Cadmium et ses composés

expositions professionnelles

Le saviez-vous ?

Le cadmium est classé cancérogène certain pour l’Humain depuis 1993. Les preuves les plus solides concernent le cancer du poumon. Mais des études ont observées des liens avec les cancers du sein, de la prostate, du nasopharynx, du pancréas, et du rein.

Les principales sources de rejet de cadmium dans l’environnement sont les activités industrielles et agricoles.

L’exposition de la population générale se fait principalement par le tabac et l’alimentation.

Les aliments ayant les plus grandes concentrations de cadmium sont les abats et les fruits de mers. Mais l’exposition alimentaire provient majoritairement d’aliments consommés quotidiennement : céréales et dérivés (pains, pates), riz, pommes de terre et dérivés, certains légumes : légumes-feuilles (épinards, salades) et légumes-racines (carottes, navets).

Localement, les sources industrielles peuvent induire des expositions non négligeables.

En milieu professionnel, l’inhalation est la principale voie d’exposition au cadmium.

Présentation

Le cadmium (Cd) est un métal, naturellement présent dans les sols en faible quantité. Il appartient à la famille des éléments-traces métalliques (ETM, anciennement appelés métaux lourds), également assimilé à la famille des métaux de transition.

Contrairement à d’autres métaux utiles pour le corps humain (fer, zinc, calcium, etc), le cadmium est un élément toxique et écotoxique, parmi les plus problématiques sur le plan de la santé environnementale et extrêmement nocif pour la santé (Charkiewicz, 2023).

Ses propriétés physico-chimiques, proches de celles du calcium, lui permettent de traverser les barrières biologiques et de s’accumuler dans les tissus (Ellen, 2010).

  • Sources de Cadmium : où le trouve t-on ?

    Le cadmium est un élément naturellement présent dans les sols, en plus ou moins grande quantité (Figure 1).

    Figure 1. Teneur estimée des sols en Cadmium en France métropolitaine

    Figure 1. Teneur estimée des sols en Cadmium en France métropolitaine (Gis Sol, 2019) 

    Plusieurs types de sources sont usuellement distinguées. Il peut être émis naturellement via l’érosion naturelle des sols ou encore lors d’activités volcaniques. Cependant les activités humaines sont responsables de la large majorité des émissions et des contaminations dans différentes matrices environnementales (air, sols, eau) (INRAE, 2025).

    Sources naturelles

    Le cadmium est naturellement présent dans certains sols français en raison de la composition des roches (calcaires, phosphates, schistes). Des teneurs plus élevées sont observées dans des régions comme la Champagne, le Jura ou les Causses, mais cette contribution reste généralement modérée à l’échelle nationale (INRAE, 2025). Cette présence naturelle constitue un bruit de fond environnemental auquel toute la population est exposée, mais elle n’explique pas à elle seule les niveaux actuels d’imprégnation (Assurance maladie, 2026).

    Sources issues de l’agriculture

    Les activités agricoles représentent aujourd’hui la source dominante de contamination diffuse des sols en cadmium. En effet, les engrais phosphatés contiennent naturellement du cadmium qui s’accumule dans les sols et est ensuite absorbé par les plantes (Dharma-wardana, 2018). Selon leurs provenances les engrais phosphatés contiennent plus ou moins de cadmium (IGEDD, 2026).

    Sources industrielles et sites pollués

    Le cadmium est émis de manière involontaire dans le cadre d’activités industrielles impliquant des activités de combustions, notamment la métallurgie du zinc, mais aussi l’incinération des déchets.

    Il est également utilisé dans de nombreux procédés industriels comme la fabrication des accumulateurs électriques Ni-Cd (« piles » rechargeables), le cadmiage anti-corrosion dans l’aéronautique, la production de pigments, les écrans de télévision, la photographie, la métallisation des surfaces, etc. Ces activités industrielles constituent des sources ponctuelles, parfois très élevées, de contamination (INERIS, 2025).

    En France, des centaines de sites et sols pollués ou potentiellement pollués au cadmium sont recensés, souvent hérités d’activités passées (https://www.georisques.gouv.fr/risques/basias/donnees#/).

