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Les pesticides en région Auvergne-Rhône-Alpes

Généralités

La région Auvergne Rhône-Alpes est un territoire contrasté avec des agglomérations importantes comme Lyon, Grenoble et Clermont-Ferrand, mais aussi de grands espaces agricoles (plaine de l’Ain, vallée du Rhône..). La surface agricole utile (SAU) a été estimée en 2010 a plus d’un tiers de la superficie totale de la région (source : Agreste). Entre 2000 et 2010, la surface agricole utile en Rhône-Alpes est en forte diminution : une baisse de -9% a été observée.

L’utilisation la plus importante de pesticides est liée à l’activité agricole néanmoins des produits de désherbage sont aussi employés par les services de l’équipement, les autoroutes ou la SNCF, et également par les particuliers (jardins amateurs, usages domestiques). Le terme résidus est également souvent utilisé, il tient compte des produits de dégradation de ces substances (on parle alors de résidus ou de métabolites) et de molécules interdites, quelquefois depuis de longues années, mais qui du fait de leur rémanence dans les compartiments de l’environnement peuvent conduire à une exposition des populations.

Eau et pesticides

Les pesticides ne se trouvent pas naturellement dans l’eau et la plupart de leurs applications, qu’elles soient agricoles ou non, se font sur la terre ou sur les végétaux. Néanmoins il existe un risque de contamination des eaux de surface qui peuvent se produite consécutivement  aux pluies qui se produisent peu de temps après l'application du produit, c’est-à-dire quand la disponibilité de la substance est maximale dans le sol et que les états de surface du sol sont potentiellement dégradés. Concernant la contamination des eaux souterraines, le risque est essentiellement lié au régime pluviométrique, aux interactions nappes phréatiques et rivières et à la nature et à la vitesse des écoulements à travers le sol et le sous-sol.

Les pesticides, suivant leurs concentrations dans l’eau et leurs caractéristiques chimiques, peuvent avoir un impact plus ou moins important sur les organismes aquatiques et sur la santé dans le cas d’eau destinée à la consommation humaine.

Au plan régional et depuis de nombreuses années, différents groupes "phyto" se sont mis en place. Ils sont chargés de la lutte contre la pollution des eaux par les pesticides, sous l'autorité des préfets de région.

Etat des lieux des pesticides dans les eaux superficielles et souterraines de la région Rhône-Alpes Période 2009-2012

La production agricole de Rhône-Alpes est très diversifiée : céréales, oléo-protéagineux, cultures fourragères, grandes cultures, fruits, vins et légumes. Dans la vallée du Rhône et le sud de la région on observe une forte présence de maraîchage, les coteaux sont principalement occupés par la vigne. Le département de l'Ain représente le tiers de la production régionale de céréales ; le département de la Drôme  près du quart du potentiel agricole de la région. En Rhône-Alpes, un réseau d’observation des pesticides dans les eaux de la région a été mis en place en 2001, dans le cadre de la cellule régionale d’observation et de prévention des pollutions par les pesticides (CROPPP). Les fréquences de suivis dépendent de la nature des stations et des substances recherchées. Globalement, 5162 prélèvements ont été réalisés sur les cours d’eau et 2702 sur les eaux souterraines pendant la période 2009-2012.

De 2009 à 2012, 159 substances différentes ont été quantifiées dans les eaux superficielles de la région, sur les 476 analysées. Parmi ces substances, les herbicides sont les plus largement représentés puisque près de la moitié des substances quantifiées sont des herbicides.

La substance la plus quantifiée dans les eaux superficielles est l’AMPA qui est retrouvée dans plus de 40% des prélèvements. Ce métabolite, provient de la dégradation du glyphosate, il contamine les 2/3 des stations étudiées pendant la période 2009-2012 (181 stations sur 263 au total). Le glyphosate, herbicide, est utilisé pour le désherbage agricole mais aussi pour l’entretien des espaces non agricoles (urbains, industriels, particulier). Le glyphosate a été classé cancérogène probable en mars 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer.

La présence de l’atrazine, herbicide de la famille des triazines, interdite d’utilisation depuis le 01/10/2003, est signalée non seulement par la molécule mère mais par la présence de ses métabolites l’atrazine-désethyl (6,7 % des prélèvements), le 2-hydroxy-atrazine (7,5 % des prélèvements) et la déisopropyl-désethyl-atrazine (4,4 %).

L’atrazine et/ou ses métabolites sont encore présents sur plus d’un tiers des cours d’eau de la région Rhône-Alpes (103 stations sur les 263 étudiées).

Qualité des eaux en Auvergne 2015 : Synthèse des résultats du réseau régional de surveillance de la qualité des eaux vis-à-vis des pesticides

Le réseau PHYT'EAUVERGNE

Le réseau de surveillance régional de la qualité des eaux vis-à-vis des pesticides a été mis en place par le groupe PHYT’EAUVERGNE en 1997. Dans ce cadre les organismes chargés des prélèvements sont : • le Conseil Départemental de l'Allier, • le Conseil Départemental du Cantal et la FDGDON15, • le Conseil Départemental de la Haute-Loire, • la DREAL Auvergne, • la FREDON Auvergne.

