Handbooks Prévention des cancers - Effets des politiques visant à réduire la consommation d’alcool - Perspective du Groupe de travail du CIRC

Présentation

Auteurs : Susan M. Gapstur, Ph.D.,1 Daniela Mariosa, Ph.D.,1 Luciana Neamtiu, Ph.D.,1 Suzanne T. Nethan, M.D.S., M.P.H.,1 Jurgen Rehm, Ph.D.,2 Taisia Huckle, Ph.D.,3 David H. Jernigan, Ph.D.,4 Elizabeth A. O’Connor, Ph.D.,5 Mindaugas Štelemėkas, Ph.D.,6 Peter Allebeck, M.D., Ph.D.,7 Sawitri Assanangkornchai, M.D., Ph.D.,8 Nicholas Carah, Ph.D.,9 Surasak Chaiyasong, Ph.D.,10 Samantha Cukier, Ph.D.,11 The Son Dao, M.A.,12 Rijo M. John, Ph.D.,13 Richard Matzopoulos, Ph.D.,14,15 Petra S. Meier, Ph.D.,16 Paula O’Brien, Ph.D.,17 Guillermo Paraje, Ph.D.,18 Robin Room, Ph.D.,19 Claire Wilkinson, Ph.D.,20 Norman D. Maldonado, Ph.D.,21 Tim Stockwell, Ph.D.,22 Maria Neufeld, M.Sc.,23 Dag Rekve, M.B.E.,24 et Beatrice Lauby‑Secretan, Ph.D.1

1 International Agency for Research on Cancer, Lyon, France ; 2 Centre for Addiction and Mental Health, Toronto ; 3 Centre for Social and Health Outcomes Research and Evaluation and Whariki Research Centre, Massey University, Auckland, New Zealand ; 4 Boston University School of Public Health, Boston University, Boston ; 5 Kaiser Permanente Center for Health Re‑ search, Portland, OR ; 6 Lithuanian University of Health Sciences, Kaunas, Lithuania ; 7 Department of Global Public Health, Karolinska Institutet, Solna, Sweden ; 8 Prince of Songkla University, Hat Yai, Thailand ; 9 University of Queensland, Brisbane, Australia ; 10 Mahasarakham University, Kantharawichai, Thailand ; 11 Public Health Agency of Canada, Ottawa ; 12 Center for Economics and Community Development, Hanoi ; 13 Rajagiri College of Social Sciences, Kalamassery, India ; 14 Burden of Disease Research Unit, South African Medical Research Council, Tygerberg, South Africa ; 15 Division of Public Health Medicine, University of Cape Town, Cape Town, South Africa ; 16 University of Glasgow, Glasgow, United Kingdom ; 17 Melbourne Law School, University of Melbourne, Melbourne, VIC, Australia ; 18 Business School, Universidad Adolfo Ibáñez, Peñalolén, Chile ; 19 Centre for Alcohol Policy Research, La Trobe University, Bundoora, VIC, Australia ; 20 University of New South Wales, Sydney ; 21 Research Center on Health Economics and Social Protection (PROESA), Universidad Icesi, Cali, Colombia ; 22 Canadian Institute for Substance Use Research, University of Victoria, Victoria, BC, Canada ; 23 World Health Organization Regional Office for Europe, Copenhagen ; 24 World Health Organization, Geneva.

 

Le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) a classé les boissons alcoolisées comme cancérogènes pour l’humain (Groupe 1) sur la base d’indications suffisantes de causalité pour sept types de cancer – oral, pharyngé, laryngé, œsophagien, hépatique (hépatocellulaire) et colorectal et le cancer du sein chez la femme.1 A l’échelle mondiale, on estime que 741 300 nouveaux cas de cancer en 2020 (soit 4,1 % du total) étaient attribuables à la consommation d’alcool.2 Aussi, la consommation d’alcool constitue un facteur de risque pour de nombreux autres problèmes de santé en plus du cancer.

