Un site du centreleonberard.fr

Pesticides

Messages clés

 

  • Les pesticides sont des substances utilisées pour prévenir, contrôler ou éliminer des organismes jugés nuisibles. On parle aussi de produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques.
 
  • Pour la population générale, les sources d’exposition aux pesticides se retrouvent dans l’alimentation, l’eau de consommation, l’air intérieur et extérieur, les sols et les poussières à l’intérieur de la maison. Quelques études suggèrent une augmentation du risque de cancers en zone d’épandage de pesticides ou avec leur utilisation à la maison ou au jardin, mais elles demandent à être confirmées.

  • En milieu professionnel, certaines études ont montré une augmentation du risque de cancers, tels que des lymphomes non hodgkiniens, tumeurs cérébrales, cancers de la prostate, cancer de l’ovaire, cancer du poumon et mélanomes, pour des niveaux d’exposition professionnelle élevés et pendant de longues périodes.

  • Mais un lien causal reste cependant à démontrer, car d’autres facteurs de risque présents en milieu agricole peuvent jouer un rôle dans les associations trouvées (exposition au soleil, à d’autres polluants, contact avec des virus du bétail…).

  • Le décret n° 2015-636 du 5 juin 2015 crée un nouveau tableau n°59 de maladies professionnelles pour le régime agricole, relatif aux hémopathies malignes provoquées par les pesticides permettant la prise en charge du lymphome malin non hodgkinien.

  • Le CIRC a évalué et classé une soixantaine de pesticides : l’arsenic est classé cancérogène certain pour l’Homme (groupe 1) ; l’application d’insecticides non arsenicaux en milieu professionnel, le captafol et le dibromure d’éthylène sont classés comme cancérogènes probables (groupe 2A) et dix-neuf molécules classées comme possiblement cancérogènes (groupe 2B). 

  • En 2015, le CIRC a classé l'insecticide lindane comme "cancérogène certain pour l'homme" (groupe 1).L'insecticide 1,1,1,-trichloro-2,2-bis(4-chlorophényle) éthane ou DDT a été classé "cancérogène probable pour l'homme" (Groupe 2A), et l'herbicide acide 2,4-dichlorophénoxyacétique (2, 4-D) comme "peut-être cancérogène pour l'homme" (Groupe 2B).

  • Le CIRC a également classé en 2015 le glyphosate (herbicide), le malathion et le diazinon (insecticides) comme "cancérogènes probables pour l'homme" (groupe 2A). Et les insecticides tétrachlorvinphos et parathion ont été classés peut-être cancérogènes pour l'homme (groupe 2B).  

  • Plusieurs programmes nationaux de recherche, d’action et de surveillance sont en cours et visent à réduire l’usage des pesticides, surveiller leurs effets sur la santé et mieux comprendre les liens entre l’exposition aux pesticides et les risques de cancers tant pour la population générale que pour les professionnels.

  • Parmi les études épidémiologiques menée actuellement en France, l'étude nationale AGRICAN (AGRIculture et Cancers), qui analyse l'incidence des cancers et la mortalité par cause de cancers des professions agricoles, permettra de disposer d'arguments scientifiques pour juger de l'origine professionnelle de certains cancers, de proposer des mesures de prévention et de mieux étudier les demandes de reconnaissances en maladie professionnelle.


Réduire

Présentation générale

Le terme « pesticide » vient du mot anglais « pest » qui veut dire « ravageur ».

Les pesticides sont des substances utilisées pour prévenir, contrôler ou éliminer des organismes jugés nuisibles (mauvaises herbes, insectes, champignons, végétaux, micro-organismes…). On parle de produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques pour désigner les produits utilisés dans le domaine agricole, et l’entretien des espaces verts. Certains produits biocides (produits de traitement du bois, produits de lutte contre les rongeurs, insecticides domestiques…) et les antiparasitaires humains ou vétérinaires (pour débarrasser les animaux de compagnie des parasites : puces, tiques… et sur le corps pour se débarrasser des poux) appartiennent également à la famille des pesticides.

