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Les dioxines en région Rhône-Alpes, France

Messages clés

Les emissions totales de dioxines en Rhône-Alpes ont fortement diminuées (baisse des émissions de 80 % entre 2000 et 2010). Le secteur résidentiel/tertiaire représente 60 % des émissions de dioxines en Rhône-Alpes.

Le chauffage individuel au bois, s’il est non performant, peut être fortement émetteur de polluants (particules, dioxines, HAP…). En France,  aucune valeur réglementaire n’a été fixée dans l’air ambiant ou les retombées atmosphériques.

Depuis 2006, Air Rhône-Alpes mène un programme régional de surveillance des dioxines et des métaux lourds avec pour missions principales : surveiller la qualité de l’air et informer le public des épisodes de pollution en temps réel.

Des teneurs élevées en PCB ont été détectées dans la chaire des poissons. Aujourd’hui on recense environ 60 sites interdits de pêche en région Rhône-Alpes dans de nombreux plans d’eau et rivières.

 La tendance à l’amélioration de la qualité de l’air en Rhône-Alpes sur la plupart des polluants réglementés ne semble pas suffire à respecter les niveaux imposés par l’Europe.  

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Dioxines : rappels

Les polychlorodibenzo-p-dioxines (PCDD) et les polychlorodibenzofuranes (PCDF), regroupés sous le terme « dioxines », apparaissent de façon involontaire lors de la combustion incomplète de produits chlorés. Les sources émettrices de dioxines identifiées par le PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement, PNUE 2005) comprennent les procédés industriels à hautes températures, l’incinération des déchets, la sidérurgie, la production de pâte à papier, le chauffage au bois, le brûlage de déchets verts, le trafic routier…

L’exposition de l’Homme aux dioxines est principalement d’origine alimentaire, mais peut être aussi environnementale (population résidant à proximité d’incinérateurs), professionnelle ou accidentelle (incendie).

Pour plus d’information sur les dioxines, consulter la fiche Dioxines.

Une loi datant de Décembre 2002 (transcription de la directive européenne 2000/76/CE) a réglementé les rejets de dioxines par les incinérateurs de déchets dangereux et non dangereux, obligeant une mise en conformité progressive (échéance : 2005) afin que la valeur limite à l’émission atteigne 0,1 ng TEQ/m3. Par conséquent, le rôle du secteur industriel dans les émissions de dioxines a fortement diminué. Entre 1991 et 2010, les émissions de dioxines, toutes sources confondues, ont diminuées d’environ 95 % en France métropolitaine.

L’exposition aux dioxines en région Rhône-Alpes, France 

Deuxième à l’échelle métropolitaine par sa population et sa superficie, la région Rhône-Alpes se caractérise aussi par un tissu économique dynamique et très varié. La région comprend donc un large panel d’activités potentiellement émettrices de polluants atmosphériques.

Fin 2011, la région comptait 77 établissement industriels de type Seveso « seuil haut » et 56 établissements « seuil bas », tous des Installations Classées pour la protection de l’Environnement (ICPE) au sens de la législation française. On recense par ailleurs près de 4 000 ICPE soumises à autorisation ou enregistrement.

Tout comme le reste du territoire métropolitain, les émissions totales de dioxines en Rhône-Alpes ont fortement diminuées avec une baisse de ces émissions de 80 % entre 2000 et 2010 (Air Rhône-Alpes 2012) (figure 1). Cette baisse est liée à la réduction des émissions du secteur de l’industrie avec notamment la mise aux normes progressive des incinérateurs de déchets ménagers entre 2002 et 2005.

 

 Figure 1. Evolution des émissions de dioxines (g TEQ) entre 2000 et 2010 en région Rhône-Alpes, France (Air Rhône-Alpes).

Aujourd’hui, le secteur résidentiel/tertiaire représente 60 % des émissions de dioxines en Rhône-Alpes. Ce secteur comprend principalement le brûlage domestique et plus particulièrement le chauffage au bois.

Le brûlage de câbles représente aussi une source non négligeable de dioxines. Cette pratique illégale est devenue la principale source émettrice de dioxines. Les mesures réalisées par Air Rhône-Alpes confirment le rôle important de cette pratique sur les niveaux de dioxines observés en air ambiant.
 

 

 Figure 2. Concentrations en dioxines (pg/m3) et particules fines inférieures à 10 µm (PM10, µg/m3) à Lyon entre 2007 et 2011 (Air Rhône-Alpes).


En hiver, surtout les jours de grand froid, les activités de chauffage sont plus intenses. La topographie et les situations météorologiques peuvent limiter la dispersion des polluants (notamment dans les vallées). Le chauffage individuel au bois, s’il est non performant et mal entretenu, est fortement émetteur de polluants (particules, dioxines, HAP…) ; il peut contribuer jusqu’à 70 % de la pollution atmosphérique (dioxines et PM10 en suspension dans l’air) lors d’un jour de grand froid en Rhône-Alpes.

