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Soja et cancer du sein

Décrypter et Comprendre : Soja et Cancer du sein. Que sait-on des effets du soja sur le cancer du sein ?

Découvrez les informations validées scientifiquement sur le sujet, présentée par Marina Touillaud, Dr en Santé Publique.

 

 

Messages clés

  • Le soja constitue une source de protéines végétales de bonne qualité et peut s’inscrire dans une alimentation équilibrée et diversifiée, à condition de le consommer en petite quantité et pas tous les jours.

 

  • Le soja contient des phyto-estrogènes appelés isoflavones, capables de se fixer sur les récepteurs des estrogènes, hormones naturelles secrétées par les ovaires. Les phyto-estrogènes peuvent ainsi perturber le fonctionnement des cellules, jouant un rôle inhibiteur ou activateur selon l'organe où ils se fixent et leur concentration.

 

  • Les compléments alimentaires à base de soja ont été présentés comme une alternative naturelle à l'hormonothérapie contre les symptômes de la ménopause, mais leur effet potentiel sur le développement du cancer du sein est controversé.

 

  • En cas de cancer du sein, le soja peut être consommé dans l’alimentation, mais de façon modérée. Les compléments alimentaires à base de soja sont déconseillés. Les précautions s’appliquent d’autant plus pendant les traitements du cancer du sein. 

 

  • Les produits à base de soja n’étant pas sans risque sur la santé, l’apport maximal recommandé est de 1mg par kilogramme de poids corporel et par jour

 

 

 Présentation

La population générale a une image positive du soja et, en 2017, six Français sur 10 déclaraient manger des produits contenant du soja. La graine de soja, plante de la famille des légumineuses, est consommée depuis des millénaires dans les populations asiatiques. Les graines de soja sont de nos jours transformées de manière industrielle pour leurs propriétés émulsifiantes, texturisantes et blanchissantes et les ingrédients dérivés sont ajoutés dans de nombreux produits alimentaires transformés, comme les biscuits, les plats préparés, etc… Le soja peut être consommé sous forme liquide en remplacement du lait de vache, sous forme de protéines pour éviter de consommer de la viande et sous forme de farine dans la fabrication du pain sans gluten.

Le soja constitue une source de protéines végétales équilibrée en acides aminés avec un bon profil lipidique. Il apparait comme une alternative intéressante qui peut s’inscrire dans une alimentation équilibrée et diversifiée (NACRe, 2019).

Néanmoins, le soja contient également des isoflavones, des substances actives sur le plan hormonal, dont les effets potentiellement bénéfiques ou délétères sur la santé ne sont pas encore clairement évalués par la science. 

Soja : Bénéfices et risques sur la santé

Le soja est une source importante d’isoflavones appelé également phyto-estrogènes. Les principales isoflavones présentes dans le soja sont la génistéine, la daidzéine, la glycitéine, la formononétine et la biochanine A (Andres, 2015). De façon générale, les phyto-estrogènes présentent une similitude structurale avec l’estradiol, qui leur confère des propriétés dites estrogéniques. En se fixant sur les récepteurs qui se trouvent dans divers organes (sein, utérus, thyroïde, prostate…), les phyto-estrogènes peuvent moduler les voies de régulation hormonale. 

Si la plupart des végétaux contiennent naturellement de faibles quantités de phyto-estrogènes, ceux-ci sont présents en abondance dans le soja et ses aliments dérivés. Cette teneur est cependant très variable d'un aliment à l'autre et entre les différentes familles de produits à base de soja disponibles sur le marché (Lee, 2019).

Les compléments alimentaires à base de soja se présentent sous forme d'un extrait de la graine réduit sous forme de poudre et encapsulé et possèdent des concentrations en isoflavones très variables (de 1 à 40% de l’extrait, excepté la lécithine de soja qui ne contient pas d’isoflavones). Ces compléments alimentaires sont souvent présentés comme ayant des effets bénéfiques sur les bouffées de chaleur associées à la ménopause, ainsi que sur l'ostéoporose, la santé de la peau et des cheveux et l'hypercholestérolémie.

Sur la base de la bioactivité des isoflavones et de leurs propriétés hormonales, leurs effets potentiels sur la santé humaine sont actuellement débattus (Hüser, 2018). Ces effets semblent dépendre de l’âge, du sexe ou de l’état de santé global de la personne exposée. 