En 2016, le site Internet de PHYT’EAUVERGNE a continué à permettre la mise à disposition de l’ensemble des données obtenues depuis la création de PHYT’EAUVERGNE. Afin de mettre en place un outil à l’échelle de la région AuvergneRhône-Alpes, un travail de transformation du site Internet devra être entrepris en 2016. http://www.fredon-auvergne.fr/phyteauvergne/pdf/Plaquette_BSA_2016_web.pdf

Parmi les 10 molécules ayant été le plus souvent quantifiées en 2015 dans les eaux souterraines de la région Auvergne, 9 molécules sont des herbicides (ou des molécules de dégradation d’herbicides).  La molécule la plus quantifiée (dans près de 20% des prélèvements effectués) est l’atrazine déshethyl (première molécule de dégradation de l’atrazine). L’atrazine est un herbicide principalement utilisé sur culture de maïs. Cette substance a été retirée du marché européen en 2003. Son utilisation dans des zones proches ou au droit de nappes alluviales a favorisé son infiltration dans le sous-sol. Le relargage régulier du sol vers le sous-sol contribue à la présence de l'atrazine et de ses métabolites dans les eaux souterraines.

La quasi-totalité des quantifications de ces 10 molécules sont à de faibles concentrations (inférieures à 0,1 μg/L) hormis pour le Smétolachlore qui présente des quantifications supérieures à 0,1 μg/L dans la majorité des cas.

84% des quantifications concernent un herbicide (ou une molécule de dégradation d’herbicides

Parmi les 10 molécules ayant été le plus souvent quantifiées en 2015 en Auvergne dans les eaux destinées à l'alimentation en eau potable :

  • 7 molécules sont des herbicides (ou des molécules de dégradation d’herbicides).
  • La molécule la plus quantifiée (dans environ 8% des prélèvements effectués) est l’atrazine déshethyl (première molécule de dégradation de l’atrazine).
  • La quasi-totalité des quantifications de ces 10 molécules sont à de faibles concentrations (inférieures à 0,1 μg/L).
  •  Les molécules présentant les risques de toxicité connus les plus importants pour l’homme sont le l’atrazine et la simazine.

Région Auvergne-Rhône-Alpes : Qualité des eaux de consommation : pesticides

En 2015, plus de 97% des habitants ont été approvisionnés par une eau respectant en permanence les limites de qualité fixées pour les pesticides

La plupart des apports en pesticides via l’alimentation provient de la consommation de fruits et de légumes (MASS, 2016). Une étude de l’ ANSES 2013 a conclu que la contribution de l’eau de consommation sur les apports à long terme était encore faible pour la population générale <1% de la Dose Journalière Admissible (DJA), sauf pour deux pesticides (l’atrazine et le carbofuran) aujourd’hui interdits et qui représentent de 5 % de la DJA (ANSES, 2012).

Normes de qualité de l'eau

Pour les eaux destinées à la consommation humaine, les normes de potabilité précisent des limites de concentration de pesticides. En revanche, ces normes ne tiennent pas compte de la toxicité des molécules retrouvées

Réglementairement, pour qu’une eau soit considérée "potable", la concentration d’une molécule donnée ne doit pas dépasser 0,1 µg/L (et la somme des concentrations des molécules présentes dans l’eau ne doit pas dépasser 0,5 µg/L).

La qualité de l’eau de consommation vis-à-vis du paramètre pesticide est estimée par l’identification des réseaux de distribution d’eau où les contrôles sanitaires organisés par l’ARS n’ont jamais décelé de dépassement de la limite de qualité.

 93 % de la population Française disposait en 2013 d’une eau respectant en permanence les limites de qualité fixées par la réglementation pour le paramètre pesticides (MASS, 2016).

 Plus de 97% des habitants de la région Auvergne- Rhône-Alpes ont été dans la même situation en 2015.

Environ 175 000 personnes en Auvergne-Rhône-Alpes sont par contre confrontées à des excès de pesticides dans l’eau fournie par le service public.

Les départements les plus concernés en termes d’habitants sont l’Ain, l’Allier, l’Isère, la Drôme, la Haute-Loire.

Air et pesticides

 Les pesticides ne sont pas réglementés dans l’air ambiant, en partie du fait de la multitude des molécules utilisées et des mises sur le marché de nouvelles molécules ou de l’interdiction d’anciens produits. Ces molécules sont constamment présentes dans l’air ou dans les retombées atmosphériques, en témoignent les études nationales ou régionales en Auvergne-Rhône-Alpes conduites depuis plus d’une dizaine d’années en zone habitée sur les territoires de cultures ou dans les grandes agglomérations. Les concentrations observées, et notamment les plus élevées, sont largement corrélées avec les périodes d’utilisation agricole des pesticides, montrant ainsi l’influence des traitements sur la qualité de l’air. Lors d’un épandage par pulvérisation, 30 à 50 % des pesticides se perdraient dans l’atmosphère (Expertise collective IRSTEA– INRA.2005). Ainsi, transportés par les masses d’air, les pesticides se retrouvent dans l’atmosphère aussi bien à la campagne qu’en ville.