Différentes classifications peuvent être proposées selon la cible : les herbicides, les insecticides et les fongicides ; ou encore selon leur appartenance à des familles chimiques (dithiocarbamates, organophosphorés…). Les préparations commerciales (liquides ou solides) combinent des substances actives (ou principe actif) avec des formulants qui facilitent leur utilisation ou augmentent leur efficacité.

S’agissant des produits phytopharmaceutiques, on répertorie environ 1 000 substances actives différentes ayant été mises sur le marché, soit 100 à 150 groupes chimiques. La mise en place de la procédure communautaire d’évaluation a conduit au retrait du marché de 74 % des 1000 substances autorisées dans au moins un état membre de l’union européenne avant 1993. Il reste aujourd’hui environ 300 substances actives phytosanitaires, une centaine de substances actives biocides (dont certaines appartiennent également aux produits phytosanitaires) et quelques dizaines d’antiparasitaires.

Le règlement européen n° 1107/2009 de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, entré en vigueur en juin 2011, introduit désormais des critères d’exclusion pour les substances actives les plus toxiques pour la santé publique et l'environnement.

La France est le 4ème utilisateur de produits phytopharmaceutiques au niveau mondial et le 1er utilisateur de pesticides en Europe, même si les ventes stagnent depuis 2000. Cela correspondait à 80 000 tonnes en 2008, 64.000 tonnes en 2009 et 62.000 tonnes en 2010 de matières actives commercialisés par an en France (tous usages agricoles confondus).

Le terme résidu de pesticides désigne quant à lui la quantité de substances restant après les traitements reçus pendant leurs cultures ou pour assurer leur conservation ; il peut s’agir à la fois de la substance active initiale comme de ses produits de dégradation ou transformation.

Les travaux disponibles témoignent aujourd’hui d’une présence généralisée des résidus de pesticides dans notre environnement (eau, air, sols, denrées alimentaires…). La nature des produits détectés, les fréquences de détection et les niveaux mesurés peuvent varier d’un milieu à l’autre.

Des études menées à l’étranger et quelques études françaises montrent que de nombreux pesticides sont présents dans les matrices biologiques humaines (sang, urines, sang du cordon ombilical, lait, graisse sous-cutanée) et attestent de la réalité des expositions de l’ensemble de la population.

Exposition de la population aux pesticides

Les sources d’exposition aux pesticides de la population générale se retrouvent dans tous les compartiments de l’environnement :

  • l'alimentation (fruits et légumes, viandes et poissons, œufs, produits laitiers, miel…)
  • l’eau de consommation
  • l’air intérieur et extérieur
  • les sols
  • les poussières à l’intérieur de la maison
  • l’utilisation domestique des pesticides, notamment dans les jardins ou sur les animaux domestiques

 

L’exposition de la population générale aux pesticides se caractérise :

  • par des expositions qui peuvent être répétées dans le temps, et parfois élevées (par exemple lors d’une utilisation domestique)
  • par la multiplicité des voies d’exposition : ingestion, inhalation et contact cutané. La part contributive des différentes sources dans l'exposition globale reste à déterminer.

Diverses équipes, de disciplines différentes, s'intéressent aujourd'hui à ces sources d'exposition. Toutefois, produites dans des contextes et avec des objectifs très divers, sur des populations et/ou des zones géographiques particulières, les données disponibles ne sont pas suffisantes pour caractériser les expositions de la population générale aux pesticides (Anses, 2010).

L’Anses et l’Observatoire des résidus de pesticides (ORP) ont publié, en octobre 2010, un rapport scientifique intitulé « Exposition de la population générale aux pesticides en France : données d'utilisation, de contamination des milieux et d'imprégnation de la population » qui fait un état des lieux des connaissances disponibles sur :

  • les données de ventes et d'usages des pesticides,
  • la présence des résidus de pesticides dans les différents compartiments de l'environnement et les denrées alimentaires
  • l'imprégnation de la population générale aux pesticides.

Ce travail a permis de caractériser les niveaux d'exposition de la population générale aux résidus de pesticides et d'identifier les manques et les obstacles à une connaissance plus fine de ces expositions. Un bilan des études menées ou en cours, en population française figure dans un tableau 5-17 « Estimation de l’exposition aux pesticides par dosages de biomarqueurs d’exposition : bilan des études en population française » disponible à la page 254 de ce rapport.

