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Mélanome cutané et facteurs environnementaux

 

 

Messages clés

  • Le mélanome cutané est une tumeur maligne qui se développe à partir des mélanocytes (cellules qui fabriquent la mélanine, responsable de la pigmentation de la peau). En France, il se situe au 9e rang des cancers tous sexes confondus. Son incidence est de 3 à 15 cas pour 100 000.
     
  • 65 à 95% des mélanomes cutanés sont causés par l’exposition au soleil. Les radiations solaires et les rayonnements UV émis par des installations de bronzage sont tous deux des cancérogènes certains pour l’homme pour le mélanome cutané (groupe 1 du CIRC). Le risque cancérogène des UV naturels et artificiels se cumule : c’est la dose totale d’UV reçue qui détermine le risque cancérogène global.
     
  • Le mélanome cutané est une maladie multifactorielle qui dépend principalement de l’interaction entre le type de peau et l’exposition aux UV (période et intensité), et de facteurs individuels (origines ethniques, facteurs génétiques, pigmentation de la peau, comportement).
     
  • L’enfance/adolescence est une période critique : une forte exposition au soleil tôt dans la vie augmente le risque de mélanome.
     
  • Le fait d’avoir été exposé au moins une fois dans sa vie à un appareil émettant des UV artificiels entraîne une augmentation de 15% du risque de développer un mélanome cutané

 

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Introduction
Epidémiologie du mélanome cutané
Facteurs de risques environnementaux et comportementaux

Evolutions récentes

 

Introduction

Il existe deux types de cancers de la peau : les carcinomes cutanés et les mélanomes. Les carcinomes représentent 90% des cancers de la peau et ne se propagent que rarement. Le second type, les mélanomes, sont des tumeurs malignes qui se développent à partir des mélanocytes (cellules qui fabriquent la mélanine responsable de la pigmentation brune ou rouge de la peau). Les mélanocytes sont normalement présents dans l’épiderme. Dans plus de 90 % des cas, un mélanome se situe au niveau de la peau. Dans de rares cas il peut se développer dans d’autres parties du corps où se trouvent aussi des mélanocytes (yeux, bouche, vagin, anus et dessous des ongles).
La survenue de ce cancer est tardive, près de trois quarts des nouveaux cas estimés sont diagnostiqués au-delà de 49 ans et seulement 27 % entre 15 et 49 ans. Le mélanome est un cancer exceptionnel chez l’enfant (source, IGR). Il n’y a pas de mélanome « type » mais divers types de mélanomes caractérisés par des présentations cliniques, évolutives et biologiques différentes (Source : ligue-cancer).
Pour en savoir plus sur la prise en charge du mélanome : cancer infos
 

Epidémiologie du mélanome cutané

Avec environ 9 780 nouveaux cas estimés en France en 2011, dont 52 % survenant chez la femme, le mélanome cutané se situe au 9ème rang des cancers tous sexes confondus. Il représente 2,7 % de l’ensemble des cancers incidents (c’est-à-dire les nouveaux cas de cancers diagnostiqués dans une année). Chez l’homme, le mélanome cutané se situe au 8ème rang des cancers incidents masculins avec 4 680 nouveaux cas estimés en 2011 soit 2,3 % de l’ensemble des cancers incidents masculins. Chez la femme, il se situe au 6ème rang avec 5100 cas estimés en 2011 soit 3,2% des cancers incidents féminins (INCA, 2013).

Les pays avec le plus grand nombre de nouveaux cas sont de loin la Nouvelle-Zélande (35,1 nouveaux cas pour 100 000 personnes chez les hommes et 32.8 chez les femmes en 2000-2002), l’Australie et les Etats-Unis. En Europe, les taux de nouveaux cas sont élevés dans les Pays Nordiques, la Suisse, les Pays-Bas et la République Tchèque (Erdmann, 2012).
En France, et dans la plupart des pays d’Europe, on estime l’incidence de 3 à 15 cas/100 000 (taux standardisé sur l’âge, sur population mondiale) (Globocan 2008). L’incidence du mélanome a augmenté au cours des 50 dernières années dans la plupart des populations caucasiennes (populations blanches) (De Vries, 2003; Coory, 2006; Bulliard, 2000; Tryggvadóttir, 2010). La mortalité n'augmente plus en Australie (3,3 estimé en 2008 (Globocan, IARC 2010)) ainsi que dans d’autres pays. En France, , on observe un ralentissement de l’augmentation du taux d’incidence et du taux de mortalité sur la période 2000. En particulier chez la femme, une diminution de 0,8% de la mortalité annuelle est constatée (INCA 2010) grâce à l’amélioration du dépistage et la prise de conscience des cancers de la peau de la part de la population générale.
 