A titre d’exemple, les 4 épisodes de pollution de l’air les plus marquants de l’hiver 2012-2013 ont duré (figure 3) :
• du 15 au 24 Novembre 2012 (9 jours),
• du 5 au 13 Janvier 2013 (9 jours)
• du 24 Février au 6 Mars 2013 (11 jours)
• du 1er au 8 Avril 2013 (8 jours).

 
Figure 3. Concentrations en dioxines (pg/m3) et particules fines inférieures à 10 µm (PM10, µg/m3)  en 2013 (Air Rhône-Alpes).

En France, s’il existe une valeur limite d’émission de dioxines (0,1 ng TEQ/m3) à l’échelle nationale pour les incinérateurs de déchets dangereux et non dangereux, aucune valeur réglementaire n’a été fixée dans l’air ambiant ou les retombées atmosphériques. Certains pays ont fixé des valeurs (Allemagne, Japon, Canada).

L’atmosphère est le premier compartiment de l’environnement où l’on retrouve les dioxines après leur émission ; il permet aussi leur diffusion à très grande échelle. L’intérêt d’y mesurer les concentrations est donc très fort et permet d’évaluer la présence et le transport dans l’atmosphère des dioxines, sur de longues distances (plusieurs centaines de km), avant qu’elles ne retombent. Toutefois, si les dioxines présentes dans l’atmosphère sont issues des émissions actuelles, elles sont aussi liées aux échanges de dioxines produits antérieurement entre les différents compartiments de l’environnement (les dioxines persistent plusieurs années dans les sols) et aux apports dans la circulation des masses d’air.

Depuis 2006, un programme régional de surveillance des dioxines et des métaux lourds est mené par Air Rhône-Alpes. La mission première de cette association est de surveiller la qualité de l’air et d’informer le public des épisodes de pollution en temps réel. Dans le cadre de ce programme de surveillance, un suivi en continu des concentrations en dioxines et de leur devenir dans l’atmosphère est effectué (figure 4). Une observation de ces polluants dans les différents compartiments de l’environnement est alors possible, à une échelle régionale et sur différente typologies de sites (industriel, rurale, urbain).
 

 
Figure 4. Illustration des matériels utilisés afin de réaliser la surveillance des dioxines et métaux lourds (Air Rhône-Alpes)

Pour mener à bien ce programme, Air Rhône-Alpes a établi en 2010, à défaut de valeurs réglementaires, des valeurs de référence. Ces valeurs servent à caractériser les résultats des mesures :
• Air ambiant : 0,1 ng/m3 sur une semaine et 0,04 pg TEQ/m3 sur un an
• Retombées atmosphériques : 40 pg TEQ/m²/jour sur 2 mois et 10 pg TEQ/m²/jour sur un an.

Dans ce programme, plusieurs types de sites sont concernés par les prélèvements, l’objectif étant de pouvoir caractériser l’exposition de la population dans plusieurs environnements (figure 5) :
• Des sites en zones industrielles (mesures ponctuelles, définies par un planning)
• Des sites de références, implantés dans des environnements urbains ou ruraux (mesures en continu).

 

Figure 5. Illustration des types de sites concernés par les mesures de dioxines et métaux lourds (Air Rhône-Alpes)
 
Les services représentant de l’Etat associés à ces suivis sont l’Agence Régionale de Santé et la Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement. Ce programme permet d’améliorer les connaissances et d’alimenter les études et réflexions menées dans le cadre du Plan Régional Santé Environnement Rhône-Alpes 2011-2014 (http://www.prse2-rhonealpes.fr)

En 2005, conformément aux recommandations de l’Afssa (aujourd’hui Anses) et en application du principe de précaution, le Préfet du Rhône a interdit la consommation des poissons pêchés dans deux zones de la région. Des teneurs élevées en PCB (notamment en PCB « dioxin-like ») ont été détectées dans la chaire des poissons. Aujourd’hui on recense environ 60 sites interdits de pêche en région Rhône-Alpes (Rhône et nombreux plans d’eau et rivières).

Dioxines et risque de cancer du sein en région Rhône-Alpes, France

Rappels et généralités en France

En s’accumulant dans l’organisme (surtout dans les tissus graisseux) par une exposition chronique, à long-terme et même à de faibles concentrations, les dioxines provoqueraient des effets nocifs pour l’Homme. Reconnues comme appartenant aux perturbateurs endocriniens*, les dioxines sont suspectées d’être des facteurs de risque environnementaux de certains cancers, dont le cancer du sein. La TCDD (dioxine la plus toxique) a notamment été classée comme cancérogène certain pour l’Homme (groupe 1) par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) avec des preuves suffisantes pour tous types de cancer et des preuves limitées pour le cancer du poumon, les lymphomes non-Hodgkiniens et les sarcomes des tissus mous (Baan 2009). Pour plus d’informations, consulter la fiche Dioxines.

