins à Cuba4850, ont montré que l’examen clinique buccal était associé à des réductions de 21 à 22% de l’incidence du cancer de la cavité buccale avancé et à des réductions de 24 à 26% du risque de décès ; les différences étaient significatives dans les études de cohorte49,50. Cependant, ces études présentaient plusieurs limites, notamment le faible nombre de cas positifs dépistés ayant suivi une évaluation plus poussée,47 un biais de sélection des personnes dépistées, une contamination possible des témoins,49,50 un manque de puissance statistique et une faible couverture du programme.48 Les études n’indiquaient pas si des interventions de prévention primaire étaient menées dans la population4750 ni ne fournissaient de données sur la proportion de personnes à haut risque dans le groupe témoin.48 Le Groupe de travail a conclu que le dépistage des personnes à haut risque par un examen clinique buccal pourrait réduire la mortalité par cancer de la cavité buccale.

  • Discussion et conclusion

    Dans cette première évaluation de la prévention du cancer de la cavité buccale par le programme des Handbooks du CIRC, le Groupe de travail reconnaît que le tabagisme et la consommation d’alcool sont les principaux facteurs de risque de cancer de la cavité buccale dans la plupart des pays. Cependant, la consommation de tabac sans fumée et de produits à base de noix d’arec sont les principales causes dans de nombreux pays, notamment en Asie du Sud et du Sud-Est et dans les îles du Pacifique occidental. Dans ces régions, les produits consommés (qui peuvent contenir uniquement du tabac sans fumée, uniquement de la noix d’arec, ou les deux) varient considérablement par leur nature et leur profil de toxicité. Dans les études disponibles, le manque de détails concernant la composition de ces produits a constitué un défi pour l’interprétation et l’évaluation des données actuelles.

    L’arrêt de la consommation de tabac et d’alcool a un effet préventif sur l’incidence du cancer de la cavité buccale et diminue probablement aussi le risque d’affections buccales potentiellement malignes. En outre, l’arrêt du tabac présente de nombreux autres bénéfices pour la santé. Étant donné que l’effet combiné du tabagisme et de la consommation d’alcool est plus que multiplicatif, le sevrage tabagique réduit le risque de cancer de la cavité buccale chez les personnes qui continuent à boire de l’alcool.

    De même, les bénéfices de l’arrêt de la consommation de produits à base de noix d’arec avec ou sans tabac ont été établis. Pour parvenir à ces conclusions, le Groupe de travail a tenu compte du fait que la composition des produits varie considérablement, tant à l’intérieur des pays qu’entre eux, et a choisi d’évaluer conjointement tous les produits contenant de la noix d’arec. Compte tenu des effets d’interaction, on s’attendrait également à de fortes réductions du risque après le sevrage tabagique chez les consommateurs de ces produits. Les données sur les bénéfices de l’arrêt du tabac sans fumée seul étaient insuffisantes en raison du manque d’études dans les zones géographiques pertinentes.

    L’effet des interventions de prévention primaire pour l’arrêt de la consommation de ces produits est spécifique au pays, à la culture, à l’âge et au sexe de la population cible. Très peu d’études étaient disponibles dans les populations qui consomment usuellement la noix d’arec avec du tabac ; par conséquent, les évaluations se sont limitées à l’arrêt de la consommation du tabac sans fumée seul. Par rapport aux adultes, les jeunes qui commencent à consommer du tabac sans fumée ne perçoivent souvent pas le tabac comme dangereux et sont très réceptifs à la publicité pour le tabac. Il est donc important que l’éducation sur les méfaits de la consommation de ces produits soit axée sur les jeunes.

    L’examen clinique buccal permet de détecter le cancer de la cavité buccale et les affections buccales potentiellement malignes à un stade relativement précoce de leur évolution. À l’heure actuelle, il n’existe pas de meilleur moyen de dépistage, bien que la recherche de biomarqueurs dans la salive, le sang et l’haleine soit en plein essor. La grande variabilité de l’histoire naturelle des affections buccales potentiellement malignes au niveau individuel pose un problème pour extrapoler les données vers des issues importantes tels que la mortalité. Aussi, on manque encore de données pour savoir si des techniques optiques ou des biomarqueurs complémentaires peuvent réduire les résultats faussement positifs du dépistage.51

    Notre évaluation du potentiel de l’examen clinique buccal pour réduire la mortalité par cancer de la cavité buccale ne s’applique qu’aux personnes à haut risque. Son effet dans la population générale ne peut pas être établi sur la base des données actuelles.47 Le dépistage effectué par des professionnels de santé formés dans des environnements à faibles ressources a montré de bons résultats sur la détection précoce de la maladie. Le dépistage opportuniste en cabinet dentaire dans les contextes où les ressources en soins de santé sont élevées peut également être efficace, bien que les données soient rares.52 L’utilisation de modèles de dépistage basés sur le risque pourrait être une approche appropriée pour les communautés ayant une incidence élevée de cancer de la cavité buccale, tout en reconnaissant que la sélection des participants est un défi d’un point de vue organisationnel.