Facteurs de risques environnementaux et comportementaux

Le mélanome cutané est une maladie multifactorielle dont les facteurs de risque sont des facteurs liés à l’environnement, aux modes et conditions de vie, et des facteurs de risques individuels (origines ethnique, facteurs génétiques, pigmentation de la peau, des yeux, des cheveux, présence de grains de beauté…). L’interaction entre le type de peau et l’exposition au soleil est le facteur prédominant dans la survenue d’un mélanome.

Exposition aux rayons ultraviolets solaires et artificiels

Trois types de rayonnements UV d’origine solaire ou artificielle existent. Les UVA, UVB, et UVC se distinguent par leur énergie, leur longueur d’ondes et leur capacité à pénétrer dans la peau.
Le risque carcinogène des UV naturels et artificiels se cumule. C’est la dose totale d’UV reçue qui détermine le risque carcinogène global. La relation entre mélanome cutané et dose d’exposition aux UV dépend de la période et de l’intensité de l’exposition aux UV, et interagissent fortement avec les facteurs individuels. La relation entre exposition au soleil et risque de mélanome n'est pas directe, elle fait intervenir des interactions avec la sensibilité de l'hôte et son comportement, en particulier l'exposition intermittente dans l'enfance et l'exposition intentionnelle et chronique à l'âge adulte. Les mélanomes chez les personnes de 40-65 ans sont situés à des endroits comme le tronc et les membres, reflétant une exposition volontaire et intermittente. Au contraire, chez les personnes plus âgées, les mélanomes se trouvent plus souvent sur le visage et le cou, traduisant une exposition chronique au soleil. (Whiteman, 2006 ; Anderson, 2009). L’enfance/adolescence est une période critique : une forte exposition au soleil tôt dans la vie augmente le risque de mélanome (Whiteman, 2001 ; Elwood, 1997) que ce soit des expositions répétées ou quelques expositions intenses. Outre leur rôle initiateur de cancers cutanés, les UV joueraient également un rôle promoteur de la croissance des tumeurs par affaiblissement du système immunitaire (Halliday 2005; Halliday and Lyons 2008). A ce jour, on ignore si les coups de soleil sont un facteur de risque à part entière ou seulement le signe d’expositions intenses au soleil (Gandini, 2005).
En Juillet 2009, le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) a confirmé le classement de 1992 (IARC, 1992) des radiations solaires en tant que « cancérogènes certains pour l'homme (groupe 1) » et a classé dans le groupe 1 l’ensemble du rayonnement UV et les rayonnements UV émis par les installations de bronzage. (El Ghissassi, 2009).

Exposition solaire

On estime que 65 à 95 % des mélanomes cutanés sont causés par l'exposition au soleil. Les agressions par les rayons UV engendrent des altérations des cellules de la peau qui disposent de mécanismes de réparation leur permettant de réparer les dommages subis. Mais cette capacité naturelle de réparation n’est pas inépuisable, en cas d’expositions répétées, la peau ne parvient plus à se défendre contre les dégâts causés. Ainsi, lorsque les cellules endommagées ne sont plus réparées correctement, des mutations peuvent se produire et entraîner la transformation cancéreuse de la cellule. On parle de capital solaire épuisé. (Source : Anses)

Expositions aux UV artificiels des cabines et lampes de bronzage 

Des données récentes ont permis d’affirmer l’existence d’une relation entre risque de mélanome cutané et expositions aux UV artificiels (El Ghissassi, 2009, Gandini, 2011).
En effet, les données épidémiologiques montrent que le fait d’avoir été exposé au moins une fois dans sa vie à un appareil émettant des UV artificiels entraîne une augmentation de 15% du risque de développer un mélanome cutané (IARC Working group. 2007). Par ailleurs, le risque de mélanome augmente de 75% quand l’utilisation d’appareils de bronzage artificiel débute avant l’âge de 35 ans [(IARC Working group. 2007], alors que l’interdiction de fréquenter des cabines de bronzage ne concerne que les mineurs.
Depuis le classement par le CIRC, 3 études majeures, dont l’analyse d’une épidémie de mélanomes en Islande ont confirmé le lien entre mélanome et bronzage artificiel (Lazovich, 2010; Cust, 2011; Héry, 2010). Si le risque apparait faible en population générale, il se concentre chez les individus qui ont commencé à s’exposer avant l’âge de 35 ans. En Australie, chez les malades de moins de 30 ans près des trois quarts des mélanomes peuvent être attribués à l’exposition aux UV artificiels (Cust, 2011). En France, une étude récente estime que 347 cas annuels de mélanome sont dus à l’utilisation du bronzage artificiel (Boniol, 2012)

Facteurs individuels

Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres aux rayons UV. Le type de peau (ou « phototype ») est un critère important. Il existe 5 types de phototypes pour lesquels les caractéristiques sont définies ainsi que les réactions au soleil cf Tableau des phototypes (source : INCA).
 

