Alcool et cancer

Le saviez-vous ?

L’alcool est un cancérogène avéré (groupe 1 du CIRC). Il serait responsable de 11% des cancers chez les hommes et de 4.5% des cancers chez les femmes. Selon l'OMS, l'alcool reprèsente la 2ème cause évitable de mortalité par cancer après le tabac en France.

Présentation

L’alcool (éthanol/alcool éthylique) est issu de la transformation des sucres contenus dans les fruits, les légumes ou les plantes. Même consommé avec modération, l’alcool produit des effets immédiats et à long terme sur le comportement et la santé des individus.

Quel que soit le type d’alcool, un « verre standard » contient environ 10 grammes d’alcool pur. Un verre standard correspond aussi bien à un verre de bière (25 cl), à un verre de vin (10 cl) ou encore à un verre de whisky à 45°.

On estime que 8% des cancers (11% chez les hommes et 4,5% chez les femmes) seraient attribuables à la consommation d’alcool. C’est la deuxième cause de cancers évitables après le tabac (Marant-Micallef, 2018). Cela représente environ 28 000 cancers attribuables à l’alcool en France, sur les 352 000 nouveaux cas de cancers atteignant les adultes de plus de trente ans annuellement (WCRF/AICR, 2018).

Proportion des cancers lies aux principaux facteurs de risque

Source : CIRC/INCa, 2018.

L’alcool est un cancérogène avéré pour l’homme (groupe 1 du CIRC). Les cancers dont le lien avec la consommation d’alcool est avéré sont les cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS) , de l’œsophage, du foie, du sein chez la femme, et le cancer colorectal (WCRF/AICR, 2018).

L’actualisation 2018 menée par le WCRF et l’AICR a pris en compte de nouvelle données et a conclu à l’association de la consommation d’alcool avec une localisation supplémentaire, le cancer de l’estomac avec un niveau de preuve jugé « probable » (WCRF/AICR, 2018).

Le cancer du sein fait partie des nombreuses localisations de cancer associées, avec un niveau de preuve convaincant, chez les femmes ménopausées et probable chez les femmes non ménopausées (NACRe, 2017 ; WCRF/AICR, 2017).

Pour les autres localisations (ex: cancer du pancréas, cancer du rein), les données scientifiques disponibles ne permettent pas de conclure (CIRC, 2010).
L’augmentation du risque de cancer n’est cependant pas la même selon les localisations de cancer : pour une consommation moyenne de 62,3 grammes d’alcool (environ 6 verres) par jour chez les hommes et de 14,4 grammes (environ 1 verre et demi) par jour chez les femmes, les risques relatifs sont les suivants :

Consommation d’alcool et risques relatifs de différents cancers

Cancers Risques relatifs chez les hommes Nombre de décès par cancer attribuables à l’alcool chez les hommes Risques relatifs chez les femmes Nombre de décès par cancer attribuable à l’alcool chez les femmes
Cavité buccale, pharynx 3,41* 2402 1,33 177
Oesophage 2,23 1726 1,20 120
Colorectal 1,13 1010 1,03 216
Foie 1,47 1754 1,09 163
Larynx 2,34 726 1,22 27
Sein 1,10 1075

Source : Les causes du cancer en France, (CIRC, 2007) ; Evolution de la mortalité par cancer en France de 1950 à 2006 (InVS, 2006)

*Exemple de lecture : un homme qui boit en moyenne 62,3 grammes d’alcool par jour a 3,4 fois plus de risques de développer un cancer de la cavité buccale ou du pharynx que quelqu’un qui ne boit pas d’alcool.

Aucune dose de consommation d’alcool n’a été identifiée sans risque, c’est-à-dire que même une faible consommation expose à une augmentation du risque de développer un cancer. Celle-ci est significative à partir d’une consommation moyenne d’alcool de 10g/jour, soit un verre « standard » (Allen, 2009 ; Tramacere, 2010).

Les personnes ayant consommé de l’alcool régulièrement et qui stoppent leur consommation diminuent leur risque de cancer des VADS à partir de 10 ans après l’arrêt. Après 20 ans, leur risque devient équivalent à une personne n’ayant jamais consommé d’alcool (INCa, 2010).

Aucun type d’alcool n’est plus à risque qu’un autre, tous les types de boissons alcoolisées produisent le même effet : c’est la quantité d’alcool pur consommée qui expose au risque de développer un cancer.

