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La fraction de cancers attribuable aux modes de vie et aux facteurs environnementaux au Royaume-Uni en 2010



Référence étudiée
:  

DM Parkin, L Boyd, and LC Walker. The fraction of cancer attributable to lifestyle and environmental factors in the UK in 2010. British Journal of Cancer (2011) 105, S77 – S81
La publication complète comprend seize articles : un article d’introduction, un article de synthèse, et un article par facteur de risque étudié.

Contexte/objectif

L’objectif principal de l’article était d’estimer le pourcentage de cancers attribuable à une exposition à 14 facteurs de risque environnementaux ou comportementaux au Royaume-Uni en 2010. Autrement dit, il s’agissait d’estimer combien de cas de cancers auraient pu être évités si les expositions à ces facteurs avaient été optimales. Cette estimation est communément appelée la « fraction attribuable ».

Les 14 facteurs étudiés étaient les suivants :

  • tabagisme, 
  • alimentation (consommation de fruits et légumes, viande, fibres, sel), 
  • surpoids et obésité, 
  • consommation d’alcool, 
  • facteurs professionnels,
  • exposition solaire, 
  • infections, 
  • expositions à des radiations ionisantes, 
  • activité physique, 
  • allaitement, 
  • facteurs hormonaux

Ces différents facteurs sont pour la plupart des facteurs évitables et/ou modifiables.

 

Méthode

Afin de calculer la fraction attribuable, les auteurs ont considéré un temps de latence de 10 ans entre l’exposition au facteur de risque et l’apparition du cancer. Ainsi, l’estimation de la prévalence de l’exposition à chaque facteur au Royaume-Uni (par exemple, la proportion de fumeurs dans la population) a été réalisée en 2000, en se basant sur des enquêtes représentatives nationales. Le nombre de nouveaux cas de cancers au Royaume-Uni a été estimé pour l’année 2010, à l’aide d’une projection basée sur les taux d’incidence de cancers de 1993 à 2007.
Sont également pris en compte dans le calcul de la fraction attribuable les risques relatifs de cancers correspondant à chaque facteur, basés sur les données de la littérature (par exemple, l’augmentation du risque de cancer chez les fumeurs, par rapport aux non-fumeurs). Voir figure 1.

A l’aide de ce calcul, les auteurs ont déterminé l’excès de risque associé aux niveaux d’exposition observés dans la population en 2000, relativement à un niveau optimal d’exposition.
Ce niveau optimal d’exposition a été défini pour chacun des facteurs (voir tableau 1) : 

  • exposition nulle (par exemple, aucune consommation de tabac ou d’alcool) ; 
  • pour les facteurs pour lesquels l’exposition nulle n’était pas réalisable (indice de masse corporelle (IMC), rayonnements UV par exemple), et pour les facteurs protecteurs (activité physique, consommation de fruits et légumes…), le niveau optimal d’exposition a été fixé à celui recommandé pour la population (par exemple, consommer au moins 5 portions de fruits et légumes par jour).

Ce calcul a été effectué pour chacun des 14 facteurs pour 18 localisations de cancer et pour tous cancers confondus : cavité orale et pharynx, œsophage, estomac, colon-rectum, foie, pancréas, vésicule biliaire, larynx, poumon, mésothéliome, mélanome, sein, col de l’utérus, corps de l’utérus, ovaire, vessie, rein, leucémie.

Figure 1 : Eléments de calcul de la fraction attribuable à un facteur d’exposition
(figure non présentée dans l’article, créée par l'unité cancer environnement)

Schéma explicitant le calcul de la fraction attribuable dans l'article



Tableau 1 : Expositions considérées et niveaux d’expositions optimums théoriques

Expositions considérées et niveaux d'expositions optimums théoriques
Facteur d'exposition Niveau d'exposition optimum

Tabagisme

Nul
Consommation d'alcool Nul

Alimentation
   Fruits et légumes
   Viande rouge
   Fibres
   Sel

 >= 5 portions (400 g) par jour
Nul
>=23 g par jour
<=6 g par jour 

Surpoids, obésité  IMC <= 25 Kg/m²
Exercise physique  >= 30 minutes 5 fois par semaine
Hormones exogènes*  Nul
Infections  Nul
Radiations ionisantes  Nul
Rayonnement solaire  Modeste
Expositions professionnelles  Nul
Allaitement  6 mois minimum

 * traitements hormonaux de la ménopause, contraceptifs oraux, …

 

Résultats

Au total, les expositions non optimales aux 14 facteurs étudiés étaient responsables de 42,7% des cancers au Royaume-Uni en 2010 (45,3% chez les hommes et 40,1% chez les femmes), soit 134 000 cas de cancers. Autrement dit, 42,7% des cancers survenus en 2010 au Royaume-Uni auraient pu être évités si la population avait eu un niveau d’exposition optimal (voir tableau 1) à chacun des facteurs étudiés.