Tableau des phototypes

 

 Caractéristiques

 Réactions au soleil

 Phototype I

 Peau très blanche, cheveux roux ou blonds, yeux bleus/verts, tâches de rousseur

 Coups de soleil systématiques

 Phototype II

 Peau claire, cheveux blonds roux à chatains, yeux clairs à bruns, parfois apparitions de taches de rousseur

 Coups de soleil fréquents, bronze à peine ou très lentement

 Phototype III

 Peau intermédiaire, cheveux châtains à bruns, yeux bruns

 Coups de soleil occasionnels, bronze graduellement

 Phototype IV

 Peau mate, cheveux bruns / noirs, yeux bruns / noirs

 Coups de soleil occasionnels lors d'expositions intenses, bronze bien

 Phototype V

 Peau brun foncé, cheveux noirs, yeux noirs

 Coups de soleil rares bronze beaucoup

Les données d’une étude cas-témoin conduite dans la population générale de 10 départements français montrent que les rayonnements UV peuvent être à l’origine de mélanomes oculaires chez les soudeurs (Guenel P, 2002; IARC, 2006). L’INCA vient de publier un document à destination des médecins dans le but d’identifier les facteurs de risques (présents ou passés) de cancers cutanés d’origine professionnelle. Certains autres facteurs de risques ont été identifiés ne concernent pas uniquement le mélanome cutané mais d’autres tumeurs cutanées. Ces facteurs de risques dépendent des secteurs d’activités : rayonnements UV (travail à l’extérieur, soudures des métaux), Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) (présents dans les goudrons de houille et bitume) et arsenic (fabrication ou utilisation de pesticides en agriculture …). Ces facteurs de risques peuvent agir en synergie (INCA, 2012).
 

Evolutions récentes

Au plan international, le programme INTERSUN lancé en 1993 par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) évalue la recherche sur les effets du rayonnement UV sur la santé, et diffuse aux états membres de l’OMS des informations et des recommandations de prévention des risques liés à ces expositions. En France, l’association Sécurité Solaire, centre collaborateur de l’OMS, diffuse aux médias les prévisions d’indice UV de Météo France.
 

  • Renforcement de la prévention de l’exposition aux rayonnement UV

La prévention des expositions aux UV (naturels et artificiels) s’inscrit dans la mise en oeuvre de politiques publiques de prévention des risques environnementaux et professionnels liés à l’exposition aux agents cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques. (Plan santé au travail 2 (2010-2014) publié en juillet 2010, Plan national santé environnement 2 (2009-2013) et Plan cancer 2009-2013 (mesure 12.5, INCA). Chaque année depuis 1998, une campagne nationale d’information est organisée dans le but de sensibiliser la population aux risques solaires.

  • Pour en savoir plus sur les campagnes, voir le site de l’INPES :
  • Réglementation de la vente et de la mise à disposition du public d’appareils de bronzage délivrant des rayonnements ultraviolets

Les dispositions réglementaires actuelles encadrant l’activité du bronzage UV visent à réduire le risque de cancer associé à cette pratique. Elles ne peuvent cependant pas l’éliminer, étant donné la nature de son effet cancérogène. Ainsi, les dispositions du décret n°97-617  encadrent, en France depuis 1997, la vente et la mise à disposition du public d’appareils de bronzage utilisant des rayonnements UV pour limiter les effets délétères de ces expositions à court et à long termes. Ce décret est actuellement en cours de révision.
Cependant, la réglementation actuelle ne permet ni de maîtriser efficacement les expositions aux UV artificiels en cabine de bronzage ni de réduire le nombre d’événements sanitaires associés à cette pratique (photosensibilisation, risques oculaires, cancers cutanés). (Bulletin épidémiologique hebdomadaire 2012)
Il est à noter que, notamment depuis le classement par le CIRC des UV dans le groupe 1 des cancérogènes, de nombreux pays ont établi des réglementations pour encadrer l’utilisation des appareils de bronzage, voire même l’interdire totalement (Brésil 2009, Nouvelle Galles du Sud-Australie 2014).


En conclusion, le mélanome est un cancer rare, grave mais en grande partie évitable.
 

 

 
Relecteurs : Dr Patrick Combemale (Onco-dermatologue) ; Dr De La Fouchardière Arnaud (anatomo-pathologiste) ; Friederike Erdmann (CIRC, Lyon) ; Joannie Lortet-Tieulent (CIRC, Lyon) ; J. F Doré (CRCL)

 

 

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Mise à jour le 26 févr. 2016

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