    Cette revue a mis en évidence la rareté des données dans le domaine de la prévention du cancer de la cavité buccale et appelle à des recherches supplémentaires sur tous les aspects de ce travail de prévention. Néanmoins, le Groupe de travail a établi que l’arrêt du tabagisme, de la consommation d’alcool, et de la consommation de noix d’arec [avec ou sans tabac] contribuera à réduire considérablement le risque de cancer de la cavité buccale. De telles mesures contribueront également à l’objectif global de la résolution sur la santé buccale adoptée par l’Assemblée Mondiale de la Santé en mai 2021, à savoir contrôler et prévenir les maladies buccales, y compris le cancer de la cavité buccale, d’ici 203053.

     

    Les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement les politiques du Centre international de Recherche sur le Cancer ou de l’Organisation Mondiale de la Santé. Soutenu par une subvention (INCA_14774) de l’Institut national du cancer français. Les formulaires de divulgation fournis par les auteurs sont disponibles avec le texte intégral de cet article sur NEJM.org.

     

    Du Centre international de Recherche sur le Cancer (V.B., S.T.N., D.S., R.S., B.L.-S.), and INSERM 1052, Centre National de la Recherche Scientifique 5286, Centre de Recherche en Cancérologie de Lyon, Université Claude Bernard Lyon 1, et le Département d’Oncologie Médicale, Centre Léon Bérard (P.S.) — tous à Lyon, France ; le Collaborating Centre for Oral Cancer de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (S.W.) et la Faculty of Dentistry, Oral, and Craniofacial Sciences (N.W.J.), King’s College London, Londres, l’Université de Sheffield School of Health and Related Research, Sheffield (O.M.), et la School of Medicine, Dentistry, and Nursing, University of Glasgow, Glasgow (D.I.C.) — tous au Royaume-Uni ; le Center for Health, Innovation, and Policy Foundation et Rollins School of Public Health, Emory University, Atlanta (R.M.) ; la Division of Cancer Epidemiology and Genetics, National Cancer Institute, National Institutes of Health, Bethesda, MD (A.K.C.) ; l’Institute of Epidemiology and Preventive Medicine, National Taiwan University, Taipei (T.H.-H.C.) ; Sefako Makgatho Health Sciences University, GaRankuwa, et la School of Health Systems and Public Health, University of Pretoria, Pretoria — tous deux en Afrique du Sud (O.A.A.-Y.) ; Healis Sekh‑ saria Institute for Public Health (P.C.G.) et Preventive Oncology, Karkinos Healthcare (R.S.), Navi Mumbai, Rajiv Gandhi Centre for Biotechnology, Thiruvananthapuram (D.A.), Regional Cancer Centre, Trivandrum (K.R.), et la School of Preventive Oncology, Patna (D.N.S.) — tous en Inde ; New York University College of Dentistry, New York (A.R.K.) ; l’University of Peradeniya, Peradeniya, Sri Lanka (W.M.T.) ; la Faculty of Dentistry, University of Malaya, Kuala Lumpur (W.M.T., R.B.Z.), and MAHSA (Malaysian Allied Health Sciences Academy) University, Bandar Saujana Putra (R.B.Z.) — tous deux en Malaisie ; M.D. Anderson Cancer Center, Houston (A.G.) ; Griffith University Gold Coast, Southport, QLD, Australia (N.W.J.) ; l’University of São Paulo Medical School and A.C. Camargo Cancer Center (L.P.K.), São Paulo, and Piracicaba Dental School, University of Campinas, Campinas (A.R.S.-S.) — tous au Brésil ; le Department of Maxillofacial Surgery, School of Dentistry, Aichi Gakuin University, Nisshin, Japon (T.N.) ; OMS, Genève (V.M.P., F.R.) ; et le Department of Otorhinolaryngology, Faculty of Medicine, Khon Kaen University, Khon Kaen, Thaïlande (P.V.). Le Dr. Lauby-Secretan peut être contacté à l’adresse secretanb@iarc.fr ou à l’adresse du Centre international de Recherche sur le Cancer, Evidence Synthesis and Classification Branch, Programme des Handbooks du CIRC, 150 Cours Albert Thomas, 69372 Lyon CEDEX 8, France. Cet article a été publié le 18 octobre 2022 sur NEJM.org.

    DOI: 10.1056/NEJMsr2210097

    Copyright © 2022 Massachusetts Medical Society

  • Tableaux

    Tableau 1. Produits de tabac sans fumée et à base de noix d’arec les plus courants dans le monde*

    Type de produit
    Tabac sans fumée seul
    Tabac à mâcher (feuilles, bouchons, torsades ou rouleaux)
    Tabac à priser (humide, sec ou crémeux)
    Snus†
    Noix d’arec avec du tabac
    Chique de bétel (pan or paan)‡
    Gutkha§
    Tombol
    Noix d’arec seule
    Chique de bétel sans tabac (pan ou paan, chique de lao-hwa, et chique de tige)
    Noix d’arec (fraîche, séchée, grillée ou verte)
    Pan masala

    * Les données proviennent du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC)3 et du Centre de connaissances sur le tabac sans fumée de la Convention-cadre pour la lutte antitabac de l’Organisation Mondiale de la Santé.4

    † Le snus est un mélange de tabac, d’agents hydratants, de carbonate de sodium, de sel, d’édulcorants et d’arômes.