Le tabac (consommation de tabac et tabagisme passif) était le facteur de risque responsable du plus grand nombre de cas de cancers, soit 19,4% d’entre eux (23% chez les hommes et 15,6% chez les femmes).
Pour les autres expositions, l’importance des différents facteurs d’exposition dans la survenue de nouveaux cas de cancers était différente selon le sexe. Pour les hommes, après le tabac, les facteurs de risque de cancers étaient le manque de consommation de fruits et légumes (6,1%), les expositions professionnelles (4,9%), et la consommation d’alcool (4,6%). Chez les femmes, après le tabac, les autres facteurs de risque de cancer étaient le surpoids et de l’obésité (6,9%) suivis de l’exposition à des agents infectieux (3,7%).

Les résultats principaux de ce travail sont résumés dans la figure 2.

Près de 9% des cas de cancers du sein étaient attribuables au surpoids et à l’obésité, et 6.4% à la consommation d’alcool. Un quart (24.8%) des cancers colorectaux chez les hommes et 16.4% chez les hommes étaient dus à la consommation de viande ; 10.2% des cancers colorectaux chez les hommes et 14.6% chez les femmes étaient dus à une faible consommation de fibres.

Figure 2 : Nombre de cas et pourcentages de cancers au Royaume-Uni attribuables aux différents facteurs d’exposition étudiés
(traduction : unité cancer environnement)



Discussion des auteurs

Cet article permet de donner une estimation de l’impact de différents facteurs de risque environnementaux et liés aux modes de vie sur le risque de certains cancers au Royaume-Uni. Il est cependant important de ne pas interpréter de façon simpliste ces chiffres comme étant le « nombre de cancers qui pourraient être évités » actuellement si l’exposition à chacun de ces facteurs était optimale, et ceci pour plusieurs raisons :
 

  • Pour chacun des facteurs étudiés, des difficultés méthodologiques ont impliqué des incertitudes qui limitent l’interprétation des résultats. Pour certains facteurs, la difficulté de quantifier l’exposition est une limite importante au calcul effectué, comme par exemple la prévalence de l’exposition au tabac.

Au total, 14 facteurs d’exposition aux risques de cancer ont été sélectionnés et étudiés. Ils interagissent cependant avec d’autres facteurs de risque existants, tels que les facteurs génétiques notamment. Ainsi, pour une localisation de cancer donnée, la fraction attribuable à l’ensemble des facteurs de risque étudiés ne correspond pas à la somme des fractions attribuables de chacun des facteurs étudiés.

  • La plupart des facteurs étudiés sont des facteurs évitables ou modifiables (à l’exception de l’exposition aux radiations ionisantes). Ces résultats sont donc importants en termes de priorisation des stratégies de prévention du cancer. Cependant, quantifier leur impact demande des modèles complexes prenant en compte : les niveaux d’exposition qu’il est possible d’atteindre, les périodes de changement, et les périodes de latence entre l’exposition et l’apparition éventuelle de la maladie.

La comparaison à d’autres études d’estimation du risque de cancer attribuable à des facteurs comportementaux ou environnementaux montre des résultats tantôt proches, tantôt divergents, en fonction du niveau de similitude entre les facteurs étudiés. L’étude de Parkin n’a considéré que 14 facteurs, ce qui explique souvent un risque attribuable plus faible que celui retrouvé dans d’autres études (WCRF, 2009 ; Renehan, 2010, De Martel, 2012).
  

Nos commentaires sur cette publication

D’autres éléments sont à prendre en compte pour interpréter cet article :
 

  • La prévalence des expositions a été estimée pour l’année 2000, et l’incidence des cancers a été estimée pour l’année 2010. Ce délai d’apparition de 10 ans est une valeur arbitraire basée sur le délai habituellement utilisé dans les études prospectives visant à étudier l’impact de facteurs de risque sur l’incidence des cancers. Or en réalité, les délais d’apparition des cancers sont plutôt de l’ordre de 10 à 40 ans selon le type de tumeur.
  • Les études utilisées pour estimer les risques relatifs de cancer associés à chaque facteur étaient des études observationnelles sélectionnées compte tenu de leur niveau de preuve et de leur pertinence vis-à-vis de la distribution de la population, et non pas des études de niveau de preuve plus important telles que des méta-analyses.

     

Enfin, il est à noter que cet article se base sur les données du Royaume-Uni et non sur des données françaises. En 2000, le CIRC a réalisé une analyse similaire des causes de cancers avec des données françaises (prévalence de l’exposition estimée pour l’année 1985, et nombre de cas de cancers en 2000) : « Les causes du cancer en France » téléchargeable en pdf (en français) (CIRC, 2007).

Auteur : unité Cancer Environnement
 

 

Mise à jour le 21 avr. 2016