Expositions alimentaires

Le respect des critères de qualité des eaux distribuées, et des limites maximales de résidus (LMR) dans les denrées doivent permettre de garantir la sécurité des consommateurs. Ainsi, les données produites dans le cadre des plans de surveillance et de contrôle sont nombreuses, et bien que répondant à différents objectifs, permettent de documenter les expositions.

D’après le tableau ci-dessous, les résultats des programmes de surveillance les plus récents permettent de renseigner les niveaux de contamination de 168 denrées brutes agricoles, plus l’eau. Après regroupement et ajustement, 478 substances actives différentes ont été recherchées. Parmi ces substances, 211 sont autorisées au niveau communautaire (substances actives phytopharmaceutiques autorisées dans le cadre du règlement (CE) n°1107/2009), 216 ne sont plus autorisées, une est toujours en cours d’évaluation (métobromuron) et 51 ne sont pas considérées comme substance active au sens du règlement (autres métabolites et produits de dégradation…).

Tableau : Données des programmes de surveillance utilisées, années 2009-2010

Source

Nombre

d’échantillons

Nombre

de denrées

Nombre

de pesticides

recherchés
Nombre d’analyses
DGCCRF, 2009 4 907 150 279 720 643
DGAL, 2009-2010 2 505 19 50 43 113
DGS, 2009 25 560 1 415 1 938 878
TOTAL 32 972 169 478 2 747 634

Au total, 31 207 combinaisons pesticide-denrée sont renseignées, parmi lesquelles 98 % concernent des denrées végétales ou d’origine végétale.

Pour les données disponibles relatives à la période 2009-2010, le taux de résultats d’analyses quantifiés est de 0,69% (n = 18 990), au total, 267 substances ont été quantifiées dans 99 denrées différentes, contre 0,6% pour la campagne précédente (période 2008) n’intégrant pas l’eau (Anses, 2010).

En 2011, le rapport annuel de l’Autorité européenne de sécurité des aliments montre un taux de non-conformités pour la France de 1,1% pour les substances étudiées dans le programme de suivi communautaire (Efsa, 2011).

Les expositions alimentaires (denrées alimentaires et eau distribuée) constituent aujourd’hui incontestablement la voie d’exposition de la population la mieux documentée. Les travaux engagés dans le cadre du premier plan d’actions de l’ORP ont permis d’aller encore plus loin, en apportant des informations sur les expositions réelles par cette voie en mesurant la présence des résidus de pesticides dans les aliments tels que consommés et non plus dans les seules denrées brutes . Les effets du lavage, de l’épluchage, de la cuisson et de la préparation ont ainsi été prises en compte dans les expositions alimentaires (Anses,2011).

L’étude nationale de surveillance des expositions alimentaires aux substances chimiques (Etude de l’Alimentation Totale 2 - 2006-2010) apporte des données de référence sur les apports nutritionnels et les expositions alimentaires aux substances chimiques de la population en France, et permet d’évaluer le risque à long terme de ces expositions. D’une façon générale, ces résultats confirment le bon niveau de maîtrise des risques sanitaires associés à la présence potentielle de contaminants chimiques dans les aliments en France, sur la base des seuils réglementaires et valeurs toxicologiques de référence disponibles.

Ainsi, parmi les 284 résidus de pesticides recherchés, une seule substance, le diméthoate, présente un risque alimentaire qui ne peut être écarté chez les forts consommateurs de cerises tandis que pour 9 autres (dithiocarbamates, éthoprophos, carbofuran, diazinon, méthamidophos, disulfoton, dieldrine, endrine et heptachlore), il n’a pas été possible de conclure en raison d’incertitudes analytiques.

A ce jour, sur ces 10 substances, seuls le diméthoate, l’éthoprophos et la plupart des dithiocarbamates font l’objet d’usages autorisés en Europe avec une révision en cours des limites maximales de résidus (LMR) par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Au niveau des perspectives envisagées à brève échéance, des besoins de recherches en analyses métrologiques pour abaisser les limites analytiques pour ces 10 substances sont à engager. Cette étude sera complétée prochainement par un volet spécifique relatif à l’alimentation infantile.