Le programme des Handbooks du CIRC pour la prévention du cancer a élaboré un volume en deux parties (Volume 20A et Volume 20B) sur la prévention primaire des cancers liés à l’alcool (Fig. 1).5 Comme le décrit le volume 20A, il existe des indications suffisantes que la réduction ou l’arrêt de la consommation de boissons alcoolisées, par rapport à la poursuite de la consommation, diminue le risque de cancer oral et œsophagien, et des indications suffisantes provenant d’études mécanistiques que l’arrêt de la consommation d’alcool réduit la cancérogenèse liée à l’alcool.5,6

Pour le Volume 20B, le Groupe de travail a examiné et évalué qualitativement le niveau des indications concernant le potentiel d’interventions liées à des politiques sur l’alcool à réduire la consommation d’alcool (Fig. 1). Les interventions évaluées ont été choisies car leur mise en œuvre vise à réduire la consommation d’alcool au niveau national ou infranational, réduction dont on a montré qu’elle diminue efficacement les dommages liés à l’alcool.7 En outre, les données sur l’efficacité d’interventions cliniques visant à réduire la consommation d’alcool sont résumées mais non évaluées car ces interventions ciblent des individus, et leurs effets potentiels sur la consommation d’alcool au niveau de la population ne sont généralement pas mesurés. Cependant, un faisceau solide d’indications soutient l’utilisation du dépistage, des interventions brèves,8 et de thérapies psychosociales à plus long terme,9 qui peuvent être associées à une pharmacothérapie,10 pour augmenter l’abstinence et améliorer d’autres résultats chez les personnes présentant des troubles liés à la consommation d’alcool.

Les principales conclusions du Volume 20B sont résumées ici.

  • Considérations méthodologiques générales

    Seules les études publiées contenant des données empiriques sur des interventions liées à des politiques sur l’alcool qui ont évalué un changement de la consommation d’alcool (définie ici comme la consommation d’au moins un des trois principaux types de boissons alcoolisées : bière, vin et spiritueux) ont été incluses (Tableau 1). Les études décrites ici [dans cet article] sont celles qui fournissent les plus fortes indications ou une diversité géographique (ou les deux). Sauf indication contraire, un changement de la consommation d’alcool fait référence à un changement (ou à une différence moyenne) dans le temps résultant d’une intervention liée à une politique restrictive ou permissive en matière d’alcool de l’un ou l’autre des éléments suivants : dans les études au niveau de la population, consommation annuelle moyenne totale par habitant ou ventes enregistrée ; dans les études au niveau individuel, consommation quotidienne déclarée par les participants.

    Dans les études où le résultat d’un modèle de régression était exprimé sous forme de logarithme de la consommation d’alcool, le Groupe de travail a calculé le pourcentage estimé de changement résultant de l’intervention11. En ce qui concerne les interventions pour lesquelles il y avait peu d’études rapportant des résultats sur la consommation d’alcool, les études qui utilisaient des résultats de substitut pour la consommation d’alcool (par exemple, mort par cirrhose) ont été incluses si une association [entre ce substitut et] la consommation d’alcool est déjà établie.

    Plusieurs questions générales de méthodologie ont été soulevées lors de l’évaluation de la qualité des études. Celles-ci incluent la prise en compte des facteurs de confusion importants (par exemple, le revenu), l’inclusion de groupes contrôle ou des juridictions appropriées, et – dans les études au niveau individuel – l’évaluation de l’échantillonnage différentiel, de la non-réponse ou de la déclaration des données de consommation d’alcool.

  • Politiques fiscales et tarifaires

    Les taxes, les prix minimums ainsi que les interdictions ou autres restrictions sur les promotions de prix ou rabais de quantité sont des interventions recommandées pour réduire les dommages liés à l’alcool.3 Les études ont été incluses si l’intervention portait sur une taxe ou un prix minimum appliqué à au moins l’un des principaux types de boissons alcoolisées (bière, vin ou spiritueux). Pour les politiques spécifiquement fiscales, seules les études contrôlées pour le revenu ou ses substituts étaient incluses afin de garantir que l’effet de la taxe sur la consommation reflète réellement son effet net en tenant compte du caractère abordable de l’alcool.