  • Evolution de la consommation d’alcool en France et incidence des cancers

    Les données du Baromètre santé 2021 révèlent qu’en France métropolitaine, la consommation d’alcool est en baisse depuis une soixantaine d’années : elle est passée d’une moyenne annuelle de 26L d’alcool pur par habitant de 15 ans et plus en 1961 à 10,5L en 2021. La diminution de la consommation d’alcool explique en partie (avec la diminution de la consommation de tabac) la diminution de l’incidence des cancers des VADS et de l’œsophage depuis le début des années 80 (diminution d’environ 50% pour chacun de ces cancers), notamment chez les hommes (INCa, 2010).

    En 2021, 13,5 % des adultes ont indiqué ne jamais consommer d’alcool, et 8 % en consommer quotidiennement, avec une disparité notable entre les sexes (12,6 % chez les hommes, contre 3,8 % chez les femmes). Pour 4,7 % des français de 18-75 ans, une alcoolisation ponctuelle importante (API) par semaine a été enregistrée.

    Le vin reste de loin la boisson la plus consommée.

    La France reste parmi les pays les plus consommateurs d’alcool au monde, se situant au 6e rang des pays les plus consommateurs d’alcool chez les 15 ans et plus parmi les 34 pays de l’OCDE. En 2017, la consommation moyenne était estimée à 26 grammes d’alcool pur par adulte et par jour par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT, 2017).

    La consommation débute le plus souvent à l’adolescence, période durant laquelle la bière et les boissons alcoolisées sucrées et aromatisées sont les boissons les plus populaires. L’âge moyen de la première ivresse est de 15,2 ans. En 2017, 85,7% des adolescents âgés de 17 ans déclaraient avoir déjà bu de l’alcool au cours de leur vie, près d’un sur 10 (8,4%) buvait régulièrement (au moins 10 fois dans le mois) et 44% avaient connu un épisode d’alcoolisation ponctuelle important au cours du mois écoulé (ESCAPAD, 2017).

  • Métabolisme de l'alcool

    5-10 minutes : l’alcool est acheminé jusqu’à l’estomac où 20% est directement absorbé dans la circulation sanguine.

    10-30 minutes : les 80% restant dans l’estomac rejoignent l’intestin avant d’être également absorbé dans la circulation sanguine.

    NB : l’absorption de l’alcool peut durer jusqu’à 1h si l’estomac contient également de la nourriture.

    30-90 minutes : la totalité de l’alcool consommé circule dans le sang. L’alcoolémie (taux d’alcool dans le sang) est alors maximale.

    30-120 minutes : l’alcool est distribué aux organes très vascularisés comme le cerveau, le foie, les reins et les poumons.

    Il est principalement éliminé par le foie (95 %) qui le transforme en acétaldéhyde, puis en acide acétique qui servira notamment à la synthèse du cholestérol. Les reins, la peau, les poumons et la salive participent également à l’élimination de l’alcool (5 %). Une personne avec 0,5 g/L d’alcool dans le sang mettra environ 3 à 5 heures à l’éliminer totalement.

    L’alcool étant plus soluble dans l’eau que dans la graisse, sa concentration dans le sang dépend également de la quantité d’eau contenue dans le corps. Les femmes, qui ont une proportion de masse grasse plus élevée que les hommes, ont donc une alcoolémie plus importante pour une même quantité consommée. L’alcoolémie varie également avec l’âge, l’état de santé, le rapport masse grasse/masse maigre, la fatigue ou encore du stress.

  • Facteurs pouvant interagir avec l’effet de l’alcool

    La consommation de tabac

    L’effet cancérogène de la consommation seule de l’alcool a été démontré, mais l’alcool et le tabac ont des effets synergiques : l’augmentation du risque de cancer est plus forte lorsque tabac et alcool sont consommés conjointement (Zeka, 2003), notamment pour les cancers des VADS. Le risque de développer un cancer de la cavité buccale est multiplié par 45 chez les grands consommateurs de tabac et d’alcool. En revanche d’après les données disponibles ce n’est pas le cas pour le cancer du sein, pour lequel la combinaison alcool-tabac ne fait pas augmenter le risque, comparé à une consommation d’alcool seul.