Par ailleurs, l’Etude nationale nutrition santé (ENNS) a pour objectif de réaliser un bilan nutritionnel et clinique (anthropométrie, pression artérielle, marqueurs biologiques de l’état nutritionnel) de la population française et comporte également une partie environnementale, estimant l’exposition de la population aux métaux lourds et aux pesticides. Les prélèvements de pesticides ont été réalisés auprès d’un sous-échantillon de 4000 adultes de 18 à 74 ans résidant en France métropolitaine entre février 2006 et mars 2007. Les résultats spécifiques aux résidus de pesticides seront publiés au second semestre 2012.

D’autres études en cours vont également permettre de mieux connaître l’imprégnation de la population par les pesticides. Par exemple, au sein de l’étude Elfe (Etude longitudinale française depuis l’enfance), il est prévu une estimation de l’exposition à certains polluants de l’environnement.

Exposition aux pesticides et risques de cancer

En ce qui concerne la population générale, les études disponibles sont beaucoup moins nombreuses que celles menées en milieu professionnel. Les études qui suggèrent une augmentation de risque en zone d’épandage de pesticides ou avec leur utilisation à la maison ou au jardin demandent à être confirmées (InVS).

Chez les enfants, certaines études ont montré une augmentation du risque de leucémies et de risques de tumeurs cérébrales, en lien avec l’utilisation de pesticides par les parents à la maison ou au jardin, en particulier pendant la grossesse ou la petite enfance (Wigle, 2009). Ces données ont été confirmées par l’expertise collective de l’Inserm (Inserm, 2013), comme indiqué dans le tableau ci-dessous :

Localisation
Populations concernées par un excès de risque significatif
Présomption d’un lien*
Populations professionnelles exposées pendant la grossesse, populations concernées par une exposition résidentielle en période prénatale
++
Populations professionnelles exposées pendant la grossesse
++

 

* : la présomption d’un lien entre l’exposition aux pesticides et l’augmentation du risque de cancer dans les populations peut être, selon la synthèse des données analysées : forte (++), moyenne (+) ou faible (±).
Source : annexe 2 de l’expertise collective Inserm : Pesticides, effets sur la santé

Les populations agricoles et, plus largement, rurales, sont potentiellement exposées aux pesticides du fait de la proximité de leur lieu de résidence vis-à-vis des lieux d’application de pesticides. Plusieurs études montrent que les expositions aux pesticides des populations étaient largement corrélées à leur lieu de résidence, et plus précisément à la distance qui sépare leur lieu de résidence des surfaces agricoles consommatrices de pesticides (Koch, 2002 ; Bell, 2001 ; Royster, 2002 ; Leyk, 2009). Des études (principalement américaines) se sont plus intéressées à la proximité entre habitations et cultures et la survenue de certains cancers. Une étude menée à Cape Cod (Massachusetts) a montré une association entre le risque de tumeur cérébrale et la distance et la direction des résidences par rapport aux tourbières de canneberges (Aschengrau, 1996). Une étude dans le Sud-Ouest de la France s’est également intéressée aux liens entre pesticides et tumeur du cerveau (Provost, 2007). L’étude de O’Leary en 2000 a rapporté une association entre le risque de cancer du sein et le lieu de résidence situé dans un rayon de 1 mile (environ 1600 mètres) vis-à-vis des sites de dépôts des pesticides organochlorés. L’étude de Reynolds en 2004 s’est intéressée aux liens entre cancer du sein et pesticides. Ces résultats doivent être confirmés par d’autres études.

Les risques de cancer associés à l’exposition au lindane ont été évalués dans des études cas-témoins en population et des études de cohorte de travailleurs, fabriquant et appliquant des pesticides. Ces ététudes épidémiologiques ont fourni des indications suffisantes concernant la cancérogénicité du lindane chez l’homme. En juin 2015 le CIRC a classé l’insecticide lindane comme « cancérogène pour l’homme » (Groupe 1).

Exposition professionnelle aux pesticides et risques de cancer

La population agricole française, qui travaille sur quelques 600.000 exploitations agricoles, connaît des risques professionnels particuliers : expositions à des risques chimiques (pesticides, engrais, désinfectants…), physiques (ultraviolets, accidents mécaniques…) et biologiques (virus animaux, moisissures…) qui peuvent être reliés à des effets sur la santé.