    Les effets des taxes sur l’alcool sur la consommation d’alcool ont été évalués dans sept études. Les augmentations des taxes sur l’alcool étaient systématiquement associées à des réductions de la consommation ou des ventes d’alcool. L’ampleur de l’effet variait selon le contexte et la politique fiscale. Aux États-Unis, dans l’une des études les plus instructives, l’augmentation de la taxe d’accise en 2009 (21 % pour la bière et 90 % pour le vin et les spiritueux) dans l’Illinois a conduit à une diminution plus importante des achats mensuels d’alcool (mesurés en volume total d’éthanol pur) entre les 24 mois avant et les 24 mois après l’augmentation de la taxe que dans 43 autres États sans augmentation de la taxe, avec une diminution relative de 6,4 % parmi les ménages grands consommateurs et de 5,0 % parmi les ménages à revenus plus élevés (P < 0,05 pour les deux comparaisons).12 De même, une augmentation de 50 % de la taxe sur les ventes de boissons alcoolisées en 2011 dans le Maryland a conduit à une réduction de 3,78 % (intervalle de confiance [IC] à 95 %, 2,74 à 4,82) des ventes mensuelles d’alcool par habitant.13 En Australie, l’effet de l’augmentation de 70 % de la taxe d’accise sur les boissons [alcoolisées] prêtes à consommer en 2008-2009 a été évalué à l’aide de données individuelles annuelles de 2002 à 201814. Dans un modèle de différence-en-différence une réduction de 8,89 % (P < 0,001) du nombre moyen de boissons consommées quotidiennement a été observée en 2018. Ces résultats sont étayés par des preuves définitives qu’une augmentation de la taxation se répercute sur les prix et que la hausse consécutive des prix de l’alcool en réduit la consommation.15 Le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que les augmentations de taxes sur l’alcool qui entraînent une hausse des prix conduisent à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

     

     

     

    Les politiques de prix minimum — qui comprennent un prix unitaire minimum (le prix plancher, ou le prix le plus bas autorisé, pour un volume fixe d’alcool) ou un prix minimum (prix plancher pour un produit fini) — en relation avec la consommation d’alcool ont été évaluées dans 10 études menées en Australie, au Canada et au Royaume-Uni. La plupart des études ont évalué la mise en œuvre, en mai 2018, d’un prix minimum de 50 pence par unité britannique d’alcool (soit 8 grammes d’éthanol) en Écosse ; dans l’étude de population la plus récente et la mieux contrôlée, une réduction nette (-3 % ; IC à 95 %, -4,2 à -1,8) des ventes totales d’alcool par adulte a été observée après 3 ans de mise en œuvre.16 Dans une étude individuelle portant sur la même intervention, on a observé une diminution de 7,6 % (P < 0,05) des grammes d’éthanol achetés par adulte et par ménage chaque semaine après 8 mois de mise en œuvre.17 Dans l’ensemble, une réduction de la consommation d’alcool a été observée systématiquement dans les études utilisant différentes conceptions, approches analytiques et groupes définis sur le plan sociodémographique. Par conséquent, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que la mise en place d’un prix minimum conduit à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

    Trois études ont évalué les interdictions de remises sur l’alcool en relation avec la consommation d’alcool ; elles portaient toutes sur la même interdiction partielle de 2011 en Écosse sur les remises sur l’achat de plusieurs unités d’alcool à emporter. Dans une étude utilisant des données au niveau de la population, l’interdiction a entraîné une diminution
    (-1,7 % ; IC à 95 %, -3,1 à -0,3) du volume des ventes d’alcool à emporter par habitant.18 Dans une étude utilisant des données au niveau individuel, une augmentation de 8,6 % (P < 0,001) des achats hebdomadaires d’alcool a été observée au cours de l’année suivant l’interdiction,19 tandis que dans une autre étude, dans laquelle des données se recoupant mais des méthodes différentes ont été utilisées, aucune différence n’a été observée entre les achats hebdomadaires d’alcool avant et après l’interdiction.20 En raison de ces incohérences, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications insuffisantes que les interdictions de remises sur les boissons alcoolisées conduisent à une réduction de la consommation d’alcool.

  • Politiques d'accès

    Lorsque les boissons alcoolisées sont facilement accessibles, leur consommation tend à augmenter.7 Ont été incluses les études qui évaluaient les politiques réglementant la densité des points de vente d’alcool (par exemple, le nombre de points de vente par kilomètre carré ou par habitant), les jours ou horaires de vente, ou l’âge minimum pour acheter ou consommer de l’alcool, ou encore interdisant la vente d’alcool, en relation avec la consommation d’alcool ou des résultats de substitut.