    Les expositions issues de rejets industriels concernent les travailleurs et les populations locales, principalement par inhalation de poussières contaminées. Même si cette source est moins importante en termes d’exposition globale que l’alimentation, elle peut entraîner localement des niveaux élevés et des risques sanitaires significatifs (Santé Publique France, 2023).

    Il est à noter que les émissions industrielles ont fortement baissé depuis 1990 (-90%) à la suite de la mise en place de réglementations plus strictes (Figure 2), en particulier au cours des années 90 et 2000.

    Figure 2. Emissions annuelles de cadmium en tonne, estimées par le CITEPA selon différents secteurs émetteurs

    Figure 2. Emissions annuelles de cadmium en tonne, estimées par le CITEPA selon différents secteurs émetteurs (CITEPA 2025)

  • Exposition de l'humain au cadmium

    Par ingestion

    La principale voie d’exposition au cadmium pour le grand public est l’alimentation. En effet, le cadmium présent dans les sols peut être absorbé par les plantes. Certaines cultures, comme les céréales (blé, riz), les pommes de terre ou encore certains légumes, peuvent contenir du cadmium en petites quantités. Cette contamination provient en partie de sources naturelles, mais aussi et surtout de l’utilisation d’engrais phosphatés en agriculture, qui contiennent du cadmium. Lorsque ces engrais sont utilisés de manière répétée, le cadmium s’accumule dans les sols puis dans les aliments. En France, on estime que l’alimentation représente la très grande majorité de l’exposition chez les non-fumeurs (Anses, 2026).

    L’exposition peut aussi se produire par contact avec des sols contaminés, en particulier chez les jeunes enfants qui portent fréquemment les mains à la bouche. Ce type d’exposition est surtout préoccupant à proximité de sites pollués, comme d’anciens sites industriels ou miniers. Dans ces zones, les concentrations en cadmium dans les sols peuvent être plus élevées que la normale. Cependant, à l’échelle nationale, cette voie d’exposition reste minoritaire par rapport à l’alimentation.

    Cette contamination explique que l’alimentation représente jusqu’à 98 % de l’exposition chez les non-fumeurs. En France, les conséquences sont majeures : environ 47,6 % de la population dépasse le seuil critique de 0,5 µg/g de créatinine urinaire, et l’imprégnation a presque doublé en 10 ans. Les enfants sont particulièrement touchés, avec des dépassements quasi généralisés chez les plus jeunes (Anses, 2026).

    Par inhalation

    Une autre voie importante d’exposition est l’inhalation, en particulier via le tabac. Les plants de tabac absorbent facilement le cadmium présent dans le sol, et celui-ci est ensuite inhalé lors de la combustion de la cigarette. Les fumeurs sont donc significativement plus exposés que les non-fumeurs. Cette exposition peut être particulièrement élevée car le cadmium inhalé passe directement dans le sang via les poumons. Ainsi, le tabagisme constitue une source majeure d’exposition individuelle, même si elle ne concerne pas toute la population.

    L’air ambiant peut également contenir du cadmium, notamment à proximité de certaines activités industrielles. Les industries métallurgiques, l’incinération des déchets ou encore la combustion de certains combustibles peuvent émettre du cadmium dans l’atmosphère. Ce cadmium peut ensuite être inhalé ou se déposer sur les sols et les cultures, contribuant indirectement à l’exposition alimentaire. Toutefois, pour la majorité de la population vivant loin de ces sources, cette voie d’exposition reste généralement secondaire.

    Imprégnation de la population Française

    Les données récentes issues des travaux de l’Anses mettent en évidence une imprégnation préoccupante de la population française au cadmium (Anses, 2026).

    Le niveau moyen de cadmium urinaire chez les adultes est estimé à environ 0,57 µg/g de créatinine, soit un niveau en nette augmentation par rapport aux années 2000 (environ 0,29 µg/g), soit un quasi doublement en une décennie. Cette concentration moyenne dépasse le seuil sanitaire de référence fixé à 0,5 µg/g de créatinine, considéré comme un niveau critique au-delà duquel des effets délétères sur les reins et les os peuvent apparaître à long terme.

