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CHROME VI et ses composés

Messages clés

  • Les principales sources de rejet du chrome VI dans l’environnement sont les activités industrielles.

  • L’alimentation (nourriture et eau de boisson) représente la principale voie d’exposition au chrome total (chrome III et chrome VI) pour la population générale.

  • En milieu professionnel, l’inhalation est la principale voie d’exposition au chrome VI.

  • Le chrome VI est considéré comme cancérogène certain par le CIRC (Groupe 1). Les cancers associés sont le cancer des poumons, le cancer des cavités nasales, et celui des sinus.

  • Sa concentration dans l’eau de boisson ne doit pas excéder 50µg/L selon différents organismes, mais cette valeur est considérée par l’ANSES comme non protectrice pour la santé publique.

  • En milieu professionnel les valeurs limites d’exposition pour le chrome hexavalent ont été fixées à 1µg/m3 pour la VLEP-8h (décret n°2012-746)  et 5µg/m3 pour la VLEP-CT (1er juillet 2014).

 

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Qu'est-ce que le chrome VI
Le chrome VI dans l'environnement
Exposition de l'homme au chrome VI
Toxicité du chrome IV sur l'homme
Evaluation du risque lié au chrome VI
Gestion du risque lié au chrome VI
Evolutions récentes

Qu’est-ce que le chrome VI ?

Le chrome est un élément métallique naturel de la croute terrestre. Seuls les composés trivalents (Chrome III) et hexavalents (Chrome VI) sont retrouvés de manière significative dans l’environnement. Pour le chrome VI, les rejets industriels en sont la principale cause. (INERIS, 2005 ; ATSDR, 2012)

Le chrome VI peut se retrouver sous plusieurs formes en fonction du composé avec lequel il est associé (par exemple le Trioxyde de chrome) mais sera considéré comme une seule et même entité dans la présente fiche. Aussi, le terme « chrome total » désignera l’ensemble des composés trivalents et hexavalents.

Le secteur de la sidérurgie représente 90% de l’usage du chrome pour la production d’aciers inoxydables, d’aciers spéciaux et d’alliages. Il améliore la dureté des métaux et leur résistance à la corrosion.

Le chrome est aussi utilisé dans l’industrie chimique (en tant que catalyseur ou pour produire d’autres composes chromés), le secteur des traitements de surface métalliques ou plastiques, l’industrie du bois (conservation), la fabrication de pigments et colorants (teintures, peintures, cosmétiques, céramiques,..), le tannage du cuir, la fabrication de bandes magnétiques ou encore la fabrication de vitamines K (INERIS, 2011).

Sous certaines conditions environnementales, le chrome III peut se transformer en chrome VI et inversement. Notons que le chrome III est un élément essentiel pour l’Homme (OMS, 2011 ; EFSA*, 2010).


 

Le Chrome VI dans l’environnement

La présence dans l’environnement de chrome VI provient principalement des industries qui l’utilisent. Il peut être rejeté :

-          dans l’atmosphère (industries, ou par remise en suspension à partir des sols),

-          dans les eaux (industries, érosion des sols, dépôts atmosphériques, stations d’épuration)

-          dans les sols (épandage de boues d’épuration, engrais, dépôts atmosphériques) (INERIS, 2005, 2010).


Les matériaux métalliques au contact de l’eau dans les installations fixes de production, traitement et distribution d’eau potable peuvent aussi être source de relargage de chrome dans l’eau de boisson (ANSES, 2010).

Le chrome VI est également retrouvé dans les eaux et les sols (et aussi dans les sédiments). Dans l’eau de boisson, le chrome total est souvent retrouvé à des concentrations d’environ 2 µg/L (OMS, 2011).

Le chrome peut cependant être retrouvé dans l’air à proximité des industries utilisant ce composé ou bien aux environs des usines d’incinération d’ordures ménagères. Notons que les émissions atmosphériques industrielles en chrome ont été divisées par 10 depuis 1980 (INERIS, 2011).

Dans les sols, sédiments et l’eau, il est souvent transformé en chrome III mais cela dépend de plusieurs conditions.

Les utilisations et les rejets dans l’environnement du chrome VI sont soumis à des restrictions réglementaires.