    Les politiques réglementant la densité des points de vente d’alcool en relation avec la consommation d’alcool ou des résultats de substitut ont été évaluées dans six études. Deux de ces études portaient sur des politiques restrictives. Par exemple, la restriction de la vente d’alcool dans une communauté a été associée à une réduction du nombre de crimes violents (de la période précédant l’intervention [1997–2002] à la période suivant l’intervention [2003–2007]) deux fois plus importante que celle observée dans des communautés témoins.21 Dans une étude utilisant des données au niveau de la population (2007-2015) en Angleterre, les politiques locales les plus strictes en matière de licences d’alcool  étaient associées à des admissions annuelles à l’hôpital liées à l’alcool 2 % inférieures (P < 0,05) à celles observées en l’absence de politique en matière de licences.22 Dans la plupart des études sur les changements de politique ayant entrainé une augmentation de la densité des points de vente, on a observé une hausse de la consommation d’alcool ou des taux d’agression. Étant donné que des études de haute qualité ont montré une association inverse entre les restrictions sur la densité et la consommation d’alcool ou les résultats de substitut, et que les facteurs de confusion ont pu être raisonnablement écartés, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que les restrictions sur la densité des points de vente d’alcool conduisent à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

    Six études ont évalué les politiques réglementant les jours de vente d’alcool, et quatre études les politiques réglementant les horaires de vente, en relation avec la consommation d’alcool. Toutes les études ont été menées dans des pays à revenu élevé. Dans le seul essai contrôlé, réalisé de février 2000 à juin 2001 dans certaines régions de Suède, l’autorisation de vendre de l’alcool le samedi en plus des jours de semaine a entraîné une augmentation de 3,7 % (P < 0,001) des ventes mensuelles moyennes d’alcool par habitant.23 Dans la plus grande étude de données individuelles aux États-Unis (basée sur des enquêtes annuelles réalisées entre 2000 et 2019), l’interdiction au niveau des États de vendre de l’alcool à emporter le dimanche était associée à une diminution de la consommation d’alcool chez les consommateurs mensuels. Cette diminution était la plus importante dans le sous-groupe des personnes ayant un niveau d’éducation élevé (licence ou plus) — -8,6 % (IC à 95 %, -9,5 à -7,7) chez les femmes et -3,9 % (IC à 95 %, -4,9 à -3,0) chez les hommes — avec des baisses moins importantes observées dans le sous-groupe des personnes ayant un niveau d’éducation moyen (études supérieures partielles, mais pas de licence) et dans celui des personnes ayant un faible niveau d’éducation (diplôme d’études secondaires ou moins).24 Dans une étude utilisant des données populationnelles provenant d’Australie (1901-2006), la fermeture plus précoce des débits de boissons a été associée à une diminution de la consommation (de 2,9 litres d’éthanol par habitant et par an ; IC à 95 %, 2,4 à 3,4).25 Dans l’ensemble, toutes les études ont montré que les changements ou les différences moyennes au cours du temps en termes d’horaires ou de jours de vente étaient associés à un changement de la consommation dans la direction attendue. Plusieurs études de haute qualité ont été incluses, et toutes comprenaient un groupe contrôle ou étaient ajustées pour les facteurs de confusion. Le Groupe de travail a donc conclu qu’il existe des indications suffisantes que les restrictions sur les jours ou les horaires de vente conduisent à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

    Dix études menées aux États-Unis et 4 études menées en Europe ou au Canada ont évalué les politiques relatives à l’âge minimum légal pour acheter ou consommer de l’alcool. Dans la plupart des études ayant évalué l’augmentation de l’âge minimum, une réduction de la consommation d’alcool a été observée. Par exemple, dans une étude avec des données au niveau de la population (1961-2008) provenant de cinq pays européens, une augmentation d’un an de l’âge minimum d’achat a été associée à une diminution (-9,8 % ; IC à 90 %, -15,4 à -4,2) de la consommation d’alcool.26 De même, une augmentation de l’âge minimum d’achat de 18 à 19 ans à New York en 1982 a été associée à une diminution de 21 % (P < 0,01) de la prévalence de consommation d’alcool chez les personnes âgées de 18 ans.27 Dans la plupart des études sur les politiques ayant abaissé l’âge minimum pour acheter ou consommer de l’alcool, les associations observées avec la consommation d’alcool allaient dans la direction attendue. Étant donné que la direction des effets était cohérente avec les changements de politique dans la majorité des études, que l’effet a été observé dans le groupe d’âge spécifiquement ciblé par la politique et que les risques de confusion potentiels liés à d’autres politiques de disponibilité de l’alcool ont été écartés dans les études les plus solides, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que l’augmentation de l’âge minimum légal pour acheter ou consommer de l’alcool conduit à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