    De plus, les données montrent qu’environ 47 % de la population française dépasse ce seuil, avec des proportions encore plus élevées dans certains groupes, notamment chez les enfants et les adultes d’âge moyen, ce qui souligne le caractère diffus et généralisé de l’exposition.

    À titre de comparaison, des effets biologiques sont observés à partir d’environ 1 µg/g, et des risques accrus de toxicité rénale apparaissent au-delà de 2 µg/g, ce qui situe une partie non négligeable de la population dans une zone de vigilance sanitaire. Par ailleurs, l’imprégnation augmente avec l’âge en raison de l’accumulation progressive du cadmium dans l’organisme, dont la demi-vie est très longue.

    Dans ce contexte, la situation française apparaît plus défavorable que celle observée dans plusieurs autres pays, avec des niveaux d’exposition parfois plusieurs fois supérieurs. Ces résultats traduisent une exposition chronique, principalement d’origine alimentaire, et soulignent l’importance de mesures de réduction à l’échelle de la population.

    Expositions professionnelles

    L’exposition professionnelle au cadmium concerne principalement certains secteurs industriels où ce métal est utilisé ou produit comme sous-produit. En France, les travailleurs les plus exposés sont ceux de la métallurgie (notamment du zinc, du plomb et du cuivre), de la fabrication et du recyclage de batteries (en particulier les batteries nickel-cadmium), du traitement de surface (galvanoplastie, revêtements anticorrosion), ainsi que de l’incinération des déchets et du recyclage des déchets électroniques (INRS). L’exposition se fait principalement par inhalation de fumées et de poussières contenant du cadmium, notamment lors de procédés à haute température, mais aussi par ingestion indirecte en cas de mauvaise hygiène sur le lieu de travail. Les niveaux d’exposition professionnelle sont généralement plus élevés que ceux observés dans la population générale, ce qui peut entraîner une accumulation importante dans l’organisme au fil du temps (INERIS, 2025).

  • Effets du cadmium sur la santé

    En raison de sa toxicité et de sa capacité à s’accumuler dans l’organisme, ces expositions qu’elles soient ponctuelles ou diffuse, peuvent entraîner divers effets néfastes sur la santé (Tableau 1 – Effets du cadmium sur la santé, hors cancer). Sa demi-vie biologique très longue (10 à 30 ans) implique que les effets du cadmium peuvent se manifester longtemps après l’exposition initiale, même à faibles doses.

    Tableau 1. Effets du cadmium sur la santé, hors cancer.

    Système / Organe Effets observés Références
    Système respiratoire Bronchites chroniques, troubles obstructifs, emphysème, BPCO Wang, 2024
    Reins Protéinurie, atteinte tubulaire, insuffisance rénale chronique Doccioli, 2024
    Squelette / Os Déminéralisation, ostéoporose, fractures Kunioka, 2023
    Système cardiovasculaire HTA, athérosclérose, dysfonction endothéliale Verzelloni, 2024
    Système nerveux Troubles cognitifs (surtout chez l’animal, données humaines limitées) Bakulski, 2020
    Autres effets généraux Lésions hépatiques, troubles immunitaires, effets sur la reproduction De Angelis, 2023 ; Genchi, 2020

    L’exposition chronique au cadmium entraîne une toxicité pour plusieurs organes et systèmes (Rahimzadeh, 2017 ; Xu, 2025). Le système respiratoire est l’un des premiers touchés, notamment en cas d’exposition par inhalation (milieu professionnel, fumée de tabac). Le cadmium peut provoquer des bronchites chroniques, des troubles obstructifs, voire un emphysème pulmonaire (Wang, 2024). Une méta-analyse récente montre qu’une augmentation de l’exposition au cadmium (par incrément de 1 μg/L) est associée à une réduction significative du ratio FEV1/FVC (volume expiratoire maximal en 1 seconde / capacité vitale forcée), avec une baisse moyenne de -47,5 % (Wang, 2024). L’analyse en sous-groupes révèle un effet plus marqué chez les patients atteints de broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) (-54,7 %) par rapport à la population générale (-52,1 %), suggérant que le cadmium pourrait constituer un facteur de risque de BPCO.