La population agricole n’est cependant pas la seule exposée. S’ajoutent notamment les professionnels saisonniers de l’agriculture, les ouvriers de l’industrie des pesticides et les employés de chemin de fer, des voiries et d’espaces verts au contact d’herbicides notamment.

L’exposition de ces travailleurs est très variable : elle diffère selon les secteurs professionnels par la nature des produits, les quantités utilisées et leur mode d’application.

Chez les agriculteurs exposés aux pesticides dans le cadre de leurs activités professionnelles, les données sur le cancer sont majoritairement issues d’études nord-américaines. Certaines études ont montré pour des niveaux d’exposition professionnelle élevés et pendant de longues périodes, la survenue de cancers, comme des lymphomes non hodgkinien, des tumeurs cérébrales, des cancers de la prostate et de l’ovaire, du poumon et des mélanomes. Toutefois, un lien causal reste à démontrer, car d’autres facteurs de risque présents en milieu agricole peuvent jouer un rôle dans les associations trouvées, tels que certaines habitudes de vie, l’exposition au soleil, l’exposition à d’autres polluants, le contact avec des virus du bétail…

Des études épidémiologiques, de cohortes et cas-témoins, menées sur le lymphome non hodgkinien dans plusieurs pays, ont fourni des indications suffisantes concernant la cancérogénicité du lindane chez l’homme. En mars 2015, l’hexachlorocyclohexane (Lindane) a été classé par le CIRC comme cancérogène certain pour l'l'homme (groupe 1). Le décret n° 2015-636 du 5 juin 2015 crée un nouveau tableau n°59 de maladies professionnelles pour le régime agricole, relatif aux hémopathies malignes provoquées par les pesticides permettant la prise en charge du lymphome malin non hodgkinien.

En mars 2015, le glyphosate (herbicide), le malathion et le diazinon (insecticides) ont été classés cancérogènes probables pour l'homme (groupe 2A) par le CIRC. Et les insecticides tétrachlorvinphos et parathion ont été classés par le Groupe de travail du CIRC "cancérogènes possibles" pour l'homme (groupe 2B). Sur la base de l’ensemble de données scientifiques pertinentes, le Groupe de Travail a classé le 2,4-D comme « peut-être cancérogène pour l’homme » (Groupe 2B)

L’expertise collective de l’Inserm (Inserm, 2013) propose une synthèse des associations positives entre exposition professionnelle aux pesticides et cancers chez l’adulte :

Localisation
Populations concernées par un excès de risque significatif
Présomption d’un lien*
Agriculteurs, applicateurs de pesticides, ouvriers en industrie de production
++
Agriculteurs, applicateurs de pesticides, ouvriers en industrie de production
++
Myélome multiple
Agriculteurs, applicateurs de pesticides
++
Agriculteurs, applicateurs de pesticides, ouvriers en industrie de production
+
Maladie de Hodgkin
Populations agricoles
±
Populations agricoles
±
Populations agricoles
±
Populations agricoles
±

 

 * : la présomption d’un lien entre l’exposition aux pesticides et l’augmentation du risque de cancer dans les populations peut être, selon la synthèse des données analysées : forte (++), moyenne (+) ou faible (±).
Source : annexe 2 de l’expertise collective Inserm : Pesticides, effets sur la santé

Le CIRC a évalué et classé une soixantaine de pesticides :

  • l’arsenic qui est classé cancérogène certain (groupe 1),
  • L’application d’insecticides non arsenicaux en milieu professionnel, le captafol et le dibromure d’éthylène ont été classés comme cancérogènes probables (groupe 2A). Le DDT a également été classé en 2015 comme cancérogène probable pour l'homme (groupe 2A).
  • Les molécules suivantes ont classées comme cancérogènes possibles (2B) par le CIRC : l’aramite, le chlordane, le chlordécone, ou encore les phytohormones, le chlorothalonil, le 1.2- Dibromo-3-chloropropane, le para-dichlorobenzène, le dichlorvos, l’heptachlor, l’hexachlorobenzène, les composés de méthylmercure, le mirex, le naphtalène, le nitrofène, l’oxyde de propylène, l’ortho-Phénylphénate de sodium, toxaphène (polychlorés camphènes).
  • D’autres substances sont inclassables quant à leur cancérogénicité en l’état actuel des connaissances (groupe 3 du CIRC) : il s’agit du 2-phényl phénol (microbiocide), l’aminotriazole ou amitrole (herbicide), le captane (fongicide), le deltamethrine (insecticide), l’ethylène (régulateur de croissance), le fluometuron (herbicide), le manèbe (fongicide), le thirame (fongicide) et le zirame (fongicide).