    Neuf études ont évalué les interdictions totales de vente d’alcool en relation avec la consommation ou des résultats de substitut. Dans une étude, la Prohibition Nationale de l’alcool aux États-Unis entre 1920 et 1935 a entraîné une baisse initiale de 70 % de la consommation d’alcool, qui s’est finalement stabilisée à une baisse de 30 à 40 % par rapport aux niveaux antérieurs à la prohibition.28 Dans une étude menée en Inde, après l’interdiction en 2016 de vente d’alcool dans un État, la prévalence hebdomadaire de consommation d’alcool chez les hommes est passée de 15,0 % en 2015-2016 à 7,8 % en 2020-2021, alors qu’une baisse similaire n’a pas été observée dans les États voisins sans interdiction (différence ajustée dans l’évolution de la prévalence, -7,1 points de pourcentage ; IC à 95 %, -9,6 à -4,6).29 Dans toutes les autres études, une interdiction de vente était associée à une baisse substantielle de la consommation d’alcool, de la prévalence de la consommation à risque, de la mortalité liée à l’alcool, de la mortalité due à des blessures, et de l’incidence des admissions à l’hôpital pour traumatismes. Étant donné que des effets importants ont été observés de manière constante dans toutes les études menées dans divers contextes, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que l’interdiction de vente d’alcool conduit à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

  • Interdictions de marketing

    Le fait d’être exposé au marketing de l’alcool et l’interaction avec celui-ci augmentent généralement la consommation d’alcool, et une relation causale a été établie chez les jeunes.7 Les approches visant à réglementer le marketing de l’alcool vont de l’absence de restrictions à l’autorégulation ou la corégulation par l’industrie, aux restrictions partielles, jusqu’à l’interdiction totale de toutes les formes de marketing pour tous les types de médias et toutes catégories de boissons alcoolisées.30

    Nous n’avons identifié aucune étude informative évaluant l’interdiction totale de publicité de l’alcool par rapport à la consommation d’alcool. Cependant, nous avons trouvé quatre études informatives avec des données au niveau de la population sur des interdictions strictes – définies ici comme des interdictions de marketing de l’alcool dans au moins un type majeur de média (presse écrite, audiovisuel ou affichage extérieur) pour toutes les catégories de boissons alcoolisées. Dans une étude menée en Norvège (1960-2006), l’interdiction de 1975 de publicité dans tous les types de médias pour toutes les boissons dont la teneur en alcool est supérieure à 2,5 % a été associée à une réduction de 7,1 % (P = 0,002) de la consommation d’alcool.31 Dans deux études utilisant des données provenant de pays membres de l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (20 pays de 1970 à 1995 et 17 pays de 1975 à 2000, [respectivement]), les différences moyennes de consommation d’alcool au fil du temps ont été mesurées dans les pays ayant mis en place des interdictions strictes en comparaison avec les pays n’ayant pas adopté de telles mesures.32,33 Dans l’une de ces études, une augmentation d’une unité du score pour l’interdiction totale de la publicité pour l’alcool était associée à une baisse de 8,6 % (P < 0,10) de la consommation d’alcool.32 Dans l’autre étude, l’interdiction de la publicité dans les médias audiovisuels pour toutes les boissons alcoolisées à l’exception de la bière légère (environ 2,5 % d’alcool) était associée à une baisse de 3,8 % (P < 0,05) de la consommation d’alcool.33 Une interdiction stricte du marketing de l’alcool pendant 14 mois (de septembre 1971 à octobre 1972) dans une province canadienne n’a entraîné aucune différence dans la consommation d’alcool pendant la période d’interdiction (1971-1972) par rapport aux années précédant l’interdiction (1962-1970) (score z, 0,31 ; P > 0,05), , alors que la consommation d’alcool a augmenté pendant la même période dans une province similaire sans interdiction (score z, 1,87 ; P < 0,03).34 En raison de la cohérence des indications, de la force des associations et du fait que les facteurs de confusion pouvaient être écartés avec un degré de certitude raisonnable, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que les interdictions strictes de marketing de l’alcool conduisent à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