    Les reins comptent également parmi les organes les plus sensibles à une exposition chronique au cadmium, qui s’y accumule lentement au fil du temps. Cette accumulation provoque une protéinurie (fuite de protéines dans les urines), signe d’une atteinte des tubules rénaux, pouvant évoluer vers une insuffisance rénale chronique en cas d’exposition prolongée au cadmium (Doccioli, 2024).

    Le cadmium altère également le système osseux. Il perturbe le métabolisme du calcium et interfère avec l’action de la vitamine D, favorisant ainsi la déminéralisation osseuse, l’ostéoporose et les fractures. Ces effets ont été notamment observés lors de la maladie d’Itai-Itai au Japon, survenue dans un contexte de forte contamination (Aoshima, 2017). En 2023, une méta-analyse a trouvé un OR combiné pour l’ostéoporose postménopausique de 1,95 (IC à 95 % : 1,39-2,73) dans le groupe faible exposé, et de 1,99 (IC à 95 % : 1,04-3,82) dans le groupe fortement exposé, soulignant que l’exposition au cadmium, même à de faibles niveaux, pourrait constituer un facteur de risque d’ostéoporose chez les femmes postménopausées (Kunioka, 2023).

    Le cadmium est également de plus en plus reconnu comme facteur de risque cardiovasculaire. Il est impliqué dans l’hypertension artérielle, l’athérosclérose et la dysfonction endothéliale (Pan, 2024). Une revue systématique avec méta-analyse dose-réponse de 26 études a révélé une association positive élevée entre l’exposition au cadmium et le risque global de maladies cardiovasculaires (MCV), avec une relation linéaire pour le cadmium sanguin (Verzelloni, 2024). Pour le cadmium urinaire, le risque augmente de manière linéaire jusqu’à 0,5 μg/g de créatinine, puis atteint un plateau.

    Des effets neurotoxiques sont également suspectés, avec des troubles cognitifs observés chez l’animal et des données encore limitées chez l’humain (Bakulski, 2020).  Enfin, le cadmium pourrait également perturber d’autres fonctions biologiques, en provoquant des lésions hépatiques, en altérant la production des cellules sanguines, en affaiblissant le système immunitaire et en affectant la reproduction, notamment la qualité du sperme et le développement embryonnaire (De Angelis, 2023 ; Genchi, 2020). Ces effets nécessitent encore des études complémentaires pour être confirmés.

    Effets sur le risque de cancer

    Cancer du poumon

    Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le cadmium parmi les cancérogènes certains pour l’homme (Groupe 1). Les preuves les plus solides concernent le cancer du poumon. En 2015, une méta-analyse portant sur plus de 20 000 Européens a montré qu’un doublement de la concentration urinaire en cadmium augmentait de 68 % le risque de cancer pulmonaire (Nawrot, 2015). Une étude plus récente confirme cette relation dose-effet, avec une augmentation de 31 % du risque chez les sujets les plus exposés (Farahmandian, 2025).

    Cancer du pancréas

    Le pancréas semble également sensible au cadmium (Patrick 2003). Bien qu’une hétérogénéité existe entre les études, une méta-analyse récente incluant 11 études montre un risque doublé chez les personnes les plus exposées, suggérant un rôle potentiel du cadmium comme facteur de risque du cancer du pancréas, une maladie particulièrement létale (Soleimani, 2025).

    Cancer de la prostate

    Concernant le cancer de la prostate, les résultats sont plus hétérogènes (Genchi, 2020 ; Modica, 2023). Toutefois, une méta-analyse de 2024 montre un effet modeste non significatif au niveau mondial, mais un risque accru de 47 % en Europe (Firmani, 2024). Cette même étude indique que des expositions plus élevées sont associées à des formes plus agressives du cancer de la prostate.

    Cancer du rein

    De nombreuses études épidémiologiques suggèrent un lien entre exposition au cadmium et cancer du rein, bien que les résultats restent variables. Une méta-analyse des études disponibles souligne une augmentation significative du risque de 47% (Song, 2015).