Des études ont été conduites afin de déterminer un lien possible entre incidence de cancers et exposition aux dioxines émises des UIOM. Ces études n’ont pas montré d’association significative entre l’exposition aux dioxines et l’apparition de lymphomes non hodgkiniens et sarcomes des tissus mous (Viel 2000). Une étude écologique conduite par l’InVS sur le territoire national a suggéré une augmentation du risque de cancers chez la femme (tous types de cancer confondus), du cancer du poumon tous sexes confondus, du cancer gastro-intestinal et du cancer du foie (Fabre 2008, Zambon 2007). Plus particulièrement concernant le cancer du sein, cette même étude a mis en évidence une association positive et significative entre le fait de résider sous le panache d’une UIOM et la survenue du cancer du sein chez la femme. Une augmentation significative de 10 % du risque de cancer du sein a été retrouvée chez les femmes les plus exposées aux dioxines (Fabre 2008). En revanche, une étude cas-témoins conduite autour de l’incinérateur de Besançon a rapporté une diminution significative de 70 % du risque de cancer du sein chez les femmes de plus de 60 ans fortement exposées, comparées aux femmes très faiblement exposées (Viel 2008).

Les résultats des études épidémiologiques sont donc souvent contradictoires et présentent des limites : absence de prise en compte de facteurs de risque individuels ; absence de considération de l’histoire résidentielle des sujets ; souvent de petite taille ; caractérisation sommaire de l’exposition ; absence de considération de l’exposition via l’alimentation.
  

Projet GEO3N – Etude pilote en Rhône-Alpes

Dans ce contexte, l’Unité Cancer et Environnement au Centre Léon Bérard, en collaboration avec l’équipe 9 « Nutrition, Hormone et Santé des femmes » de l’unité Inserm U1018, mène le projet GEO3N dont l’objectif est de tester l’hypothèse d’un lien entre la survenue de cancer du sein et l’exposition aux dioxines des femmes de la cohorte prospective E3N, à l’aide d’une approche multi-source. Avant le lancement du projet au niveau national et afin de valider la méthodologie d’estimation des expositions aux dioxines, une étude pilote est conduite en région Rhône-Alpes qui, par la densité de son tissu industriel, constitue une zone géographique idéale pour une telle étude pilote.

Les objectifs de l’étude pilote sont :

1. Le recensement des sources d’émission de dioxines en Rhône-Alpes depuis 1990 à partir de bases de données régionales et nationales et le recueil des données relatives aux caractéristiques de ces sources (adresses, périodes d’ouverture et de fermeture, caractéristiques techniques et intensité d’émission) ;
2. L’évaluation du degré d’imprécision des adresses des incinérateurs et installations industrielles avec activité de combustion, et identification des moyens pour y remédier (images satellites rétrospectives et actuelles, enquêtes auprès des industriels ayant exploité ces sites ;..) ;
3. La comparaison entre le classement d’exposition obtenu par la construction d’un modèle de dispersion et celui obtenu par la construction de buffers (ou zones tampons) circulaires de rayons variables (1 à 10 km) autour des sujets ;
4. La construction d’indicateurs d’exposition et l’évaluation de leur impact sur l’estimation de l’exposition ;
Un objectif secondaire de l’étude pilote est de réaliser une cartographie des sources principales d’émission de dioxines en région Rhône-Alpes depuis 1990, cartographie qui pourra être utilisée par la suite pour étudier l’influence de l’exposition aux dioxines sur d’autres pathologies au sein de la population rhônalpine.

Evolutions récentes

Le CIRC a classé la pollution de l’air extérieur comme cancérogène pour l’homme (groupe 1) en mars 2013.

A noter que la région Rhône-Alpes fait partie des territoires engagés dans un contentieux avec la Commission Européenne pour non-respect de la réglementation sur la qualité de l’air extérieur concernant les particules fines. La tendance à l’amélioration de la qualité de l’air en Rhône-Alpes sur la plupart des polluants réglementés ne suffit donc pas à respecter les niveaux imposés par l’Europe.

A l’occasion de la semaine du Développement Durable 2014, Air Rhône-Alpes a réalisé un spot de sensibilisation pour inciter à concilier qualité de l’air et déplacements. Ce film s'inscrit dans le cadre d'une campagne de communication soutenue par la Direction régionale Rhône-Alpes de l'ADEME et le réseau IERA. Il constitue le troisième volet d’une série qui balaye plusieurs idées reçues en matière de qualité de l’air (voir le site dédié à cette campagne : http://delair.air-rhonealpes.fr/).

Sources rédactionnelles : Air Rhône-Alpes ; ADEME ; ANSES ; CIRC ; INCa ; INSERM ; InVS
Auteur : Département Cancer Environnement

Relecteurs : Aurélie Danjou Doctorante en Epidémiologie, Unité Cancer Environnement ; Gaullaume Harel, Ingénieur d'études Cancer Environnement ; Nicolas Dalleau, Air Rhône-Alpes
 

 

Pour aller plus loin

Mise à jour le 29 sept. 2015

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