  • Interventions coordonnées multiples liées aux politiques sur l'alcool

    Les interventions coordonnées multiples de politiques sur l’alcool sont définies ici comme des monopoles gouvernementaux sur l’alcool ou un ensemble d’interventions adoptées et mises en œuvre dans le cadre d’un plan d’action national visant à réduire les dommages liés à l’alcool. Ces interventions sont souvent mises en œuvre sur une période spécifique dans une population cible.

    Les monopoles gouvernementaux sur l’alcool s’inscrivent dans des structures nationales pouvant imposer des taxes élevées sur l’alcool, restreindre ou interdire les stratégies de prix promotionnels, limiter la disponibilité et restreindre ou interdire le marketing.7 Au cours des dernières décennies, peu de monopoles gouvernementaux sur l’alcool ont été mis en place. Douze études ont évalué l’affaiblissement ou la dissolution d’un monopole gouvernemental sur l’alcool en relation avec la consommation d’alcool. Dans une étude utilisant des données au niveau de la population en Pologne (1961-2008), la dissolution du monopole gouvernemental sur l’alcool en 1990 était associée à une augmentation de 9 % (P < 0,10) de la consommation d’alcool.35 Dans une étude américaine avec des données au niveau individuel, la privatisation en 2012 de la vente et de la distribution au détail de spiritueux dans l’État de Washington était associée à une augmentation de 26% (P < 0,05) des achats mensuels d’alcool à emporter par foyer.36 Dans la plupart des autres études, la démonopolisation de la vente au détail d’un ou plusieurs types de boissons alcoolisées était associée à une plus grande consommation d’alcool ou à une prévalence accrue de consommation excessive.

    Les résultats d’études portant sur d’autres interventions coordonnées multiples de politiques sur l’alcool, mises en œuvre dans le cadre de plans d’action nationaux en Thaïlande, Russie, Estonie et Lituanie suggèrent que ces interventions multiples ont un effet bénéfique pour réduire la consommation d’alcool ou limiter son augmentation.7,37 Étant donné que les données issues des études menées au niveau de la population et au niveau individuel étaient cohérentes, et que les facteurs de confusion liés au revenu et à d’autres facteurs ont pu être écartés avec un degré de confiance raisonnable, le Groupe de travail a conclu qu’il existe des indications suffisantes que les monopoles gouvernementaux ou autres interventions coordonnées multiples de politiques sur l’alcool conduisent à une réduction de la consommation de boissons alcoolisées.

  • Discussion

    Les boissons alcoolisées sont des cancérogènes avérés pour l’humain1 et, en comparaison à la poursuite de la consommation, la réduction ou l’arrêt de la consommation de boissons alcoolisées réduit les risques de cancer de la bouche et de l’œsophage.5,6 Sur la base des données examinées, le Groupe de travail a conclu que les interventions suivantes liées à des politiques sur l’alcool conduisent à une réduction de la consommation d’alcool : les interventions qui augmentent les taxes, les prix minimums ou l’âge minimum légal d’achat ou de consommation d’alcool ; les interventions qui réduisent la densité des points de vente d’alcool et les jours ou horaires de vente ; les interdictions strictes de marketing de l’alcool ; les interdictions totales de vente ; les monopoles gouvernementaux ou autres interventions coordonnées multiples de politiques sur l’alcool.