 

Parmi ces différentes substances citées, certaines sont autorisées en Europe, d’autres pas pour des usages phytopharmaceutiques (voir tableau ci-dessous) :

Substance Autorisée / Non autorisée
captafol Non autorisée (Europe et France)
aramite Non autorisée (Europe et France)
chlordane Non autorisée (Europe et France)
chlordécone Non autorisée (Europe et France)
dichloro-diphényl-trichloroéthane (DDT) Non autorisée (Europe et France)
hexachlorocyclohexane (Lindane) Non autorisée (Europe et France)
chlorothalonil (classé 2B) Autorisée (Europe et France)
1,2-dichloropropane Non autorisée (Europe et France)
p-dichlorobenzène Non autorisée (Europe et France)
dichlorvos Non autorisée (Europe et France)
heptachlor Non autorisée (Europe et France)
hexachlorobenzène Non autorisée (Europe et France)
mirex Non autorisée (Europe et France)
naphtalène Non autorisée (Europe et France)
nitrofène Non autorisée (Europe et France)
2-phényl phénol Autorisée en Europe ; Non autorisée en France
amitrole (aminotriazole) (classé 3) Autorisée (Europe et France)
captane (classé 3) Autorisée (Europe et France)
deltaméthrine (classé 3) Autorisée (Europe et France)
éthylène (classé 3) Autorisée (Europe et France)
fluometuron Autorisée en Europe ; Non autorisée en France
malathion Autorisée en Europe ; Non autorisée en France
manèbe (classé 3) Autorisée (Europe et France)
thirame (classé 3) Autorisée (Europe et France)
zirame (classé 3) Autorisée (Europe et France)

 Source : D’après les données consultées (le 7.11.2011) dans la base de données européenne sur les pesticides :http://ec.europa.eu/sanco_pesticides/public/index.cfm?event=activesubstance.selection

Recherches pesticides et cancers

En France, l'InVS a anlysé la mortalité par cause et par secteur d'activité de 1968 à 1999 dans le cadre de la mise en place d'une étude de cohorte pour la surveillance de la mortalité par profession (programme Cosmop) : il s'agit d'une première anlyse de ce type qui n'a pas permis d'observer de surmortalité par aucun cancer chez les agriculteurs (InVS, 2006).

Face à l’insuffisance de données actuellement disponibles en France sur les effets potentiels des expositions professionnelles agricoles sur la santé des agriculteurs et salariés agricoles, et ceci notamment en terme de cancer, une étude de cohorte a été lancée fin 2005 auprès des affiliés de la Mutualité Sociale Agricole, la cohorte AGRICAN (AGRIculture et CANcer). Cette étude a inclus 180.000 agriculteurs en activité ou retraités, exploitants ou salariés, entre 2005 et 2007 dans 12 départements de métropole disposant de registres de cancer. Elle prévoit un suivi sur au moins 10 années des affiliés (on parle de suivi prospectif) permettant d’analyser les expositions par des questionnaires et de les croiser avec des données de santé (cancers, maladie de Parkinson, broncho-pneumopathie chronique obstructive, asthme). L’étude AGRICAN analyse ainsi l’incidence des cancers et la mortalité par cause de cancers des professions agricoles. Les résultats de cette étude devraient permettre de disposer d’arguments scientifiques pour juger de l’origine professionnelle de certains cancers, de proposer des mesures de prévention et de mieux étudier les demandes de reconnaissance en maladie professionnelle. Pour plus d’informations sur cette étude voir le site internet : http://www.grecan.org/agrican.html.

Les conclusions de telles études pourraient également permettre de documenter les risques pour la population générale .Ainsi, aux Etats-Unis, une étude portant sur les agriculteurs en activité et leurs conjoints a débuté en 1993 dans l’Iowa et la Caroline du Nord et concerne plus de 90.000 personnes. Pour plus d’informations: www.aghealth.org (site internet en anglais).