Exposition de l’Homme au Chrome VI

 

Exposition de la population générale


L’exposition de la population générale au chrome total se fait principalement par voie orale suite à l’absorption de nourriture et d’eau de boisson. Le chrome VI n’a pas vocation à s’accumuler dans les poissons et les végétaux (INERIS, 2005), mais d’après l’OMS (2011), la principale source d’exposition au chrome total est l’alimentation, dont l’eau de boisson. Cette eau du robinet représenterait toutefois moins de 1% de l’exposition alimentaire journalière au chrome total selon l’ANSES (2012).

L’agence française précise aussi que chez les adultes, les contributeurs majoritaires à l’apport de chrome sont le pain (8%), les produits de panification sèche (5%) et les boissons alcoolisées (5%). Chez les enfants, les contributeurs majoritaires à l’apport de chrome sont le lait (9%) et les pâtes (6%).

La part représentée par le chrome VI n’a pas pu être identifiée dans ces données.

Les personnes vivant près d’usines rejetant du chrome VI dans l’atmosphère peuvent être exposées à ce composé par inhalation. Les fumeurs sont également exposés au chrome VI par cette voie dans la mesure où une cigarette en contient. L’air intérieur des habitations de fumeurs contiennent 10 à 400 fois plus de chrome que dans l’air extérieur (ATSDR, 2012).

Exposition professionnelle


La voie respiratoire est la principale voie d’exposition professionnelle au chrome VI. En effet, les personnes travaillant dans les industries précitées, notamment les métallurgies et tanneries, sont susceptibles d’être exposées à ce composé par inhalation : le chrome VI peut se retrouver dans les fumées ou poussières issues des procédés industriels l’utilisant (ATSDR, 2012, INRS, 2009, INERIS, 2005).

 

Toxicité du Chrome VI sur l'homme

Effets cancérogènes


Le chrome VI est classé cancérogène certain pour l’Homme (groupe 1 du CIRC) depuis 1990, dans le groupe 1A par l’Union Européenne et le groupe A par l’US-EPA*), mais uniquement lors d’une exposition par inhalation (US EPA, 1998). Cette classification s’est faite principalement à partir d’études effectuées sur des populations de travailleurs (ANSES, 2012 ; CIRC, 2012). Chez l’Homme, le cancer associé est celui des poumons. Certaines données supposent aussi une augmentation des cancers nasaux et des sinus (CIRC, 2012).

Les autres dérivés du chrome ne sont pas cancérogènes (le chrome III appartient au  groupe 3).

Chez l’animal, l’exposition à de fortes doses de chrome VI par voie orale a pu montrer une augmentation de cancers de l’estomac, des intestins et de la cavité orale (OMS, 2011 ; ASTDR, 2012 ; CIRC, 2012). Toutefois la relation n’étant plus linéaire à de faibles doses puisque le chrome VI se transforme en chrome III dans l’estomac, les données scientifiques actuelles ne permettent pas de conclure sur le lien entre exposition au chrome VI et ces cancers chez l’Homme (CIRC, 2012).

Autres effets toxiques (pour une exposition chronique)

  • Exposition par voie respiratoire :

Chez des travailleurs exposés au chrome via l’air, les principaux effets observés se rapportent au système respiratoire (irritation de la muqueuse nasale, asthme, toux, essoufflement, respiration sifflante), et au développement d’allergies au chrome. Ces effets ont été confirmés chez l’animal. L’ATSDR (2012), précise que les concentrations de chrome causant ces problèmes sont environ 60 fois supérieures à celles retrouvées en général dans l’environnement.

Exposition par voie orale :

Chez l’Homme, une exposition chronique au chrome VI via l’eau de boisson entraine des effets gastro-intestinaux (ulcérations buccales, diarrhées, douleurs abdominales, dyspepsies et vomissements) et hématologiques (anémies, leucocytoses et neutrophiles immatures) (ANSES, 2012).

Chez l’animal des effets hépatiques et gastro-intestinaux ont pu être observés (US-EPA, 2010 ; ANSES, 2012 ; ATSDR, 2012).

L’ATSDR rapporte aussi des effets sur la reproduction chez l’animal.

 

Évaluation du risque lié au chrome VI

Le risque sanitaire encouru par une population exposée au chrome VI (ingestion principalement) peut être calculé en comparant les doses d’exposition de cette population avec une valeur toxicologique de référence (VTR).