    Néanmoins une étude récente (Knight, 2017) a montré que le risque de cancer du sein controlatéral  (CBC) était également élevé chez les femmes qui fumaient et buvaient de l’alcool après le diagnostic de cancer du sein sachant que le fait de fumer une moyenne de ≥10 cigarettes par jour après le diagnostic est également associé à un risque accru de CBC.  L’information sur la consommation actuelle d’alcool et le tabagisme pourrait ainsi contribuer à la prédiction du risque de cancer du sein controlatéral.

    Le polymorphisme génétique

    Une fois absorbé par l’organisme, l’alcool est pris en charge par deux enzymes. Celles-ci peuvent faire l’objet de polymorphismes génétiques. Un des produits résultant du métabolisme de l’alcool par ces enzymes est l’acétaldéhyde, lui-même classé cancérogène avéré (groupe 1 du CIRC). Certains polymorphismes contribuent à la capacité des individus à métaboliser l’alcool. En fonction de la forme des gènes correspondants aux enzymes, leurs activités enzymatiques sont augmentées ou diminuées. Dans certains cas, ils exposent donc les consommateurs d’alcool à un risque plus important de développer un cancer des VADS (Druesne-Pecollo, 2009).

  • Alcool et inégalités sociales de santé

    En France, les hommes les moins diplômés (niveau inférieur au baccalauréat) consomment deux fois plus d’alcool que les plus diplômés (bac+5 ou plus). Les chômeurs entre 35 et 59 ans ont également une consommation d’alcool plus importante que les hommes actifs, et présentent un sur-risque de 30% d’avoir un usage d’alcool « à risque » (Inpes, 2005).

    L’alcool étant un facteur de risque de cancers des VADS, ces inégalités de consommation entre différentes populations peuvent expliquer en grande partie les écarts importants de taux de mortalité par cancer des VADS entre les personnes ayant des niveaux d’études différents (Menvielle, 2007) : les personnes ayant un niveau d’études faible présentent un risque plus important de développer ce type de cancer.

  • Evolutions récentes

    Même si la consommation d’alcool est en baisse en France, elle reste toujours élevée. Compte tenu de ses effets sur la santé, réduire sa consommation est une priorité de santé publique, en France comme en Europe. Depuis la loi Evin du 10 janvier 1991, la vente d’alcool et sa publicité sont réglementées.

    Un des neuf objectifs prioritaires du Plan National Nutrition Santé (PNNS) est de réduire la consommation annuelle d’alcool par habitant de 20% afin de la faire passer en dessous de 8,5 l/an/habitant. Pour cela, de nombreuses campagnes de prévention sont diffusées par Santé Publique France. Leur objectif est d’améliorer la connaissance de la population sur les repères de consommation des différentes boissons alcoolisées et de la sensibiliser sur les dangers d’une consommation régulière, même modérée.
    Au niveau international, réduire la consommation d’alcool est également une préoccupation prioritaire pour la Commission européenne et l’OMS. La Commission européenne a lancé sa première stratégie de lutte en 2006. L’OMS a publié en 2006 un document destiné à faciliter l’élaboration de politiques et d’actions pour prévenir ou réduire les méfaits de l’alcool, suivi en 2009 par un ouvrage destiné à renforcer les stratégies nationales. Une monographie du CIRC sur le risque de cancer associé à la consommation d’alcool a été publiée en 2010. Elle conclut que la consommation d’alcool est un cancérogène avéré (groupe 1) pour l’homme.

    Nouvelle campagne d’information sur les nouveaux repères de consommation d’alcool (Santé Publique France, 2019)

    En 2017, Santé publique France et l’INCa ont publié un rapport d’experts actualisant les repères de consommation à moindre risque  : ne pas dépasser deux verres par jour avec au moins deux jours par semaine sans consommation,

    En 2019, Santé Publique France a lancé une vaste campagne d’information sur les nouveaux repères de consommations d’alcool afin de sensibiliser les français aux risques pour la santé.

    Si vous estimez avoir besoin d’une aide pour limiter ou arrêter votre consommation d’alcool, vous pouvez en parler avec votre médecin traitant ou vous rendre dans un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), qui peut vous proposer gratuitement un soutien ou un suivi individuel. Vous pouvez également bénéficier d’une écoute et d’un soutien sur Internet via Alcool Info Service, ou joindre ce service par téléphone au 0980 980 930 (de 8h à 2h, coût d’un appel local).

Auteur : Département Prévention Cancer Environnement, Centre Léon Bérard

Sources rédactionnelles : OMS ; INCa ; NACRe ; Santé Publique France

Mise à jour le 25 mars. 2025

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