Bilan des mesures depuis 2007 en Rhône-Alpes et en Auvergne :

Des évaluations sur une durée d’un an ont été réalisées sur 11 secteurs de la région Rhône-Alpes, représentant plus de 250 analyses. Environ 25 prélèvements ont été réalisés par site,

  • Tous secteurs confondus, 43 substances différentes ont été quantifiées au moins une fois dans l’air.
  • Hors parc des écrins, 2 substances ont été quantifiées au moins une fois sur tous les sites : le chlorpyriphos-éthyl (insecticide) et la pendiméthaline (herbicide). Le s-métolachlore a été quantifié sur tous les secteurs depuis 2012.
  • Sur les 10 substances quantifiées le plus souvent en moyenne, 5 sont des fongicides, 3 des herbicides et 2 des insecticides.
  • Sur un même site, le maximum de substances différentes retrouvées dans l’air la même semaine est de 14

Des mesures complémentaires ont permis de montrer une grande variabilité spatiale des concentrations mesurées, selon la proximité aux cultures. Les périodes de détection des substances dans l’air sont d’une manière générale cohérentes avec les périodes de traitement des cultures.

En Auvergne, le site urbain de Clermont-Ferrand a fait l’objet de mesures régulières de 2005 à 2015. Le tableau ci-dessous présente l’évolution du nombre de molécules.

D’autres secteurs ont été sondés plus ponctuellement.

Ces travaux ouvrent des perspectives pour développer dans l’avenir des outils de modélisation et cartographie des concentrations de phytosanitaire sur le territoire régional. Egalement, ces résultats ont été mis à disposition de l'ANSES afin d'alimenter une base nationale de données, et de centres de recherches régionaux comme le Centre Léon Bérard (Département Cancer-Environnement) dans le but de faire avancer les travaux de cancérologie. Enfin, cette période a été une réelle occasion de nouer des liens avec les acteurs du monde agricole, ayant abouti en avril 2016 à l'organisation d'un séminaire d’échange sur les liens agricultures et qualité de l’air.

Plan et mesures

En Auvergne Rhône-Alpes, 74 mesures regroupées en 13 fiches thématiques Santé Environnement ont été inscrites dans le PRSE2 dont certaines sont dédiées aux pesticides, par exemple (PRSE Rhône-Alpes):

  • mesure 7 : Mettre en place un programme de surveillance des pesticides dans l’air intégrant les spécificités régionales (diversités des cultures, zones rurales et urbaines, …)
  • mesure 47 : Suivre les actions de réduction de l’utilisation des pesticides par l’ensemble des utilisateurs (professionnels et non professionnels) menées dans le cadre du plan Ecophyto 2018.
  • mesure 56 : Identifier, au-delà des 60 captages prioritaires, les captages d’eau potable exposés à des pollutions de toutes origines (agricoles, industrielles, infrastructures, …) et cartographier les risques de pollution des aquifères.
  • mesure 74 : Apporter une information sur la surveillance de la contamination des denrées alimentaires par des polluants présents dans l’environnement

Le Plan Régional Santé Environnement « PRSE 3 » sera la feuille de route de la région Auverge-Rhône-Alpes en matière de santé-environnement sur la période 2017-2022  en proposant divers mesures et actions regroupées par grandes thématiques stratégiques.

Parmi les 10 priorités stratégiques : contrôler et restreindre progressivement l’usage des pesticides par le lancement d’une campagne de surveillance des pesticides dans l’air et par la documentation sur les usages de pesticides par les particuliers et poursuivre l’interdiction des substances les plus dangereuses

En route avec le zéro phyto

Le projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte interdit depuis le 1er janvier 2017 l’utilisation des produits phytosanitaires par l’État, les collectivités locales et les établissements publics

Fin 2016, les communes engagées en ex-Auvergne représentent plus de 50 % de la population régionale, soit 26 % pour la région ex-Rhône-Alpes

Les espaces concernés par l’interdiction des pesticides sont : les espaces verts, les forêts, les promenades ouvertes au public et les voiries (sauf les zones spécifiques où l’interdiction ne peut être envisagée pour des raisons de sécurité). Les cimetières et les terrains de sport ne sont pour l’instant pas concernés par cette interdiction

Les produits qui restent autorisés sont : les produits de biocontrôle, les produits qualifiés à faible risque et les produits dont l’usage est autorisé dans le cadre de l’agriculture biologique.

 

Auteur : Département Cancer et Environnement

Relecteurs : Stéphane Socquet-Juglard, Directeur technique,  Atmo Auvergne Rhône-Alpes www.air-rhonealpes.fr / www.atmoauvergne.asso.fr

Mise à jour le 5 déc. 2017

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