La cohorte AGRICAN, ainsi que la cohorte AHS américaine font partie d’un consortium international de cohortes agricoles qui comprend 21 autres cohortes réparties sur 9 pays (AGRICOH, Leon, 2011). Un site internet en langue anglaise (http://agricoh.iarc.fr/) permet d’avoir accès à un descriptif des différentes cohortes, aux contacts et dans un futur proche aux premiers projets collaboratifs.

En ce qui concerne l’exposition au chlordécone, pesticide utilisé aux Antilles pour le traitement des cultures de bananes, et qui a été interdit en septembre 1993 compte-tenu de sa persistance dans les sols et des risques potentiels pour la santé, l’étude Karuprostate a débuté en Guadeloupe en 2004. Cette étude, conduite par l’Inserm a pour objectif d’identifier les facteurs de risques environnementaux et génétiques de survenue du cancer de la prostate et d’évaluer l’impact de l’exposition au chlordécone dans la survenue de la maladie. Rappelons ici que cet insecticide fut d’abord produit aux Etats-Unis, avant d’être homologué en France au début des années 1980, pour lutter contre le charançon du bananier. Le CIRC a classé ce composé comme cancérogène possible (groupe 2B), notamment en raison de présence de preuves expérimentales chez l’Animal et de l’absence d’arguments directs chez l’Homme (Vol. 20, Suppl. 7; 1987).

Evolutions récentes

En juin 2013, l'Inserm a publié une expertise sur les pesticides et leurs effets sur la santé et notamment sur le risque de cancers (INSERM, 2013) en réponse à une demande de la Direction Générale de la Santé. Elle conclue à des présomptions d'associations fortes entre l’exposition professionnelle aux pesticides et le risque de certains cancers chez l'adulte et de leucémie et de tumeurs cérébrales chez l’enfant.(Voir plus haut)
Plusieurs programmes d’action en France visent spécifiquement à réduire l’usage de pesticides et à surveiller leurs effets sur la santé (Grenelle de l’environnement, mesures du 2ème Plan national santé-environnement (PNSE) 2009-2013). Le PNSE 2 prévoit notamment l’amélioration des connaissances des expositions aux pesticides (action 6) dans la perspective de réduire les substances toxiques dans l’air et dans l’eau.

En parallèle, l'engagement a été pris lors du Grenelle de l'environnement de réduire de moitié l’utilisation des produits phytopharmaceutiques les plus préoccupants d’ici 2012. Une liste de 30 substances a été rendue publique par le Ministre de l'agriculture le 29 janvier 2008, et les autorisations de mise sur le marché retirées pour plus de 1 500 préparations commerciales qui en contenaient. Le 30 décembre 2010, neuf substances actives supplémentaires ont été retirées du marché au titre de la deuxième vague de retrait. Une dernière substance active sera retirée à l’occasion de la troisième étape qui vise à réduire de moitié l’utilisation de 13 substances actives préoccupantes d’ici fin 2012.

Le plan Ecophyto 2018 a été adopté en vue d’atteindre l’engagement du Grenelle de l’environnement de réduire de 50 % l’usage des produits phytopharmaceutiques au niveau national dans un délai de dix ans si possible. Le nombre de doses unités (NODU) a été retenu comme indicateur de référence ; cet indicateur rapporte la quantité vendue de chaque substance active à une dose unité qui lui est propre. Son calcul est basé sur les données de ventes nationales de produits phytosanitaires. Le NODU est complété par l’indicateur « Quantité de Substances Actives » (QSA) vendue en France. Ces deux indicateurs sont calculés pour chaque année, mais leur évolution sera interprétée en moyenne triennale glissante afin de lisser les variations interannuelles.

L'usage des produits phytopharmaceutiques contenant certaines substances préoccupantes a été interdit dans les aires de jeux pour enfants et les cours de récréation ainsi que dans le périmètre de 50 mètres des bâtiments d’accueil ou d’hébergement des personnes vulnérables. Il a été restreint dans les parcs, espaces verts et terrain de sports ouverts au public (arrêté du 27 juin 2011).