    Cancer du sein

    Concernant le cancer du sein, les résultats restent également incertains. Une méta-analyse de 17 études a mis en évidence une association modérée entre exposition élevée au cadmium et risque accru de cancer du sein de 13%, avec une forte hétérogénéité (Florez-Garcia, 2023). L’exposition alimentaire n’était pas associée au risque de cancer du sein, tandis que les biomarqueurs suggéraient une élévation non significative. Aucun effet clair n’a été observé selon le statut ménopausique. Nos études menées au sein du DPCE, portant sur l’exposition atmosphérique au cadmium, n’ont pas mis en évidence d’association globale avec le risque de cancer du sein. Toutefois, l’une d’elles suggère une association inverse avec les tumeurs réceptrices aux œstrogènes négatifs (ER−) et œstrogènes/progestérone négatifs (ER−/PR−), des sous-types généralement plus agressifs (Amadou, 2020). Une autre étude a montré un risque accru de cancer du sein tubulaire invasif, avec une relation dose-réponse suggérée (Amadou, 2021). Ces résultats soulignent l’importance de mieux caractériser le rôle des expositions non alimentaires, en particulier celles liées à la pollution atmosphérique.

    Cancer de la vessie

    Enfin, bien que les données sur le cancer de la vessie soient encore limitées, une revue récente suggère une relation probable, surtout lorsque l’exposition est évaluée via des biomarqueurs (Peana, 2022).

    D’un point de vue mécanistique, le cadmium perturbe de nombreux processus biologiques clés impliqués dans la cancérogenèse (Peana, 2022 ; Renu, 2021). Il peut agir par différentes voies, notamment en dérégulant les récepteurs nucléaires, en modulant l’expression génique et en altérant les voies de signalisation cellulaire impliquées dans la prolifération, la différenciation et l’apoptose. Certaines études ont montré que le cadmium peut mimer l’action de certaines hormones stéroïdiennes, favorisant ainsi la prolifération cellulaire dans des tissus hormonodépendants (Haverinen, 2021 ; Peana, 2022). Par ailleurs, le cadmium favorise la production d’espèces réactives de l’oxygène (ROS), induit un stress oxydatif, altère les défenses antioxydantes et provoque des dommages à l’ADN (Matés et al. 2010). Ces effets génotoxiques, associés à une perturbation des mécanismes de réparation de l’ADN et à une instabilité génomique, contribuent à la transformation maligne des cellules exposées et au développement tumoral (Candéias, 2010 ; Qu, 2024). Même à faibles doses, une exposition chronique peut entraîner une accumulation de mutations, favorisant la progression de cellules précancéreuses vers des phénotypes plus agressifs et résistant.

    Tableau 2 – Synthèse des liens avec le cancer

    Système / Organe Effets observés Références
    Cancer du pancréas Risque doublé de cancer Soleimani, 2025
    Cancer du prostate Risque modéré à élevé, surtout en Europe Firmani, 2024
    Cancer du rein Risque accru Song, 2015
    Cancer du sein Association modérée, résultats variables selon type d’exposition et sous-type tumoral Florez-Garcia, 2023 ; Amadou, 2020–2021
    Cancer de la vessie Relation probable, données limitées Peana, 2022
    Mécanismes cancérigènes Stress oxydatif, altération de l’ADN, perturbation hormonale, instabilité génomique Renu, 2021 ; Qu, 2024
  • Réglementation liée au cadmium

    La réglementation du cadmium en France s’inscrit dans un cadre principalement européen, complété par des recommandations nationales visant à mieux protéger la santé publique.

    Concernant les engrais, principale source de contamination des sols, le règlement (UE) 2019/1009 fixe une teneur maximale de 60 mg/kg de P₂O₅ dans les engrais phosphatés. La France s’est globalement alignée sur cette norme, même si des ajustements nationaux existent : certaines réglementations ou décisions récentes ont permis temporairement des seuils plus élevés, pouvant atteindre 90 mg/kg pour certains produits, notamment dans un contexte de tensions d’approvisionnement. Toutefois, les autorités françaises, comme l’Anses, recommandent un seuil bien plus strict de 20 mg/kg, estimé nécessaire pour limiter l’accumulation dans les sols et l’exposition alimentaire (Anses, 2026).