 Soja et risques de cancer du sein : des résultats contreversés

Des nombreuses études ont laissé entendre que la consommation alimentaire de soja pouvait réduire le risque de développer un cancer du sein. Chez les femmes asiatiques, des études ont établi que la consommation d’isoflavones et de produits dérivés du soja est associée à une réduction significative du risque de cancer du sein d’environ 30 %, en particulier si la consommation de soja commence à l'adolescence (Nagata, 2014. Cet effet apparaît plus spécifique chez les femmes non ménopausées. Cependant, il est clair qu’un certain nombre d’autres facteurs associés au style de vie empêche de conclure sur la spécificité́ de leur effet. Le rapport d’expertise collective international publié en 2018 a conclu à l’absence de preuve quant à un lien entre la consommation de soja et le risque de cancer du sein avant comme après la ménopause (WCRF, 2018).

En occident, la consommation des dérivés du soja fait l’objet de diverses controverses concernant ses effets sur le risque de cancer du sein. Selon certains, il aurait un effet protecteur, tandis que d’autres considèrent que sa consommation serait plutôt défavorable. En revanche, l’impact délétère d’un excès de consommation de ces produits fait consensus et incite à la prudence. Les autorités sanitaires recommandent de ne pas dépasser chez l’adulte une consommation d’isoflavones de 1 mg par kilogramme de poids corporel et par jour (AFSSA-AFSSAPS, 2005).

Concernant les compléments alimentaires à base de soja, l’étude de cohorte française E3N a observé une association entre la consommation de compléments alimentaires à base de soja et une augmentation du risque de cancer du sein, spécifiquement pour les tumeurs non hormono-dépendantes ou chez les femmes qui ont déjà des cas de cancers du sein dans leur famille (Touillaud, 2019). 

Chez les femmes en rémission, guéries du cancer du sein, une méta-analyse combinant les résultats de plusieurs études d’études de cohortes incluant plus de 11000 patientes a montré que la consommation alimentaire de soja était associée à une diminution du risque de récidive et peut-être une augmentation de la survie (Chi, 2013 ; Zhang, 2017), mais ces résultats nécessitent d’être confirmés. Pendant les traitements d’un cancer du sein, une étude a suggéré que la consommation de soja améliorerait la qualité de vie des patientes. Cependant, ces résultats obtenus sur un échantillon de petite taille restent à confirmer et il serait nécessaire de vérifier l’absence d’effets délétères. Les données scientifiques étant peu nombreuses, d’autres études sont requises pour conclure avec certitude sur les bénéfices et l’absence de risques. A l’heure actuelle, le principe de précaution reste de mise.

Recommandations

Dans la mesure où l’absence de risque liée à une consommation élevée de soja sur la santé n’a pas été prouvée, les chercheurs invitent à la prudence. En cas de cancer du sein, le soja peut être consommé dans l’alimentation, mais en quantité modérée et pas tous les jours. Les précautions s’appliquent d’autant plus pendant les traitements du cancer du sein. Les compléments alimentaires à base de soja sont déconseillés en cas de cancers hormono- dépendants du sein, de l’utérus ou des ovaires et lors d’un traitement à base de tamoxifène et de létrozole.

La consommation de soja reste déconseillée chez les enfants de moins de 3 ans et les femmes enceintes en grande quantité, et ne devrait pas dépasser chez l’adulte la dose de 1mg/kg de poids corporel en isoflavone aglycone (forme bioactive), si on se réfère à l’avis scientifique de l’AFSSA de 2005 (saisine 2004-SA-0363). En population générale, l’AFSSA estime que les consommateurs devraient éviter de cumuler différentes sources de phyto-estrogènes, par exemple plusieurs aliments dérivés du soja, en particulier si leurs teneurs en phyto-estrogènes ne sont pas identifiées, et d’éviter les compléments alimentaires à base de soja car leurs bénéfices et l’absence de risques n’ont pas été démontrés. 

Enfin, l’étiquetage doit préciser la teneur en phyto-estrogènes, exprimée en équivalents aglycones, notamment sur les aliments à base de soja et les compléments alimentaires. Ceci signifie un contrôle des doses par les industriels à chaque fabrication avec un nouveau lot de soja. 


 

Auteur : Département Prévention Cancer Environnement
Relecteur : Dr Marina Touillaud, Épidémiologiste, Centre Léon-Bérard - Chef de projet Axe Nutrition UA8, Inserm

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Mise à jour le 22 juin 2020

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