L’épandage aérien a été interdit, sauf dérogation (arrêté du 31 mai 2011). Les demandes de dérogation doivent montrer que les enjeux pédologiques des zones à traiter (portance des sols), la réactivité ou la rapidité d'intervention sur des surfaces importantes ne permettent pas l'utilisation des matériels de pulvérisation terrestres ou que l'épandage présente des avantages manifestes pour la santé ou pour l'environnement dûment justifiés. Des dérogations annuelles ou ponctuelles peuvent être accordées localement pour certains organismes nuisibles affectant certaines cultures (vigne, mais, riz, banane).

Enfin, la loi Grenelle 2 a également prévu l'encadrement strict de la publicité pour les produits phytopharmaceutiques et l'encadrement de la vente des produits phytopharmaceutiques à destination des jardiniers amateurs (par exemple la mention « Emploi Autorisé dans les Jardins (EAJ) ».

En matière de surveillance, plusieurs actions sont à souligner :

- le plan d’action chlordécone. En 2008-2010 un plan visait à renforcer la surveillance de la santé en Martinique et en Guadeloupe et les connaissances de ce pesticide (Bulletin Epidémiologique Hebdomadataire InVS, 2011). Un « Plan d’action contre la pollution par le chlordécone en Guadeloupe et en Martinique 2011-2013 » a été présenté en Conseil des ministres et adopté par le gouvernement le 9 mars 2011. Ce nouveau plan, s’organise autour de quatre objectifs : 

  • approfondir l’état des connaissances de l’environnement, rechercher et expérimenter des techniques pour remédier à la pollution ;
  • consolider le dispositif de surveillance de l’état de santé des populations et approfondir la connaissance des effets sur la santé ;
  • poursuivre la réduction de l’exposition des populations en assurant la qualité de la production alimentaire locale et en soutenant les professionnels impactés ;

gérer les milieux contaminés et assurer une bonne information de la population.

Des équipes de scientifiques tentent de comprendre les effets de cet insecticide sur la santé. En 2010, des chercheurs de l’Inserm, ont montré une possible association entre une exposition au chlordécone et la survenue d’un cancer de la prostate en Guadeloupe.

Ce nouveau plan chlordécone prévoit de saisir la Haute Autorité Sanitaire (HAS) sur le dépistage du cancer de la prostate pour les populations à risque élevé.

- le programme MATPHYTO de l’Institut de Veille Sanitaire (InVS). Il vise à élaborer des matrices cultures-expositions aux produits phytosanitaires pour faciliter la surveillance des expositions et la recherche en santé au travail (Spinosi, 2009).

- le programme PESTIMAT, coordonnée par l’Institut de Santé Publique d’Epidémiologie et de Développement (ISPED) : matrice activité-exposition permettant de reconstituer l’historique d’utilisation des pesticides à des fins épidémiologiques (http://www.agence-nationale-recherche.fr/documents/uploaded/2009/SEST2005/03blanclapierre.pdf)

- Le programme national de biosurveillance. Ce programme portant sur la biosurveillance de la population française permet de surveiller la présence et les effets dans l’organisme des substances chimiques, notamment des polluants environnementaux. Il comprend le développement et la mise en œuvre de la stratégie nationale de biosurveillance, inscrite dans le PNSE 2 et les actions du Grenelle de l’environnement. Il inclut un axe spécifique consacré aux pesticides.

Le 30 janvier 2015, le Ministre chargé de l'agriculture a présenté les nouvelles orientations du plan écophyto.

Sources rédactionnelles : Anses, CIRC, INCa, Ineris, Inserm, InVS, ORP

Auteur : Unité Cancer et Environnement
Relecteurs : Olivier Briand, Observatoire des Résidus des Pesticides, Anses ; Pierre Lebailly, Centre Régional de Lutte Contre le Cancer François Baclesse, GRECAN EA1772 - IFR 146 ICORE.

Pour aller plus loin

Rapports et textes officiels

Mise à jour le 15 févr. 2016

Avec le soutien

Respect de la charte HONcode

Ce site respecte les principes de la charte HONcode de HON Ce site respecte les principes de la charte HONcode.
Vérifiez ici.

Dernières actualités