    Dans le domaine alimentaire, des limites maximales de cadmium sont également fixées au niveau européen pour certains produits (céréales, légumes, chocolat), afin de réduire l’exposition chronique de la population.

    Par ailleurs, des valeurs toxicologiques de référence permettent d’interpréter les niveaux d’exposition : l’Autorité européenne de sécurité des aliments a défini une dose hebdomadaire tolérable de 2,5 µg/kg de poids corporel, servant de repère pour l’évaluation des risques alimentaires (EFSA, 2011).

    En ce qui concerne l’eau potable, la directive européenne relative à la qualité de l’eau fixe une concentration maximale de 5 µg/L, seuil repris en droit français.

  • Evolutions récentes

    En juin 2025, des médecins libéraux ont adressé une alerte au gouvernement, qualifiant la situation de « bombe sanitaire » en raison de la contamination diffuse de l’alimentation (pain, céréales, pâtes, pommes de terre) et de l’augmentation rapide de l’imprégnation de la population (Le Monde, 2025). Cette mobilisation a mis en lumière le rôle central des engrais phosphatés, principale source de cadmium dans les sols agricoles français.

    En 2026, cette inquiétude a été confirmée et amplifiée par un rapport majeur de Anses publié le 25 mars, qui conclut à une surexposition généralisée de la population, avec près de la moitié des Français au-dessus des seuils sanitaires (Anses, 2026). L’agence insiste sur le fait que l’alimentation représente jusqu’à 98 % de l’exposition chez les non-fumeurs et appelle le gouvernement à agir « à la source », notamment en abaissant la teneur en cadmium des engrais. Ce rapport s’inscrit dans la continuité de l’étude alimentation totale (EAT3), qui montre que certains aliments du quotidien, en particulier les produits céréaliers, contribuent fortement à l’exposition, avec des dépassements de doses tolérables chez une part non négligeable des enfants.

    Parallèlement, la question du cadmium dans certains aliments spécifiques, comme le chocolat, a également suscité l’attention (Que Choisir, 2025), car le cacao est connu pour accumuler ce métal et peut contribuer à l’exposition alimentaire, notamment chez les consommateurs réguliers.

    L’ensemble de ces éléments témoigne d’une prise de conscience récente mais forte, plaçant le cadmium au cœur des préoccupations sanitaires et environnementales en France.

    Etudes en cours

    Plusieurs études menées par le Centre Léon Bérard se concentrent sur les liens cadmium et cancer, notamment via l’étude des expositions atmosphériques multiples et corrélés.

    Certaines sont terminées : XENAIR, EMAPS et d’autres sont toujours en cours : CLEOPART, TESTISOME.

    Plusieurs articles issus de ces projets ont été publiés sur la question du cadmium :

    Ces publications du Centre Léon Bérard ont mis en évidence plusieurs observations :

    1. Dans la région lyonnaise, le cadmium est bien présent dans l’air ambiant, avec des concentrations variables selon les zones et les sources d’émission (notamment industrielles et urbaines). Cela confirme une exposition chronique de la population, même à faibles doses.
    2. Avec l’appui d‘analyses épidémiologiques sur les données de la cohorte E3N, le cadmium apparaît comme un polluant potentiellement associé à une augmentation du risque de cancer du sein, en particulier dans les approches prenant en compte l’exposition à long terme.
    3. Le cadmium est fortement corrélé à d’autres polluants atmosphériques (particules fines, dioxines, autres métaux). Il est donc complexe de distinguer son effet propre de celui des autres substances.
    4. Le cadmium contribue à certains profils d’exposition associés à un risque accru, mais c’est surtout la combinaison de plusieurs polluants qui est liée au risque de cancer du sein.

Auteur : Département Prévention Cancer Environnement, Centre Léon Bérard

Sources rédactionnelles : CIRC, US EPA, INRS, Anses, INERIS

Relecture : Nathalie Bonvallot, EHESP, Rennes (version 2014) ; Equipe EPISIG, DPCE, Centre Léon Bérard (version 2026)

Mise à jour le 04 juin. 2026

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