    Plusieurs éléments relatifs aux évaluations doivent être pris en compte. D’abord, les études sur les interventions relatives à la disponibilité de l’alcool et les interdictions de marketing sont presque entièrement basées sur des données collectées avant l’expansion du marketing numérique et des achats en ligne. Leur pertinence par rapport aux interventions associées dans l’ère numérique actuelle peut avoir des limites. Deuxièmement, la majorité des études ont été menées dans des pays à revenu élevé, et l’efficacité de certaines interventions peut différer dans d’autres contextes. Troisièmement, les évaluations se sont concentrées sur l’efficacité des interventions en matière de politique de lutte contre l’alcool ; examiner les potentielles conséquences involontaires de ces interventions pourrait permettre d’estimer la faisabilité dans des contextes spécifiques, mais ne devrait pas occulter les bénéfices avérés pour la santé publique. Enfin, pour être plus efficace, toute politique doit être promulguée, mise en œuvre et appliquée, des processus qui requièrent l’implication de nombreux secteurs gouvernementaux et non gouvernementaux.

    Il existe un faisceau d’indications solides concernant l’efficacité des politiques sur d’alcool sur la réduction des dommages liés à la consommation d’alcool.38 Nos conclusions s’ajoutent aux indications disponibles quant au potentiel des interventions liées à des politiques sur l’alcool pour réduire le fardeau des cancers attribuables à la consommation d’alcool.39 En outre, elles soutiennent les actions recommandées dans le dernier Plan d’action mondial contre l’alcool 2022-203040 de l’Organisation mondiale de la Santé (qui comprend l’initiative SAFER — Renforcer les restrictions sur la disponibilité de l’alcool ; Promouvoir et appliquer des mesures de lutte contre l’alcool au volant ; Faciliter l’accès au dépistage, aux interventions brèves et au traitement ; Appliquer des interdictions ou des restrictions complètes sur la publicité, le parrainage et la promotion de l’alcool ; et Augmenter les prix de l’alcool par le biais de taxes d’accise et de politiques de prix) et mettent l’accent sur les stratégies et les interventions à fort impact visant à réduire les dommages liés à l’alcool à l’échelle mondiale.

    Les opinions exprimées dans cet article sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement les décisions, la politique ou les points de vue de leurs institutions affiliées, y compris du Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) ou de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

     

    Soutenu par l’Union Européenne, le bureau régional de l’Organisation mondiale de la Santé pour l’Europe, les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (numéro d’attribution, NU58DP007177) et l’American Cancer Society (contrats 92768 et 99372). Avant et pendant leur participation, tous les membres du Groupe de travail ont été invités à fournir des déclarations d’intérêt. Après examen par le Centre international de Recherche sur le Cancer, aucun des intérêts déclarés par les membres du Groupe de travail n’a été considéré comme représentant un conflit d’intérêts potentiel ou important par rapport à leur activité dans le cadre de ce travail.

    Les formulaires de déclaration d’intérêts fournis par les auteurs sont disponibles avec le texte intégral de cet article sur le site NEJM.org.

    Nous remercions Harriet Rumgay, Ph.D., Lolita Alfred, Ph.D, Dzmitry Krupchanka, Ph.D, Benn McGrady, Ph.D., Jeremias Paul, M.S., Elisabet Ruiz Cairó, Ph.D., Michal Stoklosa, Ph.D., Tara Neville, M.Sc., Carina Ferreira-Borges, Ph.D., et Chonlathan Visaruthvong, Ph.D., qui ont apporté une aide scientifique en révisant le texte et les tableaux, en créant ou en adaptant les figures, en vérifiant l’exactitude du contenu, et en participant aux réunions des sous-groupes et aux réunions plénières du Volume 20B des Handbooks du CIRC.

  • Pour aller plus loin

    L’autorisation pour la traduction des documents pour le Handbook Prévention des cancers – La perspective du Groupe de travail du CIRC sur les effets des politiques visant à réduire la consommation d’alcool a été accordée en 2025 par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui reste le détenteur des droits d’auteur de la version originale. L’autorisation de traduction en français a été accordée par le détenteur des droits d’auteur au Centre Léon Bérard, qui détient les droits de la traduction et est seul responsable de celle-ci. Les conditions d’utilisation des contenus produits par le CIRC sont disponibles ici.

  • Références

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    3. World Health Organization. Global strategy to reduce the harmful use of alcohol. May 31, 2010 (https://www.who.int/publications/i /item/9789241599931).

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Auteur : Traduction du Département Prévention Cancer Environnement du Centre Léon Bérard

Relecture : Centre international de Rechercher sur le Cancer

Mise à jour le 15 janv. 2026

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