    ‡ La chique de bétel contient généralement de la feuille de bétel, de la noix d’arec et de la chaux éteinte (hydroxyde de calcium) et peut contenir du tabac. D’autres substances – en particulier, des épices tel que la cardamome, le safran, les clous de girofle et des édulcorants – sont ajoutées selon les préférences locales.

    § Le Gutkha est une préparation commerciale à base de noix d’arec et de tabac en poudre, de chaux éteinte, de catéchou (extrait d’acacia) et d’autres ingrédients.

    ¶ Le Tombol est une préparation à base de tabac, de noix d’arec, de noura (agent alcalin), de chaux éteinte, de catéchou, de feuilles de tombol, de khat en poudre et d’autres ingrédients aromatisants.

    ‖ Le Pan masala est une préparation commerciale sèche, relativement non périssable, contenant de la noix d’arec, de la chaux éteinte, du catéchou et des condiments.

    Tableau 2. Évaluation des interventions et stratégies de prévention du cancer de la cavité buccale

    Intervention Evaluation (indications)
    Prévention primaire*
    Arrêt de l’exposition au facteur de risque
    Tabagisme Suffisantes
    Consommation de tabac sans fumée Insuffisantes
    Consommation de noix d’arec (y compris la chique de bétel) avec ou sans tabac Suffisantes
    Consommation d’alcool Suffisantes
    Intervention de désaccoutumance au tabac sans fumée
    Intervention comportementale Suffisantes chez les adultes ;

    Limitées chez les jeunes

    Intervention pharmacologique Limitées
    Interventions comportementale et pharmacologique combinées Limitées
    Prévention secondaire
    Examen clinique buccal dans les populations à haut risque Groupe B

    * Selon les critères décrits dans le Préambule des Handbooks du CIRC pour la prévention primaire,7 des « indications suffisantes » indiquent qu’une association causale préventive entre l’intervention et le cancer chez l’homme a été établie ; des « indications limitées » indiquent qu’une association causale préventive entre l’intervention et le cancer chez l’homme est plausible ; des « indications insuffisantes » indiquent que l’ensemble des indications actuelles ne permet pas de tirer une conclusion sur la présence ou l’absence d’une association préventive entre l’intervention et le cancer chez l’homme.

    † Selon les critères décrits dans le Préambule des Handbooks du CIRC pour la prévention secondaire8, le Groupe B indique qu’une association préventive causale entre l’utilisation de la méthode de dépistage et l’incidence du cancer ou la mortalité par cancer est crédible, mais que le hasard, le biais ou la confusion comme explications de l’association n’ont pas pu être écartés avec une confiance raisonnable.

    Tableau 3. Définitions des affections buccales potentiellement malignes les plus courantes*

    Affection Définition
    Affection buccale potentiellement maligne Toute anomalie de la muqueuse buccale associée à une augmentation significative du risque de cancer de la cavité buccale.
    Leucoplasie Plaque à prédominance blanche, dont le risque est discutable après exclusion d’autres maladies ou affections connues qui ne comportent pas de risque accru de cancer.
    Erythroplasie Plaque à prédominante rouge feu qui ne peut pas être caractérisée cliniquement ou pathologiquement comme une autre maladie définissable.
    Fibrose sous-muqueuse Maladie chronique affectant la muqueuse buccale qui se traduit initialement par une perte de fibroélasticité de la lamina propria et peut entraîner une fibrose de la lamina propria et de la sous-muqueuse de la cavité buccale, ainsi qu’une atrophie épithéliale.
    Lichen plan Trouble inflammatoire chronique de cause inconnue (avec des rechutes et des rémissions caractéristiques) qui se manifeste par des lésions réticulaires blanches, accompagnées ou non de zones atrophiques, érosives ou ulcératives de type plaque ; lésions bilatéralement symétriques fréquentes dans lesquelles la gingivite desquamative peut être une caractéristique.
    Lésions lichénoïdes Lésions buccales présentant des caractéristiques lichénoïdes mais dépourvues des aspects cliniques ou histopathologiques typiques du lichen plan buccal (c’est-à-dire qu’elles peuvent présenter une asymétrie ou sont des réactions aux restaurations dentaires ou à certains médicaments).

    * Les données proviennent de Warnakulasuriya et al.15

  • Références

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Auteur : Département Prévention Cancer Environnement, Centre Léon Bérard

Relecture : Centre international de Recherche sur le Cancer

Mise à jour le 23 janv. 2023

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