En France, l’ANSES n’a pas créé de VTR mais, dans le cadre d’une évaluation des risques sanitaires (ANSES, 2012), a retenu les valeurs suivantes pour une exposition par voie orale :

- pour les effets non cancérogènes (effets à seuil) : 1 μg/kg p.c./j, (comme l’ATSDR en 2008, l’US-EPA en 2010 et l’OMS en 2011) ;

- pour les effets cancérogènes (effets sans seuil) : 0,5 (mg/kg p.c./j)-1, (comme l’OEHHA* en 2011, l’US-EPA en 2010 et l’OMS en 2011).

 

Gestion du risque Lié au Chrome VI


La France réglemente les rejets de chrome dans les milieux par les activités industrielles (Arrêté du 31 janvier 2008, modifié par arrêté du 26 décembre 2012) :


 

Dans l’air

(kg/an)

Dans l’eau

(kg /an)

Dans les sols

(kg /an)

Seuil maximal de Chrome total rejeté par une installation industrielle

100

50

50

 

Au-delà des réductions d’émissions, le risque peut être géré en proposant des valeurs limites à ne pas dépasser dans les milieux (eau, air, aliments, sols). La population générale et la population de travailleurs n’étant pas exposées de la même façon, les valeurs limites ne sont pas les mêmes pour ces deux populations.

Population générale


-
Valeurs limites dans l’eau potable :

Les valeurs proposées par les différentes instances nationales ou internationales ne concernent que le chrome total car il est aujourd’hui difficile d’analyser le chrome VI seul de manière systématique dans l’eau potable. Exception faite pour L’OEHHA* (2011) qui propose une valeur pour le chrome VI de 0,02 µg/L.


 

 

Valeur guide*

OMS 2011

(depuis 1958)

Valeur seuil

Union Européenne

(Directive 98/83/CE)**

Valeur seuil

US-EPA***

 

Valeur guide

Santé Canada 2012

Concentration de Chrome total dans l’eau

50µg/L

50µg/L

100µg/L

50µg/L

* Valeur provisoire considérant le manque de fiabilité dans les données disponibles.

** La directive européenne a été transposée en droit français par le décret n° 2001-1220 du 20 décembre 2001

*** Valeur en cours de réévaluation par l’EPA qui pense l’abaisser.

 

- Valeurs limites dans l’air : Pour les personnes vivant à proximité d’installations industrielle, la gestion s’orientera plutôt vers une diminution des rejets. Cela ne pourra se faire qu’après une évaluation des risques spécifiques au site en question.

 

- Valeurs limites dans les aliments : l’union européenne ne fixe pas de teneurs maximales dans les aliments dans le cadre du Règlement (CE) N°1881/2006 du 19 décembre 2006.

Population de travailleurs

La valeur limites d’exposition professionnelle (VLEP) actuelle est une concentration moyenne dans l’air de 50 µg/m3. Cette valeur est considérée par l’ANSES (2010) comme faisant courir un risque non négligeable de cancer du poumon aux travailleurs qui y seraient exposés. L’agence recommande de fixer une VLEP la plus basse possible (1µg/m3 : limite de quantification) et demande d’imposer aux industriels l’utilisation de composés de substitution.

Evolutions récentes

L’ANSES a évalué, en 2012, le risque lié à un dépassement des valeurs seuils dans l’eau de boisson (50 µg/L) et en a tiré les conclusions suivantes :

Afin de protéger la santé de la population, la concentration maximale en chrome VI dans l’eau potable devrait être de l’ordre de 6µg/L (objectif réaliste à titre provisoire). Toutefois, compte-tenu des difficultés analytiques actuelles de mesures aussi faibles en chrome VI, l’agence propose de mesurer le chrome total en première intention et le chrome VI en cas de dépassement de la limite (6µg/L).  

L’ANSES demande aussi de pouvoir déterminer exactement la part de l’exposition attribuable à l’eau par rapport à la nourriture. Cette part est connue (1%) pour le chrome total, mais pas pour le chrome VI. Ceci permettrait de définir si les actions prioritaires doivent porter sur la nourriture ou bien sur l’eau potable.

 

Sources rédactionnelles : ANSES , INERIS, CIRC, ATSDR

Auteurs : Mathieu Bailly ; Unité Cancer Environnement

Relecteur : Pr. Barbara CHARBOTEL (PU-PH, Université Claude Bernard Lyon 1 et CHU Lyon – Institut de médecine du travail et des maladies professionnelles)


Pour aller plus loin

Mise à jour